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Deuxhommes et un fauteuil...
<B>QUESTIONS À
James Michel, président sortant des seychelles
«Je ne suis pas Albert René»</B>
● <B> Quel est votre pronostic pour cette présidentielle ? </B>
Nous l?emportons. Le Seychelles People?s Progressive Front (SPPF) devrait rallier entre 56 % et 60 % des voix. La mobilisation lors du dernier rallye démontre clairement quel parti a le meilleur soutien de l?électorat.
● <B> Pourtant, il paraît que la volonté de changement est très forte chez le Seychellois ? </B>
La majorité des Seychellois râle mais au bout du compte, ils se rendent bien compte que leur situation n?est pas aussi mauvaise que cela. Croyez-moi, quand ils seront dans l?isoloir, ils réaliseront que l?inconnu n?est pas aussi séduisant qu?il paraît.
● <B> La contre-performance économique année après année n?est-elle pas une raison suffisante ? </B>
L?argument économique est souvent exagéré. Les choses ont beaucoup changé depuis deux ans. L?économie est beaucoup plus ouverte. Les investisseurs étrangers et seychellois se sentent plus en confiance. Le nombre de projets concrets dans la pêche, l?hôtellerie et l?offshore en témoigne. Le Seychellois se lance de plus en plus dans les affaires. La réforme est en cours. Les résultats seront visibles dans deux ou trois ans.
● <B> Une réforme qui repose sur une politique monétaire aussi conservatrice et restrictive que la vôtre n?a pas donné de grands résultats jusqu?ici. A quand la dérégulation du taux de change ? </B>
Nous allons nous y mettre dès octobre. Le processus s?étalera sur six mois mais à mon avis, cela va se passer bien plus vite.
● <B> Ne craignez-vous pas une dévaluation trop rapide de la roupie seychelloise ? Cela ne fera qu?empirer le sort de ce pays qui importe à peu près tout. </B>
Nous allons, avec le concours de la Banque centrale, mettre en place des structures pour contenir l?impact de la dérégulation. La pêche et le tourisme assurent une rentrée de devises suffisante pour atténuer l?effet de la libéralisation. Et une fois que la détermination de la valeur de la roupie sera laissée aux seules forces du marché, le consommateur n?aura plus de raison de se tourner vers le marché noir. Cette nuisance va être automatiquement éliminée.
● <B> Votre gouvernement est accusé de dépenser allégrement de l?argent qui n?est pas le sien. Les dettes de l?État pèsent lourd sur le Seychellois. </B>
Nous avons rééchelonné la plupart de nos dettes étrangères dans le cadre des accords bilatéraux. Nous sommes à jour avec nos dettes commerciales. La dette publique est la seule qui pose problème.
Depuis trois ans, nous dépensons moins. Cela nous a permis de réaliser un surplus budgétaire deux années de suite et ce sera encore le cas cette année, en dépit des élections.
● <B> Vos adversaires vous accusent pourtant de dépenses démesurées pour cette élection. </B>
Ce genre d?accusation fait partie du jeu politique. Il est sans fondement.
● <B> Les Seychellois n?arrivent pas à vous dissocier de votre prédécesseur, Albert René. En souffrez-vous ? </B>
On m?associera toujours avec Albert René aussi longtemps qu?il restera le président du SPPF. Mais ceux qui ont réfléchi objectivement à la question savent qu?au cours des deux dernières années, j?ai développé mon propre style. Je suis beaucoup plus ouvert. Je consulte. J?écoute. J?admets qu?on me critique. Le peuple finira bien par l?admettre. Du reste, Albert René n?est pas président à vie du SPPF.
● <B> Pourquoi alors les Seychellois restent-ils craintifs ? </B>
Je pense que cela a beaucoup à faire avec les expériences du passé. Mais cela change.
● <B> En cas de victoire, vous conservez le cabinet actuel ? </B>
J?envisage un cabinet très dynamique, jeune, ouvert et professionnel pour piloter les Seychelles durant les cinq prochaines années. Il faut s?attendre à des changements dans la configuration actuelle.
<B>QUESTIONS À
<B> wavel ramkalawan, leader de l?opposition et prétendant à la présidence
«On m?acceptetel que je suis» </B>
● <B> Quel est votre pronostic pour cette présidentielle ? </B>
Je ne pense pas que la bataille sera serrée. Au moins sept points d?écart sépareront le gagnant du perdant. Et nous serons le gagnant.
