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Des nuages à l?horizon politique de George Bush

2 avril 2005, 20:00

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Pour la première fois depuis son entrée à la Maison Blanche, en janvier 2001, George Bush pourrait subir une défaite majeure en politique intérieure. La privatisation partielle du système de retraite par répartition (social security), annoncée comme la réforme la plus importante du second mandat, n?a semble-t-il plus aucune chance d?être adoptée par le Congrès. Le numéro un de la majorité républicaine au Sénat, Bill Frist, a laissé entendre que le projet pourrait finalement être re-poussé à l?année prochaine.

Et, pourtant, il y a longtemps que les républicains n?avaient été aussi puissants. Après la réélection du président en novembre 2004, ils contrôlent la Maison Blanche et jouissent d?une majorité confortable au Sénat et à la Chambre des représentants. Mais c?est dans son propre parti que George Bush ne parvient pas à convaincre. Bush risque de commencer son second mandat par un camouflet dont il aura du mal à se remettre. Fini les grandes ambitions, avouées à la fin de l?année dernière, de défaire l?État providence, l?héritage de Franklin Roosevelt et du New Deal des années 1930.

« Pour la première fois depuis six décennies, nous avons l?opportunité de gagner la bataille sur la sécurité sociale », écrivait Peter Wehner, directeur des initiatives stratégiques de la Maison Blanche, dans une lettre aux élus républicains. Ces derniers n?ont pourtant pas, manifestement, l?intention de prendre des risques pour permettre à George Bush de laisser sa marque dans l?histoire. Ils ont déjà en tête les scrutins de l?année prochaine.

Une cote de popularité en baisse

Le risque d?un second mandat marqué par l?impuissance, au moins sur le plan intérieur, est d?autant plus grand pour le président que les sondages lui sont de plus en plus défavorables. Dans le dernier, réalisé la semaine dernière, la cote de popularité de George Bush est tombée à 45 % d?opinions favorables.

Une autre étude d?opinion, réalisée la semaine dernière pour CBS News, montre en effet que 82 % des personnes interrogées se déclaraient opposées aux initiatives prises par le Congrès et par le président pour sauver Terri Schiavo, plongée depuis quinze ans dans un co-ma végétatif. Elle est devenue le symbole d?une bataille juridique et surtout politique entre partisans et adversaires de l?euthanasie, dans laquelle George Bush a clairement choisi son camp.

Il a écourté ses vacances de Pâques pour rentrer à Washington et promulguer la loi, votée spécialement par le Parlement, autorisant la justice fédérale à faire réalimenter la jeune femme. Mais toutes les pressions sur les tribunaux fédéraux et sur la Cour suprême ont été inutiles. C?est une défaite pour les républicains, moins pour le président, car elle laissera moins de traces que l?abandon probable de la réforme de la Sécurité sociale.

« Le plan pour transformer le système des retraites est, aujourd?hui, tout simplement kaputt », résume Jacob Weisberg, le chroniqueur du magazine en ligne Slate. D?abord, parce que les parlementaires démocrates sont, pour une fois, unis. Il n?y a plus à craindre de défections comme lors des votes en 2001 et en 2003. L?opposition est même galvanisée par le sentiment de pouvoir remporter enfin une victoire et d?empêcher le démantèlement d?une institution vieille de 70 ans. Elle a le soutien des syndicats comme l?AFL-CIO et surtout de la puissante association des retraités American Association of Retired Persons (AARP).

L?engagement de l?AARP contre la réforme a fait réfléchir nombre d?élus républicains. Les retraités et les citoyens de plus de 50 ans ont, en effet, un poids électoral considérable et votent plus que les autres aux États-Unis. Selon un sondage réalisé à la mi-mars pour le Wa-shington Post et ABC, seuls 35 % des Américains approuvent la privatisation du système de retraite contre 38 % en décembre.

« L?explication est simple. La Sécurité sociale ressemble plus à une maison dont le toit a besoin de réparations qu?à une maison dont les fondations vont s?effondrer. Le système est capable de payer 100 % des pensions promises jusqu?en 2041. Voilà pourquoi les gens ne veulent pas d?un projet dont la motivation est avant tout idéologique », dit Robert Greenstein, du Centre sur les priorités politiques et budgétaires. Et le quotidien USA Today ajoute : « Bush a traité les retraites comme le moyen de parvenir à un réalignement politique, et ça ne passe pas. »

Bien des présidents américains ont connu des seconds mandats difficiles : George Bush pourra-t-il éviter un destin similaire ?

■ @ 2 005 Le Monde ? Éric LESER Distribué par The New York Times Syndicate

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