Publicité

Des bleus déjà bien rodés

18 novembre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● SUNDEE BEEDASSY : PAS UNE NOUVELLE VENUE EN POLITIQUE

Commençons par les femmes?Sundee Beedassy, 38 ans, dont le kreol est truffé de phrases en anglais ? une habitude prise au cours de sa vie commune avec celui qui est aujourd?hui son ex-mari, Sanjit Teelock ? n?est pas ce qu?on pourrait appeler une nouvelle venue en politique. Elle a déjà été conseillère municipale comme son père et son grand-père mais bien évidemment dans des camps différents. Ses aînés ont défendu les couleurs du Parti travailliste avant de changer à deux reprises leur fusil d?épaule lorsque son oncle, Rohit, qui a fondé le Parti socialiste mauricien aux côtés de Harish Boodhoo, s?est, par la suite, joint au Mouvement socialiste militant.

De par son alliance avec Sanjit Teelock, membre du Mouvement travailliste démocrate (MTD), Sundee a fait campagne pour ce dernier qui était candidat de la plate-forme MSM-MMM-MTD en 1991. Cela dit, elle précise que son «history was not with Labour. Sanjit oui. Monn toujours MMM. For me, it has toujours been Paul Bérenger.» C?est justement au cours de cette campagne électorale qu?elle a l?occasion de côtoyer de plus près le leader du MMM et d?être impressionnée par son côté «grand travailleur» et par «la discipline qu?il a su instaurer au sein de son parti».

L?investissement de Sundee sur le terrain est payant car la même année, elle se voit offrir un ticket pour les municipales et est élue conseillère à Curepipe. Mais lors de la cassure de l?alliance en 1993, Sundee se range du côté du MTD qui est resté avec le MSM, «par loyauté car j?avais été élue sous la bannière de ce parti».

Si Sundee a pris ses distances de la politique en 1998 pour donner naissance à Inu Sarvajit, aujourd?hui âgé de huit ans, cela ne l?a pas empêchée de suivre l?actualité politique par le biais des médias. En sus de la «chagriner», la défaite du MMM aux dernières générales et aux municipales, l?a fait réfléchir. «Le MMM avait présenté des candidats de qualité, et laissait un bilan positif derrière lui mais a tout de même perdu les élections. C?est inimaginable.» Maintenant que son enfant a grandi, cela lui laisse un peu plus de temps libre pour s?engager auprès d?un parti politique. Le MMM est pour elle «un choix logique car il a des valeurs, des normes et répond aux aspirations du peuple. De plus, la discipline qui prévaut au sein de ce parti m?inspire.» Depuis son adhésion à ce parti, elle s?active au sein de la régionale n° 16.

Il ne faut toutefois pas s?attendre à ce que Sundee fasse des vagues. Au nom de cette même discipline qu?elle met en avant, elle estime que les points de vue autres que ceux de la direction peuvent être exprimés à l?interne mais pas sur la place publique.

«La liberté de penser existe au MMM. Mais quand on est dans un parti, il faut accepter certains non-written rules. Si la direction a pris une décision, je dois la soutenir.»

Ne comptez pas non plus sur elle pour diaboliser les adversaires politiques de son parti. Si elle concède que le «PTr est mal organisé», elle s?empresse de dire qu?elle «n?est pas là pour faire la leçon à quiconque».

Lorsqu?on évoque la question du profil ethnique dont tiennent compte les partis politiques, Sundee se montre prudente. «L?idéal serait que cette donne n?existe pas et que les personnes soient choisies en fonction de leurs capacités. Mais il y a aussi la réalité mauricienne. Je voudrais que les gens me considèrent en tant que personne capable et pas autrement.»

Son aspiration profonde est de parvenir à «améliorer la vie des gens, comme j?ai réussi à le faire lorsque j?étais conseillère municipale. On ne peut pas plaire à tout le monde certes mais on peut apporter sa contribution. Et je crois que c?est aux côtés du MMM que je peux réaliser cela.» Sundee souhaite tendre la main aux «déçus du présent régime. Car l?alternance, c?est le MMM.»

● VINAY KOONJUL : APPROCHÉ PAR LES AMIS DU MMM

On retrouve cette même volonté de rester politiquement correct chez Vinay Koonjul, ex-fonctionnaire du ministère de l?Agriculture et managing director de l?hypermarché Jumbo de Riche-Terre depuis juin 2004. Cet ancien président du conseil des districts de Pamplemousses-Rivière-du-Rempart, qui a été membre du MSM pendant 15 ans, met les raisons de sa défection de ce parti voilà un an sur le compte de ses responsabilités professionnelles. «J?étais le premier directeur non-expatrié à être nommé chez Jumbo et il fallait que je fasse mes preuves. C?était un défi à relever et j?ai voulu m?y consacrer entièrement.»

Mais une fois en selle, il n?a pas réintégré les rangs du MSM pour autant. S?il évoque le fait d?avoir été approché par «des amis du MMM pour venir leur prêter main-forte», il finit par lâcher suite à notre insistance qu?au moment où il s?est éloigné du MSM, il n?a trouvé personne qui s?est renseigné auprès de lui à propos des raisons de sa défection.

