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Disgrâce du Dr Maurice Curé ? 3

30 avril 2007, 00:00

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Aucun autre politicien mauricien, hormis Emmanuel Anquetil, n?a connu plus atroce misère matérielle que Maurice Curé. Sa vie durant, il doit payer une injustifiable rançon pour avoir osé défendre avec courage, dévouement, acharnement et ténacité les droits et les intérêts de notre classe ouvrière, outrageusement piétinés jusqu?à la mi-XXe siècle par l?oligarchie et le patronat sucrier, avec l?odieuse complicité du gouvernement colonialiste anglais d?alors. Emmanuel Anquetil connaît encore la piètre consolation de mourir, dans une misère égale à celle de Maurice Curé, mais au champ d?honneur de la lutte syndicale et ouvrière. En sus de la détresse financière dans laquelle il demeure plongé, Curé devra encore avaler les innombrables vicissitudes d?une inadmissible marginalisation politique alors que son Parti travailliste (PTr) ouvre sans cesse ses portes à de nouveaux venus se moquant comme de l?an quarante du mieux-être de la classe ouvrière.

La mort prématurée d?Anquetil permet, en effet, à ceux, qui prétendent accaparer les titres de politiciens et de syndicalistes, de chanter sa louange car ils ne craignent guère de le voir sortir de son tombeau pour leur reprocher, avec la virulence que l?on sait, leurs trahisons aux dépens de la lutte ouvrière. Maurice Curé parvient, pour sa disgrâce, à survivre ? Dieu seul sait comment ?? à la misère que lui impose un secteur privé plus rancunier que jamais. Aucun gouvernement travailliste n?a essayé, depuis, de compenser, exception faite pour une nomination au Conseil législatif dans les années 1960, les misères matérielles imposées, de 1936 à sa mort, en 1977, au fondateur du PTr. Bien au contraire, un complot perdure en haut lieu pour que nous, Mauriciens, oublions que le fondateur du Parti travailliste est le Dr Maurice Curé et nul autre que lui. Cette ingratitude notoire tient son origine dans le fait que, marginalisé, ostracisé même, comme de nos jours Harish Boodhoo, Jack Bizlall ou Sylvio Michel, il ne rate aucune occasion pour dénoncer les fourvoiements et autres déviations que ses successeurs imposent à son PTr. Un crime impardonnable aux yeux de dirigeants travaillistes.

Mais n?anticipons pas et revenons à septembre 1938 qui est un mois encore plus agité que celui d?août 1937, avec une grève des débardeurs, suivie d?une autre de laboureurs de Trianon S.E., de la proclamation de l?état d?urgence le 6, de la mobilisation, le 7, de la Mauritius Territorial pour assurer le service d?ordre au Port Louis, la déportation à Rodrigues, le 8, à bord du Boutekoe, d?Emmanuel Anquetil et de son fils, John (retour d?exil le 30 novembre suivant), de l?assignation à résidence surveillée du Dr Maurice Curé.

Ce harcèlement politique et administratif finit par avoir raison du courage de celui-ci et le contraint à passer le flambeau de la présidence travailliste à son successeur, Emmanuel Anquetil. Celui-ci meurt prématurément le 29 décembre 1946, usé, miné, lessivé, par tous les sacrifices endurés, jour après jour, pour que triomphent les intérêts de la classe ouvrière. Guy Rozemont, troisième président et leader du PTr, n?aura pas l?étoffe nécessaire pour empêcher la mainmise du PTr par Seewoosagur Ramgoolam et par une bourgeoisie d?origine indienne. Les nouveaux dirigeants travaillistes n?auront de cesse de capitaliser sur les divergences d?opinion du Dr Maurice Curé pour le tenir éloigné du parti politique qu?il crée le 23 février 1936, faisant sacrifice d?une carrière médicale et même chirurgicale qui s?annonçait pourtant des plus prometteuses.

Mais n?anticipons pas de nouveau et revenons à la carrière politique de Maurice Curé après la mort d?Anquetil.

Les travaux du comité chargé, après la Deuxième Guerre mondiale, d?examiner les nouvelles propositions constitutionnelles ainsi que la nouvelle Constitution promulguée en 1947 changent radicalement les conditions de la vie politique à Maurice. L?abaissement des critères de qualification pour être électeurs sextuple le nombre d?inscrits, le faisant passer de 11 844 à 68 798. Maurice Curé ne se porte pas candidat. Il expliquera, par la suite, que la raison en est simplement le manque d?argent. Au moment donc où la démocratisation de la vie politique à Maurice ouvre une brèche définitive dans la forteresse oligarchique, le premier politicien mauricien ou presque à avoir réclamé le suffrage universel, doit renoncer à briguer les suffrages, faute de sous. De tous les candidats aux législatives d?août 1948, il semble que seul Marcel Mason ait tenu à saluer le mérite incontestable de Maurice Curé. Commence alors la disgrâce politique de Dr Maurice Curé, en attendant qu?émerge sa légende. Elles feront l?objet de notre chronique de demain.

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