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Dev Hurnam : un triste héros

16 août 2003, 20:00

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Jugement sans appel : le héros de la séance parlementaire de cette semaine est Dev Hurnam. D?habitude relativement discret, l?avocat-parlementaire a accaparé toute l?attention à l?intérieur de l?hémicycle comme à l?extérieur. Un héros malgré lui : sa condamnation à six mois de prison, tombée la veille, a braqué les projecteurs sur lui. Mais l?homme à la barbiche blanche n?a pas esquivé son rôle, au contraire? C?est en effet à la tête d?une cinquantaine de partisans que Dev Hurnam a choisi de faire son entrée à l?hôtel du gouvernement. Ayant eu vent que l?opposition allait protester contre sa présence, il voulait ainsi la contrecarrer, en se la jouant populiste. Devant la grille, les policiers sont restés impassibles. Les partisans ne pouvaient être admis. Hurnam les a salués. Puis, seul, d?un pas décidé, le port altier, il est allé prendre sa place parmi les députés.

Dans l?hémicycle, la poignée de représentants de l?opposition l?attendait de pied ferme : dans la poche intérieure de leur veste il y avait un carton rouge qu?ils brandiraient dès que Dev Hurnam prendrait la parole. Il était en effet prévu que Dev Hurnam intervienne après la PNQ, la première PQ étant inscrite à son nom. Mais les choses se sont précipitées. Dev Hurnam a choisi d?interpeller le Premier ministre lors de la PNQ. Avant même que Sir Anerood n?ait eu le temps de répondre, Navin Ramgoolam s?est mis debout. Il a crié, en désignant le héros du jour : « Mr Speaker, I strongly object that someone who has been condemned by a court of law be allowed to put a question to the Prime minister. » Alors que le speaker statuait : « Dev Hurnam, qui a interjeté appel, demeure toujours membre du Parlement », Ramgoolam, Boolell, David, Dulloo, Hookoom, Beebeejaun ont sorti le rouge. Mais contrairement à un match de foot, ces derniers ont quitté le terrain, tandis que Dev Hurnam les a regardés sortir en souriant. Dans l?hémicycle, malgré quelques rires railleurs des Bhagwan, Soodhun, Baloomoody (l?un des avocats de Dev Hurnam) et autres tapageurs officiels de la majorité, une profonde gêne se faisait sentir. Un député de la majorité, lors de la pause déjeuner, confiera, à voix basse, « Sur le plan politique, nous laissons des plumes dans cette histoire. Ils nous retournent la campagne que nous avons menée contre un des leurs, Balkrishna Hookoom, impliqué dans une affaire de recel. » En effet, le plus remuant ce jour-là dans les rangs de l?opposition était bien le député Hookoom. Dès lors, c?est à coups de conférence de presse, au Committee Room du Parlement, que l?épisode Hurnam s?est poursuivi.

À 12 h 15, l?opposition, après s?être assurée de la présence de la presse, a expliqué son énième walk-out. « Dev Hurnam est indigne, il n?a aucun respect pour une institution comme le Parlement. » Une demi-heure plus tard, c?était au tour de Dev Hurnam de convoquer les journalistes. Il clame qu?il n?a rien à se reprocher, d?où cette rencontre avec la presse.

Pour lui, c?est l?opposition « qui n?a aucun respect pour une institution comme le Parlement ».

Sous le feu des questions des journalistes, l?avocat-parlementaire se laisse même aller : « Je suis disposé à démissionner si Ramgoolam réclame ma démission. Je le défie : affrontons-nous dans une partielle au n° 5. » Mais il s?emmêle les pinceaux : « Je suis là de ma propre initiative. Je n?ai pris aucune directive de Bérenger pour cette rencontre avec la presse. Je suis prêt à démissionner, c?est aussi de mon propre chef. » Et sous quelle bannière ? « Je suis membre du MMM et je poserai comme candidat du MMM, c?est logique, non ? » Pas forcément, puisque c?est de votre « propre chef », sans le feu vert du parti. « C?est vrai, reconnaît Hurnam, alors je dirai ceci : si le parti ne veut pas que je sois candidat sous sa bannière, alors je suis disposé à être un candidat indépendant. » Manifestement Dev Hurnam ne recule devant rien ce mardi. Entre-temps, c?est la pause déjeuner. À la reprise, le film devait diminuer en intensité. En l?absence de l?opposition, les députés se sont écoutés, dans un silence presque religieux, débattre des amendements au Dangerous Drugs Act. Un silence lourd de sens?

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