● <B> Pourquoi pensez-vous gagner cette fois alors qu?en 2001, pareil optimisme ne vous a valu que le poste de leader de l?opposition ? </B>
En 2001, il y avait Albert René, figure mythique, père de la nation seychelloise qui rallie tout de même une certaine sympathie, et l?opposition était divisée.
● <B> Qu?est-ce qui diffère aujourd?hui ? </B>
Mon adversaire, James Michel, n?a pas le même charisme que son prédécesseur. Je dirai même qu'il n?est pas beaucoup aimé. Du reste, j?ai rassemblé l?opposition à travers un jeu d?alliance.
● <B> Cela suffit-il pour la victoire ? </B>
Nous ne sommes pas restés les bras croisés. Au cours de ces deux dernières années, nous sommes allés personnellement expliquer à l?électeur pourquoi il doit voter pour l?alternance.
● <B> La conjoncture économique du pays vous aide aussi ? </B>
Deux ans plus tôt, James Michel a essayé de se présenter comme un homme neuf mais il ne s?est pas attaqué au problème de la politique monétaire et de son incidence sur la valeur de la roupie.
● <B> Mais il y a eu amélioration... </B>
Légère, certes, mais il n?a fait qu?appliquer ce que nous réclamons depuis des années Nous nous en réjouissons. Car au-delà de toute partisanerie, il faut que Seychelles soit gagnant.
● <B> Pourquoi le Seychellois ne devrait pas encourager Michel à continuer ? </B>
Parce que la sincérité de Michel est discutable. Il ne va jamais jusqu?au bout. Par exemple, il a créé l?Investment Code comme nous l?avions demandé et ce dans le but de standardiser les incitations fiscales et autres. Mais dans la pratique, l?investisseur doit toujours négocier à titre individuel. Du reste, en concrétisant nos idées, il nous rend service. Il est en train de démontrer que nous avons raison.
● <B> Vous espérez inverser 30 ans de tradition politique grâce uniquement à l?argument économique ? </B>
C?est une priorité, mais il n?y a pas que cela. J?ai une vision des Seychelles complètement différente. 30 ans d?Albert René ont rendu le Seychellois paresseux, avec une mentalité d?assisté qui ne veut pas cultiver le sens du service qui fait votre orgueil à vous, les Mauriciens. On lui a fait croire que servir les touristes, c?est retourner à l?esclavage. Tout est gratuit ici. Le Seychellois en arrive à ne plus apprécier la vraie valeur des choses. Le paternalisme de René a fait beaucoup de tort à l?esprit seychellois.
● <B> Vous voulez changer tout cela ? </B>
Nous voulons tout faire pour encourager le Seychellois à travailler et à monter des affaires. L?aide sociale ne sera plus automatique. La tâche est difficile mais nous avons l?avantage d?être un petit pays et une nation assez homogène.
● <B> Le Parlement seychellois est un instrument sans pouvoir. Vous en avez vous-même souffert en tant que leader de l?opposition. Que proposez-vous sur ce plan ? </B>
Je veux restituer au Parlement toute sa dignité et son pouvoir. Il ne sera plus un rubber stamp. Nous allons pratiquer la transparence totale et l?impliquer dans toutes les décisions du cabinet. Je veux d?un Parlement dynamique, agressif et qui garde le gouvernement sur le qui-vive.
● <B> Quelle est votre équipe ? </B>
Mon équipe comprend un judicieux mélange de politiciens et de professionnels. Je compte augmenter le nombre de femmes au Parlement à quatre. Je veux par là faire comprendre aux Seychelloises que la femme peut atteindre des sommets sur la base du mérite uniquement.
● <B> Vous êtes un prêtre anglican, candidat dans un pays essentiellement catholique. Comment faites-vous ? </B>
Je ne joue pas la carte anglicane. Mes adversaires ont essayé de me traîner sur ce champ mais je reste au-delà de toutes ces considérations. Je n?ai aucune intention de changer les Seychellois dans leur foi. Et ils me le rendent bien. Ils m?acceptent tel que je suis.
<B> Propos recueillis par
Shyama SOONDUR (des Seychelles) </B>
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