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Deux monstres nommés Momus et Ravina

21 mai 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Près de quatre ans durant, les frères Law Yu Kam n?arrivent pas à contenir leurs larmes. Dans la salle d?audience du tribunal de Port-Mathurin, ce mardi, l?atmosphère est pesante. Anéantis, James et Lewis écoutent les dépositions de Joseph Rajesh Momus, 27 ans, et de son cousin Margéot Ravina, 33 ans, dans le cadre de l?enquête préliminaire sur l?assassinat de leurs parents, Jean et Marie-Jeanne, âgés de 76 ans.

Les minutes s?égrènent à la lecture de ces aveux. Avec moult détails, les deux assassins racontent comment et pourquoi ils ont massacré les boutiquiers dans la nuit du 3 juillet 2001 à Petit-Gabriel.

À Rodrigues, tout le monde connaît les manies de tout le monde. Ce n?était un secret pour personne que Jean Law Yu Kam, appelé Ti Kam, ne faisait pas confiance aux banques, dissimulant sans doute ses économies sous son matelas.

Sa boutique, perchée sur les hauteurs, est un passage incontournable après la messe dominicale à la paroisse de St-Gabriel. On y vient en famille pour se désaltérer et acheter les petits fours qui agrémenteront la journée.

<B>Dans une mare de sang, les yeux pleins de larmes</B>

Ti Kam est un pâtissier réputé. Il est aussi connu pour être le premier à avoir acheté une Land Rover dans l?île. Véhicule qu?il a utilisé pendant longtemps pour transporter les gens jusqu?à Port-Mathurin, à une époque où les routes étaient impraticables.

Aux yeux de dés?uvrés comme Momus et Ravina, le boutiquier est un pigeon qui ne demande qu?à être plumé. Une proie idéale car il vit seul avec son épouse, issue d?une famille riche, les Ong-Seng. Dans le patelin perdu qu?est Le Choux, les deux cousins nourrissent de sombres desseins. Ils décident de passer à l?acte le 2 juillet, en faisant le guet près de la boutique.

Après une journée passée à observer les allées et venues des clients et du couple, ils conviennent de les attaquer le lendemain. Vers 17 heures, ils se rendent sur place, armés d?un sabre et d?un fil électrique relié à deux morceaux de bois de goyave de Chine. Ils passent par-derrière, pénètrent dans la vieille maison en tôle et surprennent Marie-Jeanne sur sa chaise en toile. Momus la bouscule et la frappe à quatre reprises avec le sabre.

La malheureuse n?a même pas le temps de crier. Elle s?affale sur le sol dans une mare de sang, les yeux pleins de larmes. Mais Momus ne veut pas de témoin. « Mo bizin fini li », se dit-il. Il l?achève en lui brisant le crâne. Il se dirige ensuite vers la partie en béton de la maison, où Ravina tient Ti Kam en respect, en lui serrant le cou avec le fil électrique. D?un uppercut, Momus lui brise le cou.

Les cousins passent leur domicile au peigne fin. Ils tombent sur un sac goni contenant plusieurs milliers de roupies. Puis, ils foncent vers la boutique, volent des bouteilles d?alcool, des cigarettes, des montres et divers objets ménagers. Leur besogne terminée, les bras chargés d?articles hétéroclites, ils s?enfoncent dans la nuit. Ravina cache une partie de l?argent dans une boîte où il stocke son riz.

Couvert de sang de la tête aux pieds, Momus se lave et brûle ses vêtements. S?il est attrapé avec, il risque gros.

Les poches pleines, chacun repart de son côté. Ils ont plus d?argent qu?ils n?en ont jamais rêvé et veulent faire la fête. Momus, grand seigneur, descend le lendemain à Port-Mathurin pour acheter un téléviseur à l?intention de sa petite amie.

Entre-temps, une jeune voisine s?inquiète du silence des Law Yu Kam. Le couple n?a pas ouvert la boutique de la journée et la lumière est toujours allumée dans la salle de bains, ce qui est contraire aux habitudes de Ti Kam, lui, si économe.

Elle alerte James qui fera la macabre découverte. La police de Port-Mathurin pense avoir affaire à un suicide, que Ti Kam s?est bagarré avec sa femme et qu?il l?a tué avant de se donner la mort.

Port-Mathurin prévient toutefois le Central Criminal Investigation Department (CCID) et décide de ne pas déplacer les cadavres. Les renseignements transmis laissent transpirer un cas suspect. Le Dornier est affrété le lendemain avec à son bord, les officiers Clifford Parsad et Daniel Monvoisin de la Major Crime Investigation Team, le médecin légiste Satish Boolell, Gowmatee Madhub-Dassyne du Forensic Science Laboratory et le Scene of Crime Officer Salabee.

Les soupçons du CCID sont confirmés : c?est un assassinat et les auteurs se sont acharnés sur les malheureux. C?est même un crime d?une rare violence. Les limiers de la MCIT donnent des directives afin que toute personne suspecte se présentant à l?aéroport soit arrêtée.

L?autopsie du Dr Boolell montre que Ti Kam a une fracture du crâne et qu?il est mort des suites d?une dislocation des cervicales. Son épouse, elle, a le crâne en mille morceaux.

La nouvelle de la découverte des corps et de la présence des enquêteurs de Port-Louis fait le tour de l?île. Momus prend peur, pense s?exiler aux Seychelles. Il veut embarquer sur le prochain vol à destination de Maurice.

Jeudi, il prend un taxi à Mont-Lubin en direction de Plaine-Corail. Son aspect négligé détonne. Il porte des savates et n?a pas de bagages. Deux policiers en faction l?épient et l?arrêtent lorsqu?il règle cash un billet pour Maurice.

<B>Sans le moindre signe de remords</B>

Cuisiné par les limiers de la MCIT, il passe aux aveux. Il avoue que les Rs 7 000 trouvées sur lui sont bien celles de Ti Kam et déballe sans le moindre signe de remords tout le plan et l?assassinat du vieux couple. Ravina est arrêté quelques instants plus tard avec Rs 100 000 environ. Mais il raconte qu?il n?a jamais voulu commettre ce double homicide.

En début de semaine, près de quatre ans après les faits, les deux accusés ont comparu devant le magistrat Denis Moutou. Le ministère public était représenté par Me Ivan Jean-Louis et Me Kushal Lobine était l?avocat commis d?office de Ravina.

Placés sous forte escorte policière, les accusés sont arrivés à Rodrigues en début de semaine avant d?être rapatriés vers Maurice. Mardi et mercredi ont été l?une des rares fois où l?accès au tribunal de Rodrigues était contrôlé.

Momus et Ravina ont été tous deux déférés aux assises, après avoir présenté leurs excuses à la cour et aux proches des victimes. Ravina, lui, s?est appesanti sur le fait qu?il ne pensait qu?à cambrioler les deux vieux et non pas à les tuer.

Leur procès sera probablement entendu aux assises en août. Mais même si les assassins vont payer pour leur crime, un mystère reste entier : où est passé le reste du magot ? L?argent volé représenterait bien plus que les Rs 113 200 récupérées. Le vieux couple voulait voyager en Chine en prenant sa retraite. Mais ils ne s?attendaient pas dans cette paisible île Rodrigues à recevoir la visite de leurs bourreaux en cette nuit du 3 juillet 2001?

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