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Des larmes pour les réservistes
«Vous n’êtes pas seuls. Nous sommes venus ici pour vous témoigner notre sympathie et notre soutien. Il y a parfois des désaccords politiques entre nous, mais il n’y en a pas le moindre pour vanter et saluer le courage et la qualité de ses marines, vos frères, vos enfants, vos maris, vos pères, qui ont fait l’ultime sacrifice pour leur pays. »
Le maire de Cleveland (Ohio), Jane Campbell, prononce ces mots, le 8 août, les larmes aux yeux, devant près de 5 000 personnes. Il y a des familles de militaires, des vétérans en uniforme, des hommes politiques de tous bords et une masse d’anonymes silencieux, émus, réunis au centre de conférence de la ville pour rendre un dernier hommage aux réservistes tués en Irak.
Cleveland et l’État de l’Ohio ont été particulièrement touchés. La compagnie Lima de réservistes des marines, dont le quartier général se trouve à Brook Park, une banlieue déshéritée de Cleveland, a perdu 23 hommes sur 160 depuis le mois de mai. Le 3 août, sur les quatorze marines tués par l’explosion d’une bombe, dix appartenaient à cette unité. Deux jours auparavant, quatre soldats de la même compagnie étaient morts dans une embuscade.
Alors, lundi soir, pendant une heure, l’émotion était grande. La tonalité de la cérémonie était solennelle, patriotique avec présentation des couleurs, hymne national, cornemuses, prières, sonnerie au mort, minute de silence, des discours brefs et une présentation des disparus.
<B>Un mémorial improvisé</B>
Ces marines étaient de jeunes hommes comme les autres, certains venaient de finir leurs études secondaires, un petit nombre étaient étudiants, la plupart travaillaient dans des bureaux, les rares hauts-fourneaux encore en activité dans l’Ohio ou la police. Plusieurs étaient parents de jeunes enfants.
Depuis l’abandon de la conscription à la fin de la guerre du Vietnam, les troupes régulières de l’armée américaine vivent dans leurs bases, séparées du reste de la population. Au contraire, les unités de réservistes sont constituées de « soldats du dimanche » originaires souvent de la même région, de la même ville et dont les familles se connaissent.
Jim Boskovitch, qui se trouve dans l’assistance, reçoit les condoléances d’autres parents de soldats. Son fils de 20 ans, le caporal Jeff Boskovitch, est mort la semaine dernière en Irak. Jim voulait « absolument être présent à la cérémonie ». « Nous devons montrer, même si c’est vraiment dur, dit-il, que nous appartenons à cette communauté, que nous la remercions pour son soutien et que nous allons nous relever. » Sa femme est prostrée à ses côtés.
« Nous sommes devenus par la force des choses très proches les uns des autres. Il y a quelque chose de réconfortant à savoir que nous traversons les mêmes épreuves », explique Kristin Earhart, 22 ans. Son fiancé, le caporal Dustin Derga, était l’un des premiers marines de la compagnie Lima à avoir été tué, en mai.
Laurie Meadows, 29 ans, reconnaît avoir été « épargnée, mais dormir de plus en plus difficilement toutes les nuits ». Elle a passé plusieurs heures d’angoisse mercredi à guetter les éventuels uniformes approchant de sa maison pour lui annoncer la nouvelle tant redoutée. Finalement, personne n’est venu. Son mari, Jason Meadows, est vivant. Alors, elle consacre son énergie à soutenir les familles qui n’ont pas eu sa chance.
Dans la journée, devant le quartier général de la compagnie Lima à Brook Park, c’est un défilé incessant d’anonymes déposant des fleurs, des drapeaux, des ballons, des petits présents, des photographies et des mots griffonnés. Un mémorial a été improvisé le long des grillages. Il s’étend sur une vingtaine de mètres. Sur une pancarte parmi d’autres est écrit simplement
« We will never forget » (Nous n’oublierons jamais) et quatre dates, celles des pertes de la compagnie Lima, 8 mai, 11 mai, 28 juillet, 3 août.
<B>@ 2005 Le Monde – Éric LESER –
Distribué par The New York
Times Syndicate</B>
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