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Des témoins racontent avoir vu une pirogue en perdition

15 mai 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Des personnes dans une pirogue, les bras levés, appelant à l?aide. Et puis, l?espace d?une vague, plus rien. Sauf une planche, à quelque 150 à 200 mètres de la plage, dansant sur une mer démontée. C?est ce qu?affirment avoir vu trois habitants de Palma, Quatre-Bornes, qui se trouvaient, tôt dimanche, sur la plage de Flic-en-Flac. Ils s?étonnent que personne ne se soit encore manifesté pour signaler une quelconque disparition.

Raj Groodoyal, un propriétaire de camionnette âgé de 39 ans, Deeneshwar Goolzar, un tailleur de 37 ans, et Ravi Gajadhur, 28 ans, employé d?une petite compagnie spécialisée dans l?asphaltage, font partie d?un groupe d?une quinzaine de personnes qui vont chaque dimanche à Flic-en-Flac pour jouer au football sur le sable. Ils rentrent ensuite, après s?être baignés. Mais les choses se sont passées différemment dimanche dernier.

Prenant tour à tour la parole, nos interlocuteurs racontent ce qu?ils ont vu. ?Ce dimanche, nous étions moins nombreux à nous rendre à Flic-en-Flac. Nous étions neuf personnes à grimper dans le caisson de la camionnette de Raj Groodoyal, vers 5 h 45. Une fois sur place, nous avons commencé à jouer. La mer était particulièrement agitée et l?eau était plus opaque que d?habitude. Nous y sommes malgré tout entrés. Mais contre toute attente, une vague énorme, qui pouvait atteindre trois mètres de haut, s?est abattue sur nous. Nous ne pouvions absolument rien faire et nous avons été soulevés et projetés brutalement sur la plage.?

?J?ai été blessé par les coraux?

L?un d?eux, Ravi Gujadar, montre, en soulevant son T-shirt, ce qu?il en a résulté. ?Regardez comment j?ai été blessé par les coraux.?

Ainsi, expliquent-ils, c?est après avoir eux-mêmes été malmenés par cette vague qu?ils ont aperçu au loin une embarcation. ?Tou bann kamarad finn trouve sa pirog la. Ti ena dimoun ki ti pe apel osekour. Lerla mo kamarad Raj finn al lapolis. Ici, nou ti pe trouv pirog la paret e disparet dan lamer. Apre nou pa finn trouv narien, sof enn plans. Notre attention a aussi été attirée par trois objets qui dansaient sur l?eau. Deux tonneaux bleus et, un peu plus loin, un jerrican. On avait l?impression que le jerrican était lié aux débris. A ce moment-là, une petite foule s?était constituée sur la plage et tous les yeux étaient rivés sur les brisants. On pouvait entendre des commentaires. Ena dimoun lor la. La National Coast Guard est arrivée et plus tard l?hélicoptère de la police a survolé la région sans toutefois rien découvrir.?

Nos interlocuteurs affirment ne pas vouloir passer pour des raconteurs d?histoires. Raj Groodoyal explique d?ailleurs que ?je suis un travailleur social de la région. Je ne veux pas passer pour quelqu?un de pas sérieux.? Il précise, lui, n?avoir pas vu de pirogue car il ne s?était pas attardé sur les lieux comme ses camarades Mais il a, dit-il, bien vu la planche au loin. C?est lorsque les gens ont commencé à dire qu?il y avait des personnes en difficulté qu?il s?est précipité au poste de police.

Aucune déposition de ?missing?

Du côté de la police, c?est un autre son de cloche. ?S?il y avait bien une embarcation qui avait été emportée, on aurait récupéré des débris.? Ce membre de la National Coast Guard (NCG) s?est exprimé ainsi, hier, au bout des 24 heures de recherches qui ont suivi la nouvelle selon laquelle l?embarcation, avec à bord quatre personnes, aurait été emportée.

Des éléments de la NCG qui ont exploré le lagon en vue de retrouver ces personnes n?ont, en effet, rien trouvé. Un officier s?est donc dit un peu sceptique quant à la version du témoin Ravi Gujadhur, qui a dit que ?mo kwar mo finn trouv enn bato ek kat dimoun en difikite?. A hier, aucune déposition de ?missing? n?avait pourtant été enregistrée concernant des personnes qui seraient sorties en mer.

Marc ATCHIANE

DISPARITIONS

Recherches infructueuses

■ Rien n?y fait. Ni les plongeurs de la National Coast Guard (NCG) ni l?hélicoptère de la police ni les ?Duty Heavy Boats? dans lesquels les éléments de le NCG ont poursuivi les recherches hier n?ont donné de résultat. Ramchander Babooa, alias Kishore, un superviseur de 41 ans disparu en mer dans la soirée de samedi à Grande-Pointe, île de la Passe, Vieux-Grand-Port, est introuvable. Cet homme et deux autres habitants de Rose-Belle étaient sortis pour une partie de pêche en début de soirée. Même situation à Rodrigues : aucune trace des deux policiers et des trois pêcheurs portés manquants. Entre-temps, à Rivière-des-Galets, des dégâts importants ont été enregistrés : une dizaine de maisons ont été envahies à la suite de grosses vagues.

