Publicité

Des mesures pour limiter la césarienne dans les hôpitaux

21 octobre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les institutions publiques de Santé doivent suivre un protocole face aux césariennes. Une décision motivée par le taux élevé de césariennes pratiquées dans nos hôpitaux.

Le Chief Medical Officer (CMO) au ministère de la Santé, Dr Shyam Sungkur, explique qu’“à travers ce protocole, nous exigeons que les césariennes se fassent seulement quand il y a des indications cliniques acceptables et bien établies. Elle ne doit plus être l’option facile des médecins”.

Un comité technique au ministère de la Santé a récemment soumis ses recommandations et le protocole a été redéfini. Le ministère a ajouté qu’il fera un pas additionnel en incluant des guidelines en cas de complications liées aux césariennes.

Chiffre troublant même inquiétant : 34 % des accouchements dans les hôpitaux se font par césarienne. Une tendance qui se retrouve dans le privé. Cette pratique est devenue au fil de ces six derniers mois “l’option facile” de certains médecins. Des complications qui surviennent alors peuvent, en outre, s’avérer fatales. A l’exemple de certaines, dont Helena Harel et Naseema Oozeeraw, qui y ont laissé leur vie cette année.

Maowtee, une jeune femme qui en est à son premier enfant, se remet difficilement : “Le suivi de ma grossesse s’est bien passé. En rentrant à l’hôpital, le diagnostic du médecin est très positif. Mais une complication, jugée mineure par deux autres médecins – je l’ai su après – se termine sur la table d’opération. On aurait pu éviter ces séquelles douloureuses de la césarienne.”

Comme elle, les accouchements d’un bon nombre de femmes finissent au bistouri. 3 613 césariennes en l’an 2000. Trois ans après, ce chiffre augmente de plus d’un millier. Il passe à 4 977 en 2003. Toutefois, en 2001, il y a eu 4 510 césariennes alors qu’en 2002, le chiffre a atteint 4614.

Le Dr Farhad Aumeer, obstétricien et gynécologue travaillant pour le public et le privé, s’insurge contre la tendance à la hausse de la césarienne : “Cette pratique est aujourd’hui devenue une opération banalisée. Or, cette opération majeure a des séquelles très importantes pour la femme et comprend de grands risques. Celle-ci récupère d’une césarienne après au moins trois mois.” Dr Rajen Bonomally,, aussi gynécologue du privé, est du même avis : “Les médecins choisissent d’opter pour la césarienne alors que souvent il n’est pas vraiment nécessaire de le faire. Ils n’explorent pas assez les autres possibilités.”

“Mortalité inexpliquée”

Bien que de nombreux médecins se cachent derrière la tendance mondiale pour justifier cette hausse, la sonnette d’alarme doit être tirée, insiste le Dr Aumeer. D’autant que, selon son confrère le Dr Rajen Bonomally, “la césarienne peut avoir une incidence sur la fertilité de la femme par la suite”. D’ailleurs, après trois césariennes, il est conseillé à la femme de ne pas tomber enceinte. Les risques de santé sont alors trop grands, précise le Dr Aumeer.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est d’avis que la limite devrait être fixée à 15 % de la population féminine. Or, pour le CMO Shyam Sungkur, aussi gynécologue, “cette norme de l’OMS est aujourd’hui dépassée. La tendance mondiale avoisine les 30 %. C’est clair qu’il ne faut pas qu’il y ait des abus. Mais la situation est bien sous contrôle chez nous”.

Une étude du Dr Cordon Smith de l’université de Cambridge en décembre avait dressé un tableau assez sombre de la césarienne. Elle “est également liée à une mortalité inexpliquée plus importante à la naissance suivante”.

Le Dr Farhad Aumeer réplique : “Nous devons définitivement faire davantage attention pour le deuxième accouchement d’une femme qui a subi une césarienne une première fois. Mais il est faux d’affirmer qu’une première césarienne entraîne une autre. Il en est de même pour le risque d’un mort-né à la grossesse suivante.”

Un autre médecin, qui a préféré garder l’anonymat, trouve néanmoins que “si médicalement, une première césarienne ne nécessite pas une seconde, il y a une tendance, en revanche, pour les médecins d’obliger la patiente à avoir recours à une césarienne au cas où elle a déjà subi une première césarienne dans le passé”. Un facteur comme tant d’autres qui augmentent le taux de la césarienne.

Ce même médecin ajoute que “la date du déclenchement de l’accouchement se fait trop tôt par les médecins. Ainsi 25 % des accouchements provoqués par le sérum finissent par une césarienne et 10 % de ceux provoqués par d’autres comprimés, subissent le même sort. Ce sont les mêmes médecins qui récidivent tant dans le privé que dans le public. Le ministère n’a qu’a faire un relevé pour voir les coupables”.

Dr Rajen Bonomally estime pour sa part que : “Par manque de formation, au moins de risque, certains médecins ont recours à la césarienne. Il y a l’instrumental delivery, dont celui au forceps et la ventouse, qui est très peu pratiqué par manque d’expertise. Cette catégorie de médecins ne privilégie pas la voie naturelle.”

La ventouse, selon le Dr Farhad Aumeer est “very safe” mais “la pratique est malheureusement très limitée chez nous. Elle reste une alternative à la césarienne mais les médecins hésitent avant d’y avoir recours, souvent par manque de formation” . D’où le fait qu’il souhaite un “nivellement général des pratiques pour mettre un frein à la hausse des césariennes”.

L’autre raison qui amplifie cette tendance est médico-légale, précise le Dr Rajen Bonomally. “Par peur de poursuites, dés qu’il y a une complication, le gynécologue fait une césarienne. Par exemple, la menace d’une anoxie à la naissance, qui peut provoquer un handicap à vie, est très redoutée par les médecins.”

Autre contrainte importante qui pourrait expliquer la hausse de la césarienne dans les hôpitaux : “Il n’y a pas assez d’équipement tel que le cardiotopographe pour analyser les battements du cœur pendant les périodes normales, les périodes de contractions et pendant l’accouchement”, affirme le Dr Rajen Bonomally.

Les autorités expliquent qu’elles comptent augmenter le nombre de cardiotopographes dans les cinq hôpitaux de l’île bientôt. Elles souhaitent avoir cinq appareils de ce type dans chaque hôpital. Il y a actuellement au moins deux appareils par hôpital. Le Dr Farhad Aumeer précise “qu’il est impératif que la césarienne reste la porte de secours et non l’option facile. Il faut donner à la femme enceinte toutes les chances pour accoucher par voie naturelle. Car il y a bien moins de risques qu’une césarienne”. Surtout lorsqu’on se rend compte que quelque 18 000 à 20 000 accouchements sont enregistrés annuellement.

Publicité