Quand on lui demande pourquoi il a préféré le MMM au PTr, Vinay Koonjul joue une fois de plus la carte de la prudence verbale. «Je n?ai rien contre personne mais aux dernières élections, j?ai travaillé pour l?alliance MSM-MMM et je me serai senti mal une fois leur défaite annoncée, de me ranger du côté du PTr ou de l?Alliance sociale. J?ai des principes. Et puis, le MMM est un parti structuré, qui a un passé, un sens de la discipline.

Il prône une politique d?unité nationale et de justice sociale. C?est un parti assez ouvert où je sais que je pourrai m?exprimer.» Comme Sundee, il pense que l?expression d?un éventuel désaccord avec une décision du parti, ne doit pas être publiquement répercutée. «J?ai mon opinion et je compte l?exprimer même si elle diffère des autres au parti. Mais elle doit rester propre au parti. Je crois dans la responsabilité collective.» Vinay Koonjul veut apporter son expérience de terrain à ses nouveaux collègues de la régionale n° 7.

● <B> VIJAY MAKHAN : METTRE EN VALEUR LES COMPÉTENCES DES GENS</B>

Vijay Makhan, qui a eu une carrière longue de 31 ans dans la diplomatie, de même que le spécialiste en ressources humaines et en gestion, Areff Salauroo, récusent le fait d?avoir choisi le MMM par réaction à leur limogeage après les élections de 2005.

En fait, si Vijay Makhan, diplômé en histoire et relations internationales, qui agit depuis un an comme envoyé spécial de l?Union africaine, vient d?une famille traditionnellement travailliste et qu?il reconnaît avoir même fait campagne pour ce parti alors qu?il était adolescent, c?est au contact des différents ministres des Affaires étrangères que le pays a connus qu?il a l?occasion de jauger les hommes occupant ce maroquin ministériel. Et il ne peut s?empêcher d?être impressionné par «l?énorme capacité de travail et le sérieux» de Jean Claude de l?Estrac et de Paul Bérenger. Valeurs qu?il défend également.

Le beau-frère de Harish Boodhoo raconte toutefois que quel que soit le régime en place, il en a payé le prix. «J?ai subi à tous les coups mais cela ne m?a pas empêché d?évoluer dans ma carrière.» Par exemple, à la fin 1986, alors que le paysage politique mauricien est en ébullition, Jean-Claude de l?Estrac et Shirin Aumeeruddy-Cziffra qui sont au MMM, l?approchent pour lui proposer un ticket aux élections générales qui doivent logiquement suivre. Il est partant. Sauf qu?avant l?annonce officielle des élections, on le mute à Bruxelles.

Il a été contraint d?avaler d?autres «couleuvres» dans la même veine, notamment en 1991. Pressenti pour être ambassadeur à Bruxelles, le gouvernement d?alors issu des urnes, nomme feu Raymond Chasles à sa place. Mais les dirigeants veulent bien se montrer accommodants avec lui en lui proposant d?être deuxième ambassadeur à Bruxelles pour les questions bilatérales. Vijay Makhan refuse car à ses yeux, le pays n?a pas les moyens d?entretenir deux ambassadeurs.

Il est nommé secrétaire aux Affaires étrangères en 1995 mais lorsque l?alliance au pouvoir éclate, le gouvernement qui succède fait abolir le poste qu?il occupe dans le budget. Il demande un congé sans solde et postule pour être élu secrétaire général adjoint de l?Organisation de l?unité africaine, fonction qu?il occupera pendant huit ans. Lorsqu?il regagne le pays en 2003, il reprend ce poste qui a été réintroduit mais à l?issue des élections l?an dernier, on lui indique la porte de sortie. «Des gens disent que j?ai fait campagne pour l?opposition. C?est malhonnête. Je mets quiconque au défi de venir prouver que j?ai fait campagne pour un parti lorsque j?étais fonctionnaire.»

Ce qui explique aujourd?hui sa disponibilité à agir comme envoyé spécial de l?Union africaine et à intégrer un parti politique de son choix. Il est affecté à la régionale n° 18. «Je n?adhère pas au MMM parce que je suis un frustré de l?actuel régime. Le MMM, c?est du sérieux. Ce parti a une vision, une mission claire et définie. Il est à l?écoute du peuple. Ce parti a façonné l?histoire politique et sociale de ce pays. Il défend des valeurs qui sont les miennes. Le PTr n?a pas cette culture. Qu?est-ce que ce parti n?a pas raconté au peuple? Il lui a vendu du rêve. Il faut rendre au peuple son droit de changer.»

Il n?esquive pas la question ayant trait au profil ethnique. «N?importe quelle personne à qui vous poserez cette question à titre individuel vous dira qu?il est contre. Mais on en tient compte dans la réalité et c?est dommage. Je pense que l?on pourrait changer ce système. Mon souci sera justement de mettre en valeur les compétences des gens.» Vijay Makhan estime avoir accumulé suffisamment d?expérience pour aider son parti non seulement à l?international mais également à mettre en place un projet de société valable.

