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Des millions de résolutions
Millionnaire. Elle n?a pas encore quitté sa maison en tôle orange. Véronique Topize est toujours locataire du côté de Beaux-Songes. Une cour aux herbes folles, aux moustiques en folie. Deux chiens énergiques. Un petit chat sur une chaise.
Quittant précipitamment celle où Véronique Topize se pose, à son retour de l?enterrement d?une tante. Ce qui lui rappelle qu?aujourd?hui, elle ira sur la tombe de Kaya avant d?aller travailler. Le temps de demander à Lumia, sa fille, un thé qui ne viendra pas, elle entame la conversation.
Là dans cet intérieur pauvre et propre. Des rideaux qui tiennent par des pinces à linge. Un salon dépouillé, avec des vestiges de son salon de coiffure, celui d?avant son business de Camp-Levieux. Avec sous le toit qui coule et les fenêtres qui suintent, une énorme télé.
Véronique Topize est une ancienne timide. À la question : qu?allez-vous faire de votre compensation de Rs 4,5 millions ? elle répond franchement, ne montrant aucunes de ces pudeurs inutiles qui enveloppent souvent la si fondamentale question d?argent.
??Bokou dimounn demann moi kifer mo finn pran Rs 4,5 millions alor ki mo ti pe demann plis.? Pour elle, c?est le principe qui compte?
Madame Kaya comme l?appelle son entourage, nous sort la liste des projets. Tous rationnels. En tête des priorités : ?lakaz, terin. De préférence à la campagne?. Possiblement à Beaux-Songes, si les négociations aboutissent. Un coin où elle pourra planter des ?bringelles?, un peu de thym, du persil, des piments, de la laitue. Image d?Epinal. Nous ne pouvons réprimer un coup d??il à ses ongles manucurés. Avec un petit rire, elle lance : ?C?est un peu raté?. Avant d?enchaîner sur sa période végétarienne, pendant son mariage avec Kaya.
Pourquoi ne pas déménager pour le bord de mer ? L?ombre de Kaya passe encore une fois. Lui si omniprésent dans son salon, avec cette grande affiche d?un concert hommage à Paris, en février 2005. Après avoir vécu sept ans avec Kaya à Grand-Baie, l?océan ne parle plus à Véronique.
C?est la ?spiritualité de la montagne? qui l?attire. Les mêmes?vibrations? qui lui donnent envie de commencer le yoga, ?pour préparer la vieillesse?. À 38 ans et des formes épanouies, Véronique Topize pense à l?après. Coiffeuse de son état, ?dan travail mo diboute witerd?tan. Si mo pa ekilibre mo lavi ?? Elle ne termine pas sa phrase.
Déjà lancée sur sa nouvelle vie. Celle où elle ne se voit ni remariée, ni mère à nouveau. Madame Kaya est désormais unie à un mythe. À un homme qui, à l?écouter parler, a la stature d?une divinité. Qui n?était que générosité. Pour le remplacer ?faudrait être multi-millionnaire?. Véronique Topize rigole. Son de gorge d?une femme qui sait ce qu?elle veut.
Penser aux enfants
Surtout ce qu?elle ne veut pas. La nouvelle de la compensation lui a valu des coups de fil de parfaits inconnus. Comme celui de ce ?grand malade?qu?elle n?a jamais vu, qui dans un souffle, lui a dit qu?il était sur le point de mourir, à moins qu?elle ne lui donne Rs 30 000. Quand elle a refusé, énervé, il lui a demandé ce qu?elle comptait faire avec tous ses millions. D?une voix n?ayant rien à voir avec celle d?un futur trépassé.
?Pa koz bann dimoun ki vinn get moi dan salon ou soi lakaz?. Pour tenter de lui soutirer quelques sous. Elle ne tombe pas dans le piège. ?Sa kat milyon la, si pa fer atension, timama li fini?. Véronique fait ses comptes. Acquisition du terrain. Frais de notaire, matériaux de construction, main-d??uvre. Meubler la maison. Mais pas trop quand même, ?parski si ena tou kot moi ler la mo pou vinn paress?.
Ensuite, il faut penser aux enfants. ?Qu?est-ce que je fais si Azaria me dit qu?il veut aller étudier en France ou si Lumia (en Form II au Lycée de Beau Bassin), me dit qu?elle veut aller à l?université ? ? Pour le moment, c?est vers le conservatoire qu?elle va les orienter. Violon pour Lumia, guitare pour Azaria. ?Ils ont une part musicale en eux. Et puis, c?est pour les occuper, le temps qu?ils sachent ce qu?ils veulent vraiment. La musique c?est une thérapie, une ligne droite dans la vie.?
Sa ligne à elle, s?appelle Kaya. Avant l?affaire du même nom, elle était une femme au foyer ?bien renferme. Pa ti konn narien?. Les circonstances ont fait d?elle une veuve. D?éplorée elle est devenue ténacité. Dans sa tête, les choses sont claires. La compensation, c?est sûr que cela va pimenter son quotidien.
Mais c?est pour une question de principe que Véronique Topize a accepté. ?Bokou dimoun dimann moi kifer mo finn pran Rs 4,5 millions alors ki mo ti pe dimann plis.? Pour Madame Kaya, c?est le principe qui compte. Pour elle, cela veut dire que ?l?Etat a reconnu ses torts?. C?est pour cela qu?elle a accepté. Car malgré toutes les enquêtes, les rapports d?experts, les autopsies et contre-autopsies, ?ziska zordi mo pankor konekouma Kaya finn mor ?.
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