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Dignité
Dev Hurnam a fait montre du peu d?intérêt qu?il attache au respect des institutions républicaines en se rendant au Parlement hier peu après avoir été formellement inculpé sous trois chefs d?accusation. Il est notamment accusé d?avoir fomenté un complot pour agresser le ?Senior Puisne Judge?, Bernard Sik Yuen. Certes, l?accusé est présumé innocent et, juridiquement, conserve tous ses droits de citoyen et d?élu en attendant son procès. Il n?en reste pas moins que s?il est attaché au maintien de la dignité du Parlement, il aurait démissionné comme député.
D?ailleurs, c?est bien lui qui disait, le vendredi 18 juin : ?Aster mo bizin demisione?. Cela se passait à sa sortie de la ?Bail and Remand Court? après que les juges Asraf Caunhye et Nalini Matadeen lui avaient refusé la liberté sous caution. Depuis, la police a bouclé son enquête sur les allégations faites contre lui par Antoine Chetty et le DPP a décidé de poursuivre l?affaire. Il y a donc des raisons d?autant plus graves maintenant pour inciter Dev Hurnam à se retirer du Parlement.
Il ne s?agit pas de savoir si la vengeance que nourrit Dev Hurnam contre la hiérarchie du judiciaire est fondée ou pas. Ce n?est pas pertinent de se demander si ceux avec qui il cherche à régler des comptes ont été injustes envers lui. Qu?il ait tort ou raison sur le fond dans ses dénonciations des ?dysfonctionnements? de la justice est secondaire. L?avocat Dev Hurnam est bien placé pour savoir qu?il y a des procédures pour contester des décisions de justice. L?essentiel est que des charges d?une gravité exceptionnelle pèsent contre lui.
L?anarchisme n?est pas bien loin quand le citoyen qui se sent lésé a recours à l?agressivité verbale, ou au complot, pour se faire justice. Nul n?est au-dessus des institutions. Voilà pourquoi il faut refuser le piège du débat sur le bien-fondé du comportement de Dev Hurnam vis-à-vis des juges ou policiers avec qui il a eu maille à partir.
De même, la présence continue de Hurnam au Parlement est susceptible de bouleverser nos repères. Comment peut-on comprendre que le temple sacré de la démocratie, où sont édifiées les lois du pays, puisse accueillir quelqu?un qui est soupçonné d?avoir bafoué des lois fondamentales ? Il serait plus sain que Dev Hurnam démissionne du Parlement, quitte à solliciter un nouveau mandat s?il est blanchi par la justice.
En dépit des manquements dont on peut accuser Dev Hurnam, il y a dans toute cette affaire une dimension qui fait honneur à la bonne gouvernance du pays. Il y a quelques années encore, cela aurait relevé de l?ordre du miracle si une personne appartenant à la famille politique au pouvoir avait été jeté en prison pendant une enquête puis menacé d?être traduite aux assises.
Aujourd?hui, c?est le retour à l?ordre normal, peut-on dire. Le temps où les notables brandissaient leur statut pour échapper aux filets de la justice est révolu. Les inégalités entre citoyens ont diminué. Un prévenu, fut-il député ou ministre, passe la nuit en cellule comme l?aurait fait n?importe quel suspect en détention provisoire. Pour le moins, l?éthique égalitaire est sauve.
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