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Deux asphyxiés dans une bouche d?égout
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Deux asphyxiés dans une bouche d?égout
Banané mofine que cette rentrée 1982. Hier, nos macadams refusés par Diego Garcia et ce télex longuement attendu et qui se fait toujours attendre (encore que Seewoosagur Ramgoolam, n?en pouvant plus d?attendre, préfère prendre l?avion sans même savoir où aller tendre sa sébile). Voilà, à présent l?annonce, infiniment triste, de deux égoutiers trouvant une mort révoltante par asphyxie dans une bouche d?égout à Stanley.
Ils sont Laval Alex Arékium et Loganaden Cundasamy. Celui-ci descend, vers 8 heures du matin, en cette Epiphanie 1982, dans une bouche d?égout à Stanley. Il doit y effectuer des travaux d?entretien par 18 pieds de profondeur. Soudain, il éprouve des difficultés. Arékium se porte courageusement à son secours. Il s?écroule asphyxié à son tour. On appelle à la rescousse les pompiers. L?un d?entre eux descend dans la bouche d?égout. Il s?affaisse également.
Arrive la Riot Unit qui se charge des secours. Elle parvient à ramener à la surface les trois hommes inanimés. Arékium et Cundasamy rendront l?âme en cours de route. Leur sauveteur-pompier aura plus de chance. Il se nomme Joseph Evans Huët. Il est officier de la station de pompes à incendie aux Quatre-Bornes. Il ne se console pas de n?avoir pas pu sauver les deux victimes de ce regrettable accident du travail. Claude Ignace Legrand, un autre égoutier à avoir essayé de sauver ses collègues, doit également être hospitalisé. Evans Huët lui doit la vie.
La bouche d?égout se trouve à la croisée des routes Hugnin et Sainte-Anne. Une équipe d?égoutiers est sur place, en cette matinée du 6 janvier 1982. Il s?agit de déboucher un manhole obstrué.
Alex Arékium compte une vingtaine d?années de service au ministère des Travaux publics. Il est âgé de 40 ans. Il laisse une veuve et trois enfants. Ils habitent à la route des Prisons, Beau-Bassin
Loganaden Cundasamy, 42 ans, compte également une vingtaine d?années de service au ministère des Travaux publics. Il laisse six enfants dont l?aîné a 22 ans.
Claude Ignace Legrand, fait l?admiration de tous en raison du courage et de la force physique dont il fait preuve au cours de plusieurs opérations de sauvetage. Il est le premier à vouloir porter secours à Cundasamy. Eprouvant des difficultés à respirer, il préfère remonter à la surface et cède la place à Arékium. Entre-temps, il court alerter la police de Stanley. Quand Evans Huët se trouve à son tour en difficulté, au fond de la bouche d?égout, c?est encore Legrand (il ne mesure pourtant que cinq pieds de haut) qui va à sa rescousse. Il habite cité Vallijee, à Port Louis. Huët et Legrand sont hospitalisés dans la salle Guy-Rozemont (No 7) de l?hôpital Victoria.
En principe, nos égoutiers disposent d?un équipement pour dégager les tuyaux d?égout bouchés sans devoir descendre au fond. Il faut cependant le faire quand l?équipement se bloque.
Cet accident du travail attire l?attention sur l?absence de mesures de sécurité dans l?île Maurice de 1982 : égoutiers et sauveteurs travaillent sans masque respiratoire, surtout sans être attaché par une corde pour être ramenés d?urgence à la surface, en cas de difficulté. Compte tenu de l?étroitesse de la bouche d?égout, on ne peut y descendre muni de bouteilles d?oxygène. Mais il devrait y avoir moyen d?approvisionner en oxygène, à l?aide de tubes reliés à une pompe à air, ceux qui doivent y descendre. Une simple bougie allumée descendue au fond d?une bouche d?égout peut signaler, en cas d?extinction, un manque d?oxygène préjudiciable à la santé de nos égoutiers.
Evans Huët fait état de fortes odeurs d?ammoniaque et de matières fécales au fond de l?égout. C?est en se baissant pour essayer d?attacher les corps des égoutiers inanimés qu?il s?est retrouvé à son tour asphyxié. Il ne reprendra connaissance que plus tard. Il s?en est fallu de quelques minutes pour qu?il ne subisse le sort de Cundasamy et d?Arékium.
Cet accident du travail n?est pas une première à Maurice. Claude Ignace Legrand se souvient, avec tristesse, d?un collègue ayant trouvé une mort aussi affreuse dans une bouche d?égout, située à l?entrée de... l?hôpital de Candos. Pour tout dispositif de sécurité, nos égoutiers disposeraient, en 1982, de gants, de bottes, d?alcool dénaturé et d?un peu di l?houile boire, sans doute pour faire avaler la pilule.
Vingt-cinq ans après, y aura-t-il même un dépôt de gerbes devant la plaque, devant commémorer à jamais la vie sacrifiée d?Alex Arékium et de Loganaden Cundasamy, à l?angle des routes Hugnin et Sainte-Anne, à Stanley ? Réponse : samedi prochain.
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