Le commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh, a dépêché l?adjoint au commissaire de police, Jean Bruneau et le commandant de la NCG Nagy à Rodrigues dans le souci d?un bon contrôle. À partir de ce matin quatre bateaux de la NCG y patrouilleront au nord, où deux policiers de la NCG, ont disparu. Même nombre de bateaux pour le sud de l?île où trois pêcheurs ont disparu, à Port-Sud-Est. L?avion Dornier, qui sera à Rodrigues tôt ce matin survolera la zone. Après une rencontre entre la force policière et des pêcheurs, ces derniers et des volontaires participeront à l?opération de recherches à travers l?île à bord d?une vingtaine de bateaux.

Le PMO montre du doigt la lenteur de la police et la météo

Au moins quatre disparus et un noyé : le bilan est lourd pour ce phénomène météorologique ayant provoqué le raz-de-marée au sud et à l?ouest du pays. Mais les éléments ne se sont pas encore calmés que, déjà, certains services sont montrés du doigt. La station météorologique et la police n?auraient pas réagi à temps, estime le Cyclone & Other Disasters Committee qui s?est réuni hier.

Les météorologues de Vacoas expliquent qu?ils avaient prévu des houles, pas des vagues de cette hauteur, tandis que la police renvoie la balle dans le camp des services de la météo qui ne l?auraient pas avertie du phénomène?

Toujours est-il que dans les milieux proches des windsurfers professionnels à Maurice, l?on fait remarquer que ce phénomène était prévu depuis mardi dernier, soit quatre jours avant que les vagues de quatre à cinq mètres de haut ne s?écrasent sur la côte sud de Maurice et non loin de l?île de la Réunion. Ils précisent que c?est grâce au site internet www. windguru.com ? site consulté par tous les surfers et windsurfers du monde ? qu?ils étaient au courant de l?imminence du phénomène.

Il s?agit d?un site américain dont les informations proviennent d?un satellite météorologique et qui, dans une rubrique consacrée à Maurice, fournit des prévisions pour une semaine ? vitesse du vent, taux de pluviométrie, d?ensoleillement, courants marins, hauteur des vagues. Ce site prédit par exemple des vagues de près de 4,8 mètres pour aujourd?hui.

C?est précisément l?absence d?informations qui semble avoir prévalu. Et à l?Hôtel du gouvernement et au bureau du Premier ministre, ce qui a le plus irrité, c?est la lenteur des services concernés à réagir et à prendre les décisions qui s?imposaient pendant le week-end.

Tant et si bien que le président du Cyclone & Other Disasters Committee, Suresh Seeballuck, a réuni de toute urgence ce comité. ?En tant que président de ce comité, j?ai été surpris d?apprendre, par la radio, qu?il y a eu des dégâts et des disparus en mer. Ni la météo, ni la police ne m?a mis au courant de l?ampleur de la situation. C?est incroyable.?

La réunion d?urgence avait pour objectif de passer en revue la situation, tout en déterminant ce qui doit être fait dans des situations comme celle-là. Pour Suresh Seeballuck, le raz-de-marée du week-end est ?quelque peu comme un mini-tsunami.? Et, fait-il encore remarquer, si un tsunami peut tout balayer en 20 minutes, ?un raz-de-marée dure plus longtemps et les dégâts sont parfois comparables?.

?Mo nepli ti kone kot simin telma dilo partou?

Après cette réunion, le PMO a demandé que les centres communautaires soient ouverts dans le sud et dans l?ouest, dans l?éventualité que le raz-de-marée ne fasse d?autres dégâts dans les jours qui viennent. Déjà, on dénombre une dizaine de familles sinistrées.

Suresh Seeballuck préconise en outre que la météo fasse diffuser des alertes à la télévision et à la radio, comme l?a fait météo-France samedi soir. ?Pas des bulletins techniques et laconiques que personne ne comprend, mais des alertes bien précises.? Il annonce que ce genre de phénomène ne devra à l?avenir pas être traité de manière banale. Il souhaite aussi que la police se mobilise sur les routes côtières pour guider les automobilistes et les avertir du danger. Il dit ainsi avoir donné des consignes strictes pour que la police fasse, si besoin est, interdire la circulation et fermer des routes. Ce qui n?a pas été le cas, durant le week-end.

L?un d?eux, Aatish Devason, 33 ans, chauffeur pour le compte d?un opérateur du tourisme raconte qu?arrivé à la hauteur de La Prairie vers 23 heures samedi soir, il a été surpris par l?assaut des vagues : ?Mo ti soke et mo fin truv sa anormal ki ban vag ti pé tap lor flan mo van ek mo parbriz. Mo né plis ti koné kot simin telma ti ena dilo partu.? Il explique qu?il a même failli perdre le contrôle de son véhicule en raison de la force des vagues. Il déplore ainsi l?absence de la police sur la route pour donner l?alerte.

Les autorités ont par ailleurs exprimé des craintes, hier, concernant des bateaux de pêche qui sont actuellement en campagne. Sortis du lagon, ils seraient particulièrement vulnérables aux vagues. Et c?est surtout l?absence de radio à bord de certains bateaux qui inquiète le plus.

Dans le lagon, par contre, l?on dénombre une dizaine de bateaux de pêche qui ont été endommagés par la houle.

Bernard SAMINADEN

ÉQUIPEMENT

Prévisions précises

■ La firme allemande Club Mistral spécialisée dans le Windsurf et le Kitesurf dans la région connue sous le nom de ?One Eye? au Morne, possède un équipement sophistiqué capable de faire des prévisions avec une précision chirurgicale. Relié à un ordinateur, cet équipement plus petit qu?un décodeur prédit la vitesse et la direction du vent de même que le taux exact d?humidité. Le coût d?un tel équipement : Rs 200 000.

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