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Des experts appellent à repenser l?agriculture de demain

16 avril 2008, 20:00

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Les experts n?avaient pas prévu les «émeutes de la faim» qui secouent la planète, mais leur travail ne pouvait tomber plus à propos : dans un rapport publié avant-hier, la communauté scientifique des agronomes appelle à soutenir les petits paysans et à intensifier les recherches en agro-écologie. Le document, approuvé par 59 gouvernements à Johannesburg, le 12 avril, a été rédigé dans le cadre de l?Evaluation internationale des sciences et technologies agricoles au service du développement (EISTAD).

Il est le fruit d?un processus similaire à celui suivi ? pour l?analyse du changement climatique ? par le Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat (GIEC). Engagé en 2004, l?EISTAD a réuni plus de 400 experts internationaux, chargés de définir les voies que devrait suivre la recherche agronomique pour relever le défi alimentaire dans les prochaines décennies. Le processus a été piloté par Robert Watson, ancien président du GIEC, et soutenu par la Banque mondiale et l?Organisation des Nations unies pour l?alimentation et l?agriculture (FAO).

Point original : les organisations non gouvernementales y ont été associées, qu?elles soient écologistes ou qu?elles représentent des entreprises. Un membre de Greenpeace figurait ainsi dans le bureau de l? EISTAD, qui comptait 55 personnes.

Le rapport affirme une «prise de conscience» de la pérennité d?une grave pauvreté rurale, liée au manque de soutien des politiques publiques pour l?agriculture, alors que de nouvelles contraintes se profilent à l?horizon : changement climatique, disponibilités en eau, concurrence des agrocarburants, érosion de la biodiversité... Achim Steiner, secrétaire du Programme des Nations unies pour l?environnement, a ainsi estimé que «si nos systèmes agricoles continuent de mettre l?accent uniquement sur la maximisation de la production au coût le plus bas, l?agriculture connaîtra une grande crise dans vingt à trente ans».

Le document de l?EISTAD marque un renversement d?optique par rapport à la politique qui a favorisé depuis un demi-siècle les cultures d?exportation au détriment des cultures vivrières (cacao en Côte d?Ivoire, arachide au Sénégal, soja en Argentine, etc.). «L?EISTAD propose une réorientation autour des savoirs locaux et communautaires, afin de retrouver une autosuffisance alimentaire, explique le Français Michel Dodet, de l?Institut national de la recherche agronomique (Inra), membre du bureau de l?IAASTD. On ne peut pas jouer sur le seul facteur de la technologie.»

La discussion a achoppé sur la question du rôle des Organismes génétiquement modifiés (OGM). L?organisation CropLife Inter-national, qui regroupe des entreprises comme Monsanto et Syngenta, s?est ainsi retirée de la discussion en octobre 2007. Le processus n?en a pas moins continué, conduisant à «une vision de compromis entre deux visions dures de l?agriculture : celle qui place la technologie au centre de tout progrès et celle privilégiant les savoirs locaux», selon Marianne Lefort, agronome et coauteur d?un des rapports. Par ailleurs, l? «agro-écologie», qui est la prise en compte des processus écologiques dans le système agricole, se voit pleinement reconnue par l?EISTAD.

Les mouvements de paysans, de mieux en mieux organisés, contribuent aussi à cette nouvelle perception. De passage à Paris, Rajagopal P.V., leader du mouvement indien des sans-terre, qui a conduit en octobre une marche de 25 000 paysans sur New Delhi, résumait récemment : «Pendant des années, on a entendu dire que les petits paysans n?étaient pas viables, qu?il fallait laisser faire les grandes exploitations. Aujourd?hui, avec les pénuries alimentaires, les gens comprennent que cette production centralisée ne marche pas.»

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