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Dev Hurnam, « strong as ever »
Entouré de dossiers empilés des deux côtés de son bureau, Me Dev Hurnam répond machinalement au téléphone. Le ton est tour à tour affable, compatissant ou reconnaissant, tôt ce vendredi matin. Il a maigri lui fait-on remarquer. « Normal, manze prizon pa parey kouma lakaz », lâche-t-il d?un ton goguenard, avant de prendre un autre appel.
Le 25 août 2007, libéré après une rémission automatique de deux mois, Dev Hurnam quitte la New Wing de la prison de Beau-Bassin avec Rs 666,50 en poche, sa paye pour les quatre mois passés à l?ombre, plus Rs 19, tarif d?un trajet par autobus jusqu?à Curepipe, où il habite.
L?avocat est assailli d?émotions. Le soulagement qu?il éprouve, maintenant qu?il est libre, cède vite la place à un sentiment d?injustice mêlé à de la colère.
Dev Hurnam a passé quatre mois sans voir les membres de sa famille, car il avait insisté lui-même pour qu?ils ne viennent pas lui rendre visite en prison.
« Ils auraient été traumatisés de voir où j?en étais réduit à passer mes jours. Non, vraiment ce n?était pas une bonne idée. »
« J?ai renoué avec le Tout-Puissant »
Loin d?être abattu, l?homme de loi a repris du poil de la bête. Mais il ne souhaite toutefois à personne d?être enfermé entre quatre murs. Les premiers jours, revêtu de son uniforme bleu, il s?applique à rédiger des affidavits, des plaintes et des dossiers, car il veut faire à nouveau appel du jugement qui l?a conduit en prison.
Les visites de ses amis du barreau se succèdent. Dans le bloc où il est détenu, Dev Hurnam est seul. La New Wing est, en effet, isolée du reste de la prison et, par mesure de sécurité, on lui conseille de ne pas se mêler aux autres détenus. Chaque jour, c?est le même rituel. Après le petit-déjeuner, composé de thé et de pain, il nettoie sa cellule et le couloir qui y mène. « Sa finn vinn pli prop ki zame. Je l?ai transformé en un petit chez-moi. » Déjeuner à 10 h 30-11 heures et dîner à 15 heures. Les portes de la cellule se referment à 17 h 30.
Le séjour en prison ne semble pas avoir ébranlé Dev Hurnam, mais il a eu des moments de doute, allant jusqu?à renoncer à Dieu lorsqu?il apprend qu?il n?aura aucun recours au conseil privé. « Les deux derniers mois ont alors été très rudes. Toutefois, à la requête de mes amis, j?ai renoué avec le Tout-Puissant. » Et il s?est mis à écrire son autobiographie intitulée The One & Only Dev Hurnam : The Judicial Martyr.
Aujourd?hui, il a l?air plus combatif que jamais. « Strong as ever. Ma force et mon courage, je les puise de ma famille, de mes amis avocats et de mes mandants », affirme-t-il. Et pour cause, il doit se préparer à affronter le 4 septembre le Full bench de la Cour suprême. Il a été convoqué à comparaître devant un comité disciplinaire qui décidera de son avenir. Sera-t-il radié du barreau ? « Beaucoup croient que lorsqu?un avocat a fait de la prison, il doit être radié. Je maintiens que le délit commis doit avoir une relation avec le travail de l?homme de loi pour qu?on décide d?appliquer une telle sanction. Je donne rendez-vous à la presse si elle croit en la démocratie », soutient Dev Hurnam.
Une peine de six mois maintenue
Et puisqu?on parle de justice, il en profite pour revenir sur son arrestation, en pleine émission radiophonique le 27 avril 2007. Pour rappel, le conseil privé avait maintenu sa peine de six mois de prison. L?avocat avait été trouvé coupable d?avoir conseillé à un de ses clients, accusé dans le braquage de la State Bank de Gros-Bois, de fournir un faux alibi.
« Ce jour-là, vers 11 h 30, je reçois une lettre de la cour me disant que je dois me rendre dans trois heures. Je n?ai pas eu le temps de présenter ma pétition pour avoir un stay of execution du jugement. Il est vrai qu?il faut respecter un jugement de la cour, mais l?exécution d?un jugement doit se faire selon les paramètres légaux. » Il assure que les policiers venus l?arrêter n?ont pas attendu la réception de l?ordre original du conseil privé pour l?appréhender. « Ils ont agi sur une copie de l?ordre d?arrestation et, fait intéressant, la cour m?a attendu jusqu?à 17 h 25. Je ne comprends pas cet acharnement. »
Ses ennuis avec la justice sont loin d?être terminés. « Dev Hurnam n?a pas changé. J?affronterai l?adversité la tête haute. »
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