Publicité
Dialogue social en panne
par Nazim ESOOF
Le cas enfièvre le syndicalisme mauricien. Le phénomène que Jack Bizlall a baptisé le ?sooklallisme? révèle la cagoterie à la mode actuellement dans certains milieux. Des partenaires sociaux qui deviennent des complices politiques. On aura ainsi atteint le comble du ridicule lorsqu?un syndicaliste déclare officiellement que le fait que le patronat soit passé de 0 à 5,5 % sur la question de compensation salariale est une victoire pour les salariés. Il ne faut quand même pas exagérer. Navin Ramgoolam n?en demande pas tant ! Que des ?représentants des travailleurs? s?occupent autant de son marketing politique ! Le respect de soi veut-il encore dire quelque chose dans ce pays ?
Un pays où le dialogue social est devenu un véritable simulacre. Où la notion même de partenaires sociaux est pervertie à longueur de journée. Il n?est pas seulement question ici d?un syndicalisme malade. Mais de toute une société civile qui ne sait plus parler aux citoyens. De ses différents relais et porte-parole qui, en théorisant, finissent par être en rupture avec le peuple. Car il n?y a pas de langage commun. De référents adéquats. De symboles assez forts pour une action commune.
Dans une telle conjoncture, l?État a le beau rôle. Il profite d?une société sclérosée pour faire passer un agenda de réformes qui aurait dû être soumis à un consensus social minimal. Cet état des choses est à double tranchant. On peut en profiter pour faire abstraction des résistances qui auraient pu paralyser tout le processus des réformes. Mais, d?un autre côté, en l?absence d?une dynamique de concertation, on se retrouve dans une situation où l?inexistence des relais intermédiaires consacre un hiatus entre décideurs et citoyens. Une démocratie saine est celle où la parole est vivante. Surtout celle qui en passant par la contestation-revendication finit, en adhérerant à un projet d?intérêt collectif, par conférer une légitimité que celui-ci n?aurait pas eu.
Dans sa manière d?aborder le dialogue social, l?État révèle la conception qu?il a de son action. À Maurice nous le savons depuis toujours, cette conception est de nature paternaliste avec un Premier ministre qui agit comme s?il évoluait dans un régime de droit divin. Les changements en cours confortent cette perception. Le cadre institutionnel existant confirme le stade avancé de fragilisation auquel est arrivé le processus de dialogue. Car de plus en plus les acteurs du dialogue social font le jeu d?un État super-agent de la régulation sociale. Parce qu?il existe une méfiance et rivalité malsaines au sein du syndicalisme. Parce que les corps intermédiaires souffrent d?amateurisme et n?ont souvent comme atout que le volontarisme. Parce que le manichéisme pourrit la relation entre patronat et employé. Parce que? les citoyens, dans une bonne majorité, ont défini un rapport d?indifférence à leur propre pays et aux enjeux majeurs.
C?est dans un tel climat que triomphe le ?sooklallisme?. À la différence des autres formes de trahison ou d?autres cas d?apostasie sociale, ce dernier se drape d?un voile d?objectivité et d?impartialité. Et, dédaigneux du bon sens des autres, il affiche l?autorité d?une voix qui aura reçu l?onction suprême de sa sérénissime de l?Hôtel du gouvernement.
Une meilleure articulation du dialogue social s?impose aujourd?hui. Cela fait trop longtemps que nous sommes dans une fausse concertation. Aux acteurs de chaque segment de retrouver l?homogénéité. Quant aux autres, les adeptes de l?opportunisme, il en existera toujours et ils sont insignifiants. Le plus important est de retrouver ce sens profond d?un dialogue entre un peuple et un pays. Et cela transcende toutes la platitude des ambitions personnelles.
Publicité
Publicité
Les plus récents