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DOGVILLE ou le cinéma décomposé
Dogville, à voir ce mardi 29 juin à 8h50 sur Canal+, n?est pas un film comme les autres. Hormis le titre qui peut faire sourire certains et énerver d?autres, le film de Lars Von Trier, en compétition au Festival de Cannes 2003, mérite d?être vu. Ce cinéma, que le réalisateur décrit lui-même comme étant un «cinéma fusionnel », vaut son pesant d?or.
D?abord, une voix-off, omniprésente, lit l?action au fur et à mesure qu?elle se déroule. C?est l?occasion pour l?imaginaire du spectateur de prendre le relais afin de fabriquer les composants de la réalité du film, que les mots interdisent de voir. Le film est découpé en chapitre, comme s?il s?agissait d?un livre. Le tout s?installe dans un décor de théâtre, sans murs, avec peu de meubles et d?accessoires. La nuit et le jour sont à peine perceptibles. Le film se concentre autant sur les dialogues que le jeu des comédiens. Dogville est du théâtre filmé.
Ce qui, a priori pourrait facilement lasser le téléspectateur, le surprend agréablement. Lars Von Trier réussit le pari de ne pas endormir ceux qui regardent son film. Le cinéaste joue avec les nerfs des spectateurs en leur réservant une suite de surprises tragiques, qui les déroutent autant qu?elles les fascinent. La mise en scène inspirée, fluide, intense, sans parler de la direction des acteurs, est tout à fait jubilatoire. Les comédiens ont l?air de vivre une expérience cinématographique à l?opposé de ce qu?ils auront connu jusqu?ici. Au sommet de cette horde de comédiens, trône Nicole Kidman. Cette dernière pour qui le rôle de Grace a été spécialement écrit, avoue s?être laissée prise au jeu. « J?accepte un personnage si j?entends sa voix, si je trouve la connexion entre lui et moi. Quand je prends peur à la lecture d?un scénario, cette peur signifie généralement que j?ai reconnu quelque chose de moi. Alors je dois y aller. » Jamais, les critiques n?ont été aussi unanimes à saluer la performance remarquable de l?actrice. Le coup de foudre artistique entre Lars Von Trier et Nicole Kidman fait merveille. Cela confirme que Nicole Kidman, oscarisée depuis The Hours, est l?actrice la plus en vue du moment.
Dans Dogville, la pièce maîtresse, c?est l?Amérique des années 30. Le réalisateur se permet de décortiquer le système ainsi que la société américaine, en mettant sous microscope, le droit de vote à la violence, le puritanisme de l?éducation permissive, entre autres. Le réalisateur danois juge l?Amérique arrogante, brutale, voire bestiale. Là où il pèche c?est dans cette obstination à s?étendre sur la loi du plus fort. Cette histoire de vengeance qu?il dissèque tout au long de son film, se joue du pardon et de la compassion. La rédemption n?a pas sa place dans ce huis clos étouffant.
Magistralement interprété et mis en scène, il vaut largement le détour.
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