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Des vérités qui dérangent
?Le changement climatique est de nature exponentielle. En deux mots, il peut survenir de façon très brusque.? Ils ont le tranchant de la nature en colère, ces propos de Fabrice d?Unienville. Mais ils pourraient aussi bien venir du discours engagé du film d?Al Gore, Une vérité qui dérange, passé dans nos salles à la fin de l?année dernière. Fabrice, malgré sa jeunesse, possède déjà l?énergie inextinguible des passionnés. Au service de son credo : la responsabilité citoyenne, notamment face aux enjeux environnementaux.
?Ces changements, on les observe ici.? Les cyclones, par exemple, tendent à frapper plus au Nord, juste sous l?équateur, comme cela s?est produit sur un îlot des Seychelles. Ce qui ne joue pas que pour nous, mais nous prive aussi d?un moyen de régulation de notre climat, des pluies, de notre végétation.
Un terrain connu pour Fabrice. Il n?avait pas 15 ans qu?il participait au nettoyage de l?Ile-aux-Aigrettes, future vitrine écologique. Plus tard, on apercevrait sa tignasse blonde parmi les défenseurs de l?Ile-aux-Deux-Cocos.
Pourtant, on aurait tort de ramener Fabrice à l?image galvaudée de l?écolo fleur bleue et un peu fou. Si la nature a certes énormément compté pour lui, elle lui est revenue ?au galop?, à l?issue d?un parcours universitaire brillamment conclu. À l?heure actuelle, où défendre l?écologie est désormais un combat entendu, où des ONG comme Greenpeace déploient une logistique digne d?une vraie entreprise et où un ex-candidat à la Maison Blanche parcourt le monde pour expliquer l?enjeu sous-estimé du global warming.
Parti pour un cursus en Administration des entreprises, Fabrice s?est donc vite éloigné des bilans comptables, ?l?aspect humain me paraissant plus engageant?, pour déboucher sur un DESS (master degree) en management de la responsabilité sociétale des entreprises (Ecole Supérieure des Affaires de Paris XII) et un stage de sept mois chez Utopie, une société de conseils en constructions durables. ?Une riche formation, où ma tâche était de mettre en place des groupes de réflexion, composés de tous les acteurs dans tout projet de construction, sur ces solutions durables.?
Le développement durable est une réponse qu?il sait défendre : ?c?est un développement qui prend compte de trois dimensions : économique, sociétal et environnemental?. De nos jours, l?économique a encore une place démesurée alors que le sociétal (terme spécifique, qui associe l?environnemental et les enjeux sociaux), reste sacrifié.
?Ma première démarche ici fut d?ailleurs de contacter des entreprises pour proposer des services analogues.? La tiédeur qu?il a parfois rencontrée ne l?a pas découragée. ?Le problème est que dans bien des cas, le CSR se limite encore à un accord de partenariat entre une ou des ONG, des locaux et l?entreprise, par le biais d?une fondation?. Sans une authentique imprégnation des responsabilités sociétales dans les business models. Les mauvaises langues pourraient dire : avec juste un alibi pour les crimes perpétrés en douce contre la nature.
Supprimer les barrières
?Par contre, souligne Fabrice, les solutions durables, loin d?avoir à être contournées pour minimiser les coûts, peuvent se révéler autrement rentables que des politiques à court terme?. Ici, une des pistes de réflexions pour des solutions durables dans le bâtiment serait la ventilation. Et cela a des retours.
?Une étude en France sur des bureaux construits selon des critères de durabilité, c?est-à-dire en tenant compte d?items comme l?isolation du froid et l?ergonomie (le confort) du mobilier, a prouvé que pour un surinvestissement minimal, la productivité de la compagnie avait augmenté de 15 %?.
Parlons-en de l?économie ! Alors que les Nations Unies s?apprêtent à débloquer d?importants moyens pour soutenir les projets locaux de suppression de barrières à l?efficience énergétique et à la préservation d?énergie dans les bâtiments, les politiques ne semblent pas suivre ce vent frais du progrès. ?Il me paraît ridicule que, quand on s?amuse à signer en grandes pompes des protocoles pour l?environnement et les solutions durables, on se vautre sans scrupule dans le charbon, ressource non renouvelable, pour satisfaire nos besoins énergétiques?.
Fallait-il donc l?en convaincre, Fabrice, que le film d?Al Gore a une portée énorme et un message qu?il faut avoir envie d?entendre. Qui dépasse le salon, la salle, le local, le national. Pas seulement parce qu?il a assisté à sa projection à l?Assemblée nationale française, en présence de l?ancien vice-Président américain.
?Il faut s?équiper d?une vision globale et réfléchie pour traiter efficacement du développement?, résume Fabrice. ?Le véritable ennemi du développement, c?est le développement irréfléchi.? Vouloir s?inscrire dans la durée, c?est vouloir détaxer des technologies liées à un développement réfléchi. C?est aussi ?créer des lois dans le sens du développement durable?.
Et mieux songer aux responsabilités. La nature n?est pas qu?un spectacle. Nous, qui, pour retrouver le chemin de l?émotion non feinte, celle qui surprend comme un tremblement de terre, qui convertit tel un ordre vous désarçonne, nous sommes endormis sur les ailes d?une musique ?qui fait battre le coeur ? et d?une image qui ?nous identifie avec le héros?. Arrivé à ce stade de dégénérescence, la vérité de la nature, qui nous échappe, ne peut plus que nous surprendre. Et, le jour venu, cela risque de faire mal.
En effet, si on recherche les causes pour lesquelles un courant marin a été modifié sur nos côtes, on doit étudier toutes les pistes, des séquelles de l?urbanisation à celles liées à la création de plages artificielles entre deux jetées. ?Quand un hôtel dépend d?un parc marin pour son prestige, n?est-il pas responsable de la prolifération d?algues tueuses de coraux, nées de la diffusion d?engrais chimiques, dont ceux utilisés par ses jardiniers ??
Fabrice s?étonne aussi que le cadre légal soit si peu efficace pour combattre la pollution. ?Un système pollueur = payeur, où l?entreprise serait autrement contrainte à investir dans le recyclage, est essentiel. Que fait-on réellement pour le recyclage des pots de yaourts, par exemple. Ce ne sont pas quelques bennes qui vont avaler la masse de bouteilles en plastique jetées. Et que fait-on pour encourager ceux qui choisissent les chopines en verre, recyclables et bien moins polluantes que ces 0.5. Quel audit pour l?environnement ? ?
Aux vérités qui dérangent, correspondent aussi des questions qui restent longtemps sans réponses.
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