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Devianee meurt étranglée par son mari

15 novembre 2003, 20:00

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Dans une maison décrépie de la cité ouvrière de Solitude, deux lampes à huile restent allumées en permanence depuis mardi. Au milieu d?une guirlande de fleurs trône une photo de Devianee Chinniah, 38 ans. La jeune femme a été étranglée par son mari pakistanais, à Bradford, une ville située dans le Yorkshire, en Angleterre.

« Ma mère a tout fait pour l?envoyer en Angleterre pour qu?elle puisse avoir un avenir meilleur. Au lieu d?une vie paisible, elle a connu une fin violente », se lamente sa s?ur aînée, Mila Citahigadoo.

Comme Devianee n?avait pas réussi les examens du Certificate of Primary Education (CPE), la vieille Iswaree avait pensé qu?un séjour à l?étranger ferait le plus grand bien à sa cadette. La vie n?était pas facile à Maurice et les salaires peu attractifs pour une personne au bas de l?échelle sociale. Iswaree ne voulait pas que sa fille s?use dans les champs comme elle, qui a travaillé comme laboureur. « Dans le temps, ma mère avait visité la Grande- Bretagne grâce à des proches qui vivent là-bas. Comme Foufoune (Devianee) ne pouvait pas prétendre à un bon emploi à Maurice, sa mère a demandé à ces mêmes personnes de s?occuper de sa fille », raconte Mila.

Partie vers l?inconnu il y a douze ans, Devianee vivait grâce à des petits boulots. Elle s?était inscrite à des cours du soir pour améliorer son anglais et elle se débrouillait tant bien que mal. Il y a sept ans, elle rencontre un Pakistanais qui deviendra son mari. Craignant que cette union ne soit pas acceptée par sa famille, elle épouse Ali Akhtar en catimini, se convertit à l?Islam et devient Mariam Ali Akhtar. De temps à autre, elle téléphonait à sa famille pour donner de ses nouvelles. Elle ne parlait jamais de son époux, ni de ses amis. Comme elle n?avait pas d?enfants, ses discussions étaient pour le moins impersonnelles. En somme, sa famille ne savait presque rien de la vie qu?elle menait à des milliers de kilomètres de son village natal.

« On ne s?est pas parlé depuis des années. Moi je suis partie habiter à Port-Louis et elle n?appelait qu?à Solitude. Donc je ne pouvais savoir si son mari la battait ou pas », confie Sunita, la benjamine des s?urs Chinniah. Lorsque la sonnerie du téléphone a retenti mardi après-midi à Solitude, une très mauvaise surprise attendait Mila. « Un policier s?exprimait en anglais. Comme je ne suis pas allée à l?école, je n?arrivais pas à comprendre. Il m?a parlé en ourdou et m?a annoncé la tragique nouvelle. Il disait qu?elle avait été étranglée par son mari et m?a demandé si Devianee était bien Mariam Ali Akhtar. »

Mobile inconnu

Sans le sou, la famille Chinniah ne sait plus à quel saint se vouer pour récupérer la dépouille de Devianee. « On ne sait pas qui on doit contacter. Ça doit coûter très cher. J?ai demandé au policier qui m?a appelée s?il pouvait nous aider, mais il a dit que ce ne serait pas possible. On attend que son corps soit enterré avant de terminer les prières », lance Mila, les yeux remplis de larmes. Les enfants de la famille ne comprennent pas vraiment la douleur qui frappe leurs parents, car ils n?ont pas connu cette tante qui vivait en Angleterre. La police de Bradford indique, quant à elle, que ce sont les proches du mari de Devianee qui organiseront les funérailles, selon les rites musulmans.

« À ce stade, nous ne savons pas quel est le mobile du crime. Le suspect a étranglé sa femme lundi, chez eux. Il a été inculpé d?assassinat et sera présenté au tribunal mercredi prochain », indiquait un membre de la brigade criminelle de Bradford dans la journée de vendredi.

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