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Dominique Maigrot ou l?intelligence du sur-réalisme

23 avril 2006, 00:00

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Dominique Maigrot convie les amateurs de beaux-arts à aller admirer ses ?uvres, du jeudi 27 au samedi 29 avril, aux Aubineaux, Forest-Side. Ils auraient tort de se priver de cette aubaine qui est également un plaisir, sinon un privilège car ses toiles nous offrent une nouvelle lecture des faits de vie que nous rencontrons dans notre quotidien, une nouvelle manière de voir notre société en notre île, ou plus exactement une nouvelle interprétation de ce que nous voyons, si nous savons voir de l?intérieur ce qu?il y a de beau autour de nous.

L?exposante, que les Aubineaux accueille, cette semaine, enseigne les Beaux-Arts au collège de Lorette, à Curepipe. Heureuses collégiennes ? écolières, me reprend-t-elle ? car leur professeur de dessin entend leur épargner la formation peut-être trop étriquée qu?elle a reçue quand elle était à leur place, formation l?invitant à reproduire sur toile ce que voient ses yeux de chair, mais pas forcément ses yeux d?artiste capables de recréer sur toile un monde nouveau, celui qui virevolte et qui pétille dans son moi intérieur, dans son subconscient.

Non pas qu?il faille médire de cette formation. Elle permet ainsi à notre artiste d?exposer quatre gouaches réalistes, ne manquant pas de grandeur ni de splendeur. Il y a du Danielle Hitié dans La petite Rodriguaise, Bainboeuf et La case créole de Mahébourg qu?affectionne Dominique Maigrot comme d?autres conservent pieusement la nostalgie des étables de Clarence ou encore de la case aux murettes crépies de bouse de vache et au toit de paille de Petit Verger. Les joueurs de cartes nous rappellent tout le savoir-peindre de l?inoubliable Marcel A. Lagesse et pas seulement parce que belotte, rebelote et 10 de der se déroule sous un banian, miraculeusement préservé au débarcadère de Mahébourg.

Dominique Maigrot s?est, depuis, affranchie des canons réalistes peut-être imposés par une lecture trop restrictive des règlements artistiques de Cambridge et donc du système éducatif local qui ignore encore que l?île Maurice est devenue indépendante, politiquement en principe, le 12 mars 1968. Elle a depuis compris que l?artiste possède en lui le droit mais aussi le devoir de recréer le monde qui l?entoure. L?Art ne consiste pas à reproduire fidèlement la réalité nous entourant ? l?appareil photographique

a été inventé à cet usage et lui-même cherche, avec la complicité de celui qui les manipule avec davantage de talent que d?autres, à s?affranchir de cette sujétion ? mais à ré-inventer cette réalité, à lui donner une nouvelle vocation.

Le sur-réalisme a mauvaise presse, aux yeux d?un public trop conservateur qui l?associe trop aisément à toutes sortes d?excentricités, ayant pour don de faire sortir hors de leurs gonds les bourgeois trop accrochés à leurs certitudes. Dominique Maigrot veut nous entraîner dans son monde sur-réaliste et à nous apprendre à voir au-delà du réel.

Ses toiles sont intelligentes car elles génèrent des découvertes philosophiques. Elles nous ouvrent de nouvelles dimensions. Elles débouchent sur de nouveaux horizons. Mieux encore, elles nous font découvrir ce qu?il y a au-delà de l?horizon. Fenêtre sur fenêtres dit bien ceci. La connaissance est, par nature, infinie. Chaque fenêtre débouche sur une autre fenêtre, elle-même ouvrant sur une autre fenêtre et ainsi de suite jusqu?à la fin des temps.

La connaissance n?est pas autre chose que la découverte de nos ignorances à la fois antérieures et nouvellement révélées. Nous apprenons simplement ce que nous ignorions précédemment et nous apprenons surtout que nous ignorons tout ou presque du nouveau champ de connaissances, s?ouvrant salutairement devant nos yeux émerveillés.

Cela nous amène à conclure que celui qui répétait si souvent : « As far as I know, I don?t know » était loin d?être un imbécile. Il savait l?intelligence humaine limitée, impuissante, devant des connaissances diverses qui nous transcendent infiniment. Plus simplement, Dominique Maigrot s?empare d?une toile blanche pour nous dire la même chose, en multipliant les fenêtres s?ouvrant les unes sur les autres, dans une somptueuse composition géométrique aux couleurs pastel, élégant reflet d?un goût artistique des plus sûrs.

Reflet ! Le mot est lâché. C?est le titre d?un autre chef-d??uvre de l?art mais aussi de la pensée de Dominique Maigrot. Nous nous revoyons sans cesse dans le miroir de la réalité nous entourant. Le miroir ne peut être tenu responsable de notre mocheté. La vie devient belle si nous voulons lui redonner toute la beauté qu?elle contient mais qui n?est pas toujours visible avec les yeux.

Il y a un côté « art naïf » chez Dominique Maigrot mais c?est un art naïf sublimé.

Sa foire devient ainsi un manège enchanté. Sa Tour Eiffel perd de sa hauteur et de sa morgue pour faire comprendre que la vie parisienne aux multiples facettes l?emporte sur le tas de ferraille et de boulons. Venise devient une multiplication de palais de la Renaissance dans laquelle on aimerait bien se perdre à jamais, s?il n?y avait pas l?inquiétude des nôtres.

Elle n?hésite pas à fausser des perspectives pour nous permettre, par exemple, d?admirer des pêcheurs en contre-plongée et sur lesquels s?ouvre une des fenêtres de l?Arbre de la Connaissance. À ses yeux, il est tout à fait normal que le vieux

campement d?antan domine et transcende la ville en béton et bitume qui veut s?installer, pieds dans l?eau, et envahir les anciennes étendues naturelles et sauvages de nos stations balnéaires d?avant la ruée sur le bord de mer.

L?art psychédélique de nos années hippies

Dominique Maigrot renoue avec un certain bonheur avec l?art psychédélique de nos années hippies. Cela donne la ville orange ou un concert d?instrument de musique, sans atteindre malheureusement la sonorité d?une guitare de Dufy.

On pourrait lui reprocher un certain mélange de styles. Elle n?en a cure car elle peint selon son humeur et n?a que faire de l?avis d?un critique ou d?un simple porte-plume. Il faut même se méfier d?un certain académisme sous-jacent dans une minorité de ses toiles car sous des traits, pouvant nous paraître trop connus, peuvent se cacher des collages et des messages philosophiques, invitant à la réflexion et au dépassement des impressions premières. Ainsi, au-delà de la Méditation (transcendantale), nous pouvons et devons savoir voir l?Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, l?Arbre de Vie, et veiller à ce qu?aucun serpent ne vienne troubler cette vision idyllique sinon édénique.

De même Artémis avec ses cheveux-fougères et épis, nous défie du regard. Cette toile dit, avec Juliette Greco : « Je suis comme je suis » et je n?ai pas l?intention de changer pour vos beaux yeux. Ne changez pas, Dominique, et nous continuerons à admirer vos ?uvres.

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