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Descartes : ?douter, c?est raisonner?
La particularité de Descartes, c?est d?avoir donné à l?humanité une nouvelle manière de raisonner : en doutant. C?est une méthode universelle pour bien conduire sa raison, chercher la vérité et accéder à la connaissance. C?est la théorie d?une nouvelle logique qui a pris la place de la dialectique-rhétorique enseignée à l?école. Bref, la révolution cartésienne est à l?origine de la modernité en philosophie et dans l?enseignement. La méthode consiste à ramener l?esprit aux opérations élémentaires lorsque surgissent les difficultés. Comment ? D?abord, il faut savoir que par nature chaque esprit possède la puissance de bien juger, c?est-à-dire de distinguer le vrai du faux. Il faut l?entraîner à classer les objets en série de telle manière que la connaissance de l?un entraîne celle de l?autre. C?est un moyen efficace de remonter par ana-lyse vers les objets les plus simples à connaître et ainsi opérer une déduction par synthèse.
En prenant l?habitude de réfléchir ainsi, nous augmentons la capa-cité autonome de notre esprit tout en diminuant la place que la mémoire occupe dans la formation de nos certitudes. C?est la raison qui prend le dessus sur la mémoire. On ne réfléchira plus en récitant des paraboles, des proverbes et des maximes, qui se révèlent souvent trop archaïques. Et avec le temps, on finira par devenir maître de nos pensées et on fonctionnera moins comme un perroquet.
Ainsi, la première leçon à tirer de la démarche cartésienne est la contestation méthodique des opinions reçues. En soulevant un ensemble de questions, le doute trace une frontière entre la recherche spéculative de la vérité et la manière de vivre. En ce sens, on peut dire que le doute méthodique justifie toute attitude individuelle qui défie le vraisemblable comme le faux, allant même jusqu?à mettre en cause l?existence de son propre objet ? atteignant ainsi sa plénitude.
Il faut bien reconnaître que le doute cartésien ne s?attaque pas directement aux opinions, mais aux sources des connaissances. Il ne fait que remonter des sens à la compréhension. Lorsqu?il s?oppose à une opinion, c?est uniquement pour prouver sa fausseté à travers des raisons contraires. Le but consiste alors à altérer la certitude de cette opinion. A bien y voir, la réflexion cartésienne sur le doute a déplacé cette frontière qu?elle a tracée elle-même. Chaque individu découvre alors que sa volonté a le pouvoir de se manifester comme refus avant de s?exercer comme puissance d?affirmer. c?est ainsi que chacun se saisit comme un individu déterminé.
En appliquant la méthode cartésienne à l?école nous aiderons à la formation d?une société qui sera composée d?individus qui seront maîtres de leurs pensées, qui n?auront besoin de personne pour réfléchir à leur place sur des problèmes allant de la tradition culturelle à la liberté fondamentale. A ce niveau de réflexion une question surgit : pourquoi la philosophie est-elle absente de nos programmes scolaires?
Avant de vouloir imposer à nos enfants les sens des diverses traditions, moulés par des prétendus connaisseurs ? ce qui signifie une entorse à la laïcité ?, ne vaut-il pas mieux leur offrir l?outil de la connaissance qu?est la philosophie, afin qu?ils puissent, avec art et amour, tailler eux-mêmes du bloc des sciences humaines leur pierre philosophale et construire l?édifice réel de leurs connaissances ? Vous doutez ? Eh bien, tant mieux, vous raisonnez bien! Vous êtes sur la bonne voie.
par Vèle PUTCHAY
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