● <B> AREFF SALAUROO : IL EST IMPORTANT D?APPORTER MA CONTRIBUTION</B>

«Le vecteur capable de m?offrir cette opportunité de servir, c?est le MMM.» «Ce n?est pas parce que le régime en place m?a poussé vers la sortie que j?ai adhéré au MMM», affirme Areff Salauroo, qui jusqu?aux dernières élections, agissait comme Group Administrator et Human Resource Manager à la State Investment Corporation. Actuellement consultant en ressources humaines pour le groupe Le Défi Media Group et Radio Plus, cet homme de 49 ans, bardé de diplômes en gestion des ressources humaines, en business administration et en quality management, explique son choix par une «dégénérescence de la politique. Aujourd?hui, la population se sent bernée et la politique attire de moins en moins les jeunes et les professionnels. à ce titre, j?ai décidé qu?il était important d?apporter ma contribution.»

Sa préférence va au MMM car ce parti défend trois combats qu?il épouse, à savoir la lutte pour l?égalité des chances, la lutte contre la pauvreté qu?il connaît bien ? il est l?aîné de neuf enfants et a été très tôt orphelin de père, avec tout ce que cela comporte comme responsabilités ? et des propositions de projets de développement durable. Et puis, dit-il, Paul Bérenger est et demeure un leader «charismatique et inspirant».

Il ne croit pas que toutes les augmentations de prix à Maurice soient dictées par le contexte international. «C?est mon opinion personnelle mais je crois que le ministre des Finances aurait pu faire autrement.» En quoi par exemple? Il avance que le gouvernement aurait par exemple pu annuler la taxe sur la valeur ajoutée qui frappe le gaz ménager.

Lui également croit dur comme fer en la discipline du parti car «c?est ce qui fait la force du MMM». Ce qu?il veut apporter à ce parti, ce sont ses idées, surtout en matière de communication, d?approche humaine et de proximité avec les gens. Quand on lui demande s?il croit que son profil ethnique a joué en faveur de son adhésion, il réplique que c?est lui qui a choisi le MMM et pas l?inverse. «Ce sera à moi de convaincre le peuple que mes compétences passent avant toute autre considération.»

● <B> BASSOODEO BUHUSPOTEEA : POUR UNE RESPONSABILITÉ COLLECTIVE</B>

Bassoodeo Buhuspoteea, dit Dan, 45 ans, micro-chirurgien en ophtalmologie qui a récemment démissionné du secteur public, est sans doute la recrue qui surprend le plus par sa franchise. Ce natif de Triolet s?est épris de Radhika Jagatsingh, fille de feu sir Kher Jagatsingh, ministre travailliste, au cours de leurs études respectives de médecine à Strasbourg en France.

Il avoue avoir toujours eu un penchant pour le MMM. C?est après leur mariage et à leur retour au pays voilà dix ans qu?il a eu l?occasion d?évaluer les membres du Parti Travailliste, il dit n?avoir pu se retrouver dans les idées de ce parti. «Depuis notre retour, j?ai essayé de comprendre le PTr mais je n?y arrive pas. Ce n?est plus ce parti qu?il était à l?époque de SSR ou de sir Harold Walter. Je ne me retrouve pas du tout dans le PTr aujourd?hui. Le tissu social mauricien avec ses différents groupes ethniques est fragile et je ne peux accepter que l?alliance au pouvoir mène des campagnes démagogiques. Et que ce soit un ou deux groupes ethniques qui profitent alors que tout le monde devrait avoir sa part du gâteau.»

Le ton est donné. Avec ce professionnel de l?ophtalmologie, il n?y a pas de place pour la langue de bois. Il est père de trois enfants, Nirja, 15 ans, Kamil, 12 ans et Lekh, neuf ans.

Pour lui, le MMM est une «école de politique, de pensées, de discipline. Un parti qui a des projets de réformes à développement durable. L?Alliance sociale, c?est une chaîne à maillons faibles. Le MMM est un fer de construction.»

Bien qu?étant médecin spécialiste, il se sent capable de piloter n?importe quel dossier. Cela dit, il précise que son aspiration n?est pas d?être candidat à une élection. «Je débute en politique et je suis là pour apprendre.»

Le franc-parler du Dr Buhuspoteea s?incline toutefois devant ce qu?il nomme les «prérogatives» du leader du MMM. En effet, appelé à dire s?il est en faveur d?un rapprochement entre le MMM et le MSM, il avoue avoir son «opinion personnelle sur la question» mais préférer «ne pas la donner. C?est une des prérogatives du leader du MMM.» Et de se dire en faveur de la responsabilité collective. «C?est comme une équipe de foot. Si on change un joueur, l?équipe doit continuer à jouer. On ne peut arrêter le match. Nous devons aller dans la direction du parti.»

Un lot de bleus mais déjà bien rodés?

Propos recueillis par <B>Marie-Annick SAVRIPÈNE</B>

Publicité