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Des architectes : Halte ! à l?environnement sauvage
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Des architectes : Halte ! à l?environnement sauvage
Enhardis par la prise de position de Gustave Rey, des architectes retournent à l?attaque, bien placés qu?ils sont pour savoir qu?il faut battre le fer quand il est chaud même si cela peut ne servir à rien. Le président 1981 de l?association des architectes, M. Jacques Wiehe, décide de parler au nom de ses confrères et collègues et son message doit être gravé sur le basalte tant ses propos marquent d?une pierre blanche l?histoire de l?architecture mauricienne et clouent au pilori une société préférant, pour une question aussi importante et vitale que l?habitat de ses membres, avoir affaire à de simples exécutants (des dessinateurs industriels) plutôt qu?à des architectes dûment formés et qualifiés et ce, avec la complicité de tous les gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays depuis 1981. Mais écoutons plutôt M. Jacques Wiehe, porte-parole attitré de nos architectes.
Il déplore, pour commencer, le manque d?embauche pour ceux-ci, les règlements, régissant le secteur de l?habitat, n?obligeant pas les particuliers à avoir recours à leurs services pour dresser le plan de la demeure de leurs rêves. Un sous-comité est nommé, avec pour attribution : ?The practice of Architecture in Public Bodies.? L?association soumet un mémoire en quatre points au gouvernement. En 1981, elle dénombre huit de ses membres au chômage. Elle signale aussi qu?une trentaine de jeunes étudient l?architecture à l?étranger.
Ce mémoire recommande la consolidation du département d?architecture du ministère des Travaux qui prendrait en charge les bâtiments publics appartenant à l?Etat mauricien ; une distribution équitable des projets gouvernementaux par le biais de concours entre les différentes études d?architectes locaux, éliminant d?une certaine façon les architectes étrangers ; la création d?une ?Housing Research Unit? ; l?embauche d?architectes locaux par la CHA, la MHC et les corps para-étatiques habilités à assurer l?aménagement idéal du territoire mauricien.
Ce mémo demande que les professionnels disponibles soient engagés d?une façon permanente dans les différents projets physiques de l?Etat. Jacques Wiehe est catégorique : ?