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Des douceurs pour tous les goûts
De nature gourmande et malgré trois grossesses, la taille d?Anne Leclézio, née De Froberville, n?a pas épaissi d?un pouce. «Je suis comme une de mes tantes qui, au sortir de table, dit toujours qu?elle aurait voulu n?avoir pas mangé pour pouvoir s?y remettre», confie en riant cette Vacoassienne de 43 ans.
C?est un peu par hasard qu?Anne se tourne vers la pâtisserie. Il faut dire que jusqu?à sa majorité, Anne n?a toujours pas trouvé sa vocation. Ce n?est qu?à une semaine de son retour à Maurice, après une année d?études préparatoires en France pour intégrer une école d?art, qu?elle se décide pour la pâtisserie. «L?hiver, lorsque je me rendais en cours, il y avait plusieurs pâtisseries sur mon chemin. Je faisais halte dans chacune d?elle pour acheter un gâteau. Durant cette année d?études, j?ai pris dix kilos. J?ai donc pensé à me spécialiser en pâtisserie.»
Anne se dit «extrêmement reconnaissante» envers son père qui l?appuie lorsqu?elle lui parle de ses projets. Elle intégre ainsi l?école Jean Ferrandi, une institution réputée, qui offre des formations en restauration et en pâtisserie.
Il faut dire qu?Anne a eu de la chance. Non seulement il ne restait qu?une place vacante, mais lorsqu?elle se rend à l?école, on est à la veille des vacances scolaires. Malgré cela, le directeur et les professeurs acceptent de lui faire passer un entretien. «J?ai entendu une voix masculine dire sur un ton agréable : ?Ah, un oiseau des îles !? Cela a suffi pour me détendre et me permettre de passer l?entretien sans trac. Il fallait que je sois acceptée et j?ai donc joué mon va-tout.»
<I>«Je suis heureuse. Je fais un métier que j?aime, cela me fait plaisir de voir que les gens apprécient les pâtisseries de Gourmandises d?Anne.»</I>
Pendant un an, Anne s?initie aux bases de la pâtisserie fine. Et plus elle avance dans le cours, plus elle se passionne pour le sujet. A l?examen final, Anne obtient les félicitations de ses professeurs pour la finesse de ses gâteaux et de leurs présentations.
Elle rentre à Maurice en 1986. Son père lui achète sa première batteuse électrique et son premier four. Anne confectionne de gros gâteaux et des miniatures pour les amis et les amis de ses amis. Le bouche-à-oreille fait son effet.
Sa rencontre et son mariage avec Philippe Leclézio, diplômé en mécanique et qui rêvait de se lancer dans la restauration, marqueront le début de l?aventure pour Anne. Son désir d?avoir sa propre pâtisserie se concrétise. Philippe Leclézio se lance dans la confection de croissants et après plusieurs essais, il les commercialise. Le restaurant La Potinière accepte d?exposer les croissants et autres gâteaux. Anne et Philippe y installent une vitrine réfrigérée. Le succès est immédiat.
Le couple aménage son atelier de production dans un local situé dans la cour des parents d?Anne à Vacoas. C?est le début des Gourmandises d?Anne.
«Etre dans le business est bien dur et il y a beaucoup de défis à relever, notamment humains.»</I>
Lorsque Happy World House ouvre ses portes en 1994, Anne et Philippe y installent une roulotte. Là encore, leurs pâtisseries se vendent bien. Ils enlèvent alors la vitrine réfrigérée de La Potinière pour la mettre à Happy World House. Ce faisant, ils peuvent dorénavant proposer au public une plus grande variété de pâtisseries fines «C?est là que la vente a explosé.»
Ils louent un emplacement au Caudan Waterfront et leurs pâtisseries se vendent comme? des petits pains. Le groupe Beachcomber leur propose de reprendre la gérance de La Flore Mauricienne. Philippe Leclézio est partant, ayant une vision précise de la restauration. Anne se laisse convaincre ; elle pense au côté pâtisserie de La Flore qu?il faut poursuivre. A eux deux, et avec l?équipe de pâtissiers et le personnel qu?ils forment, ils réussissent à conserver les clients initiaux et à en fidéliser d?autres. Pour ne pas constamment avoir à faire la navette entre Vacoas et Port-Louis, ils déménagent leur atelier de production et l?aménagent au sous-sol de La Flore Mauricienne.
En 2002, la direction de Happy World House leur offre un emplacement à l?entrée du complexe commercial. Ils élargissent ainsi le concept de pâtisserie en celui de café. Mais quatre ans plus tard, les directeurs ne renouvellent pas leur contrat. «L?annonce était très soudaine. Cela nous a fait réaliser à quel point on est fragile lorsqu?on est locataire.»
Le couple Leclézio prend un local, qu?ils transforment en café, à Médine Mews. Depuis l?an dernier, Anne et Philippe ont également pris un autre local dans le complexe VIP de Flacq. Anne a aussi relancé ses activités dans l?ancien atelier de production de Vacoas où le public peut toujours passer des commandes de gâteaux.
A ses débuts, Anne travaillait sept jours sur sept. Ne voulant pas sacrifier l?éducation de ses enfants ? elle est mère d?Alexis, 17 ans, de Guillaume, 14 ans et d?Astrid, dix ans ?, elle essaie de ne pas travailler au-delà de 15 heures. Excepté pour les fêtes de fin d?année, période durant laquelle elle est moins disponible. Anne concède que «c?est une lutte perpétuelle» d?équilibrer travail et vie familiale. «Quand on rentre du travail tard, (les enfants) sont déjà dans leurs activités et il est difficile de leur extraire une parole. Par contre, quand ils rentrent, que la maman est là et qu?elle leur a préparé un goûter, ils trouvent une maison accueillante et se racontent plus facilement. J?ai fait ce choix-là. Nous dialoguons aussi beaucoup.» Anne s?arrange également pour prendre des vacances lorsque ses enfants sont en congés.
Anne et Philippe, qui ont eu l?occasion de faire des stages chez le célèbre pâtissier parisien Lenôtre, emploient une cinquantaine de personnes ? pâtissiers, vendeuses et administratifs inclus ?, qu?ils ont, au préalable, formées. Ils estiment avoir une équipe «fidèle et soudée» qui travaille dur pour faire avancer l?entreprise. Toutefois, il leur arrive d?avoir affaire à du personnel malhonnête. Ils concèdent qu?«être dans le business est bien dur et il y a beaucoup de défis à relever, notamment humains.» Mais ils persévèrent, conscients de la chance qu?ils ont car «nous avons remarqué que juste après un coup dur, il y a toujours une chose positive qui nous arrive.»
Ils se recyclent en assistant à des Salons de la restauration et de la pâtisserie en France et en bouquinant beaucoup. D?ailleurs, pratiquement toutes les lectures d?Anne ont trait à la pâtisserie. Elle essaie des nouveautés régulièrement et ses cobayes sont ses parents et un de ses fils qui, dit-elle, a un «bon palais».
Contrairement à la croyance établie, on ne fait pas fortune en pâtisserie. «On arrive à vivre correctement mais on n?est pas millionnaire en pâtisserie.» Elle déclare que la priorité lorsqu?on débute, c?est «d?emprunter pour investir dans les équipements qui coûtent extrêmement chers. Et à chaque nouveau développement, il faut réinvestir !!! Cela dit, je suis heureuse. Je fais un métier que j?aime, cela me fait plaisir de voir que les gens apprécient les pâtisseries de Gourmandises d?Anne. Je peux vivre, élever mes enfants et aller assez régulièrement en stage en France. Que demander de plus ?»
Anne et Philippe ont reçu maintes propositions d?ouverture d?autres points de vente, dont certaines sont tentantes. Mais ils préfèrent consolider leurs acquis. Comme quoi, on peut être gourmand sans avoir les yeux plus gros que le ventre?
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