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Des normes pour un air sain

24 juillet 2008, 20:00

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Pollution et risque sanitaire à la Tour Koenig. Le 14 juillet dernier, la sonnette d?alarme est tirée. Usines rejetant dans l?atmosphère des fumées polluantes et zones résidentielles ne font pas bon ménage. C?est une évidence. Mais elle ne tient pas lorsque l?absence de plans cohérents d?aménagement du territoire favorise la création de zones mêlant industries et habitations.

Dans le cas de la Tour Koenig, il ne s?agit pas de se faire «l?avocat du diable» comme le dit Tibermann Ramyead, ancien directeur de l?environnement, mais de comprendre ce qui a pu mener à une telle situation. Déplorable, il faut l?avouer. «Dans plusieurs cas, les usines sont arrivées bien avant les zones résidentielles, donc les usines se trouvent dans une situation difficile car elles doivent encore mieux contrôler leurs émanations.» Pour autant, Tibermann Ramyead insiste sur le respect des normes environnementales strictes. Et d?admettre dans le même souffle que la conformité n?est pas toujours la règle.

Le facteur coût est déjà une première explication au respect, parfois très relatif, des normes. «Si toutes les émanations des cheminées sont contrôlées et respectent scrupuleusement les normes, cela va coûter très cher à l?usine. D?après l?Environment Protection Act, le directeur de l?environnement est en droit de forcer l?usinier à mettre aux normes les usines», explique l?ancien directeur de l?environnement. Or, la situation qui prévaut à Maurice est la même partout. «Les entreprises, au lieu d?investir dans la meilleure technologie disponible tout en cherchant à limiter les coûts, optent pour les technologies disponibles à meilleur marché et dont les résultats limiteront autant que possible de potentielles poursuites», souligne Tibermann Ramyead.

Globalement, la qualité de l?air à Maurice est bonne. Balayée par les alizés, l?atmosphère de l?île est régulièrement renouvelée si bien que les particules polluantes en suspension dans l?air ne stagnent qu?à des endroits particuliers. Les contrôles de qualité de l?air, effectués par des équipes du ministère de l?Environnement, pointent surtout les zones où il y a une forte concentration industrielle et une circulation dense.

La police de l?Environnement rappelle qu?un suivi régulier est fait dans les zones ayant déjà connu des problèmes de pollution. «Notre travail consiste à enregistrer les complaintes, établir un constat et envoyer le rapport au directeur de l?environnement. Dès lors, les techniciens concernés se rendent sur place pour effectuer les relevés nécessaires à étayer les dénonciations de pollution.» Par la suite, des consignes sont données à l?entreprise incriminée pour se mettre aux normes et respecter les standards édictés. Ce n?est que si les actions demandées ne sont pas prises que l?entreprise est poursuivie en justice. «À ce jour, aucun cas n?a été jusqu?en cour, les entreprises ont toujours appliqué les injonctions du ministère.»

<B>Manque criant de coordination</B>

Les normes définies dans les textes de loi doivent être respectées par toutes les entreprises dont l?activité entraîne des rejets atmosphériques ou des effluents, qui eux doivent être traités. Cela dit, il y a parfois une marge entre les normes édictées et la réalité du terrain. Se pose donc le problème du contrôle et de son efficacité. Pour Tibermann Ramyead, il y a déjà un manque criant de coordination entre les différents acteurs de la lutte contre la pollution. L?administration locale/régionale, les ministères de l?Environnement et de la Santé, les fournisseurs, entre autres, ne communiquent pas suffisamment. Le manque de synergie entraîne, de fait, des contrôles et surtout des suivis parfois insuffisants.

Il va sans dire que le respect des normes environnementales par les entreprises tient aussi à leur volonté de le faire. Les contrôles qu?elles doivent mener relèvent de directives internes. C?est pourquoi l?ancien directeur de l?environnement souhaitait que les résultats de ces contrôles soient communiqués au ministère de manière systématique. Du côté de la Centrale thermique de Savannah, par exemple, les contrôles des rejets atmosphériques sont menés tous les trois mois par le laboratoire, indépendant, de l?Université de Maurice. «Les résultats, une fois obtenus, sont ensuite systématiquement communiqués au ministère de l?Environnement», précise Rajiv Ramlugon, safety & environmental manager. Le respect des normes est l?une des principales exigences de la Centrale thermique de Savannah comme défini dans les cadres d?opération.

Cependant, force est de reconnaître que toutes les entreprises ou industries n?ont pas toujours les moyens d?appliquer à la lettre les réglementations en vigueur. Et le ministère ne dispose pas de moyens suffisants pour effectuer les contrôles nécessaires. Pour autant, les autorités concernées au ministère de l?Environnement sont habilitées à contraindre toute entreprise à respecter les normes définies dans les réglementations.

Des problèmes persistent, c?est un fait. Celui de la Tour Koenig en est l?illustration. Ils restent néanmoins localisés. C?est toute une série d?actions qui doivent être menées pour que les normes environnementales soient scrupuleusement observées. La synergie et une coordination efficace des acteurs sont le premier pas. Une volonté de la part des industriels, et plus largement, un changement dans les mentalités, sont un deuxième pas qu?il convient de franchir.

<B>Tourisme et marché du carbone : Consommer moins et polluer moins</B>

■ Les hôtels mauriciens en prenant le chemin des économies d?énergie peuvent prétendre aux crédits carbone sous le mécanisme de développement propre (MDP) soutenu par le Programme des Nations Unies pour le Développement. Le MDP, défini dans l?article 12 du Protocole de Kyoto, aide les pays en développement, dont Maurice, à limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES). Les pays développés financent des projets écologiquement propres ou visant une réduction des GES, via les économies d?énergie entre autres, dans les pays en développement. De cette manière, les GES qui n?ont pas été émis dans les pays en développement peuvent l?être dans les pays développés. C?est un moyen pour les pays du Nord d?atteindre les objectifs qu?ils se sont fixés en signant le protocole de Kyoto. Les pays développés reçoivent donc des crédits carbone. Les pays en développement bénéficient en retour d?un transfert de technologies et de financements pour les projets de production électrique ne générant pas ou peu de GES. Les hôteliers ont là l?opportunité de trouver des financements pour la mise à niveau des établissements pour la réduction des coûts énergétiques. «Chaque hôtel à Maurice génère relativement peu de crédits carbone. De fait, les bénéfices engrangés par la vente des crédits carbone ne pourrait pas couvrir les coûts liés au développement d?un projet. Il est préférable que l?ensemble des hôteliers construisent des projets communs, en ce sens l?AHRIM a un rôle de coordination essentiel à jouer» note Sanju Deenapanray, coordinateur du projet MDP au Programme des Nations Unies pour le développement. En bref, le marché du carbone représente une fenêtre de financements intéressants pour les hôteliers. À l?heure actuelle, il n?y a que la centrale de Savannah qui attend l?acceptation de son dossier pour bénéficier des avantages du marché du carbone. Si les hôteliers se lancent, ce sera la preuve que cette initiative est porteuse. À l?heure actuelle, seuls quatre pays se taillent la part du lion, à savoir la Chine, l?Inde, le Brésil et la Corée du Sud. «Ils comptent pour 70 % des projets de MDP et 80 % des crédits carbone jusqu?en 2012. Dans le même temps, l?Afrique subsaharienne ne compte que pour 2 % des projets et 5 % des crédits carbone», soulignait Sanju Deenapanray dans une présentation faite aux professionnels du secteur le 7 juillet dernier. Maurice a une carte à jouer, l?hôtellerie pourrait être la seconde.

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