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Devoir d?ingérence

16 juin 2008, 00:00

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<B>Par Raj MEETARBHAN</B>

Le sort du Zimbabwe nous concerne. D?abord, pour des raisons humanitaires. La survie de 12 millions de Zimbabwéens sera en jeu lors du second tour de la présidentielle qui se tient dans dix jours. Ensuite, pour des raisons de proximité. Ce pays se trouve à quelques petites heures d?avion de nos côtes. Tant sur le plan politique qu?économique, ce qui s?y passe devrait nous intéresser au plus haut degré.

Cassam Uteem a eu raison de se joindre à un groupe de personnages influents, dont Kofi Annan, Boutros Boutros-Ghali, Joaquim Chissano, Kenneth Kaunda et Desmond Tutu pour demander que cessent la violence et l?intimidation au Zimbabwe. Leur pétition, à laquelle d?autres signatures peuvent encore s?ajouter, peut être consultée à l?adresse suivante : www.zimbabwe-27june.com.

La campagne électorale au Zimbabwe se déroule dans des conditions consternantes. La répression y a pris une nouvelle vigueur. Les violences politiques sont généralisées. Le candidat de l'opposition à la présidentielle, Morgan Tsvangirai, a été interpellé à cinq reprises par la police, la semaine dernière. Des bus de campagne peints aux couleurs de son parti ont été saisis puis restitués en deux occasions. Le bras droit de Tsvangirai, Tendai Biti, a été présenté devant un tribunal de Harare samedi. Il est inculpé de trahison, une charge passible de la peine de mort.

Que fait Robert Mugabe pendant ce temps ? Samedi, il a prononcé un discours dans lequel il reprend son credo favori. Jouant sur l'ignorance et les préjugés de ses partisans, il a lancé un slogan qui se veut mobilisateur : «Jamais, jamais, ce pays ne sera gouverné à nouveau par un Blanc !» Plus grave, il a promis la guerre s?il perd le pouvoir.

«Nous sommes prêts à mourir pour ce pays et à partir en guerre pour lui», s?est écrié le vieux leader, aujourd?hui âgé de 84 ans.

Outre le harcèlement, les enlèvements et les intimidations, des mesures extrêmes sont utilisées pour fausser la présidentielle. Des milliers de paysans ont été déplacés pour les empêcher d?aller voter dans leur village. Face à ces abus, les pays de la région n?ont fait que lancer, mollement, des appels à la modération. Le Protocole Electoral qui a été adopté lors du sommet de la SADC Maurice en 2004 n?est pas respecté mais ce bloc régional assiste, impassible, au drame.

Tous au sein de la SADC sont conscients que si le Zimbabwe sombre dans le chaos, le prix à payer sera considérable pour eux. Ils savent qu?ils peuvent encore sauver ce pays, le grenier à blé de l?Afrique australe, jusqu?à ce que Robert Mugabe l?ait saigné à blanc. Mais ils hésitent à faire jouer la solidarité régionale. Thabo Mbeki est prisonnier de ses relations passées avec le dictateur zimbabwéen. Quant à Maurice, son ambition régionale est limitée. Elle n?a même pas un ministre des Affaires étrangères à plein temps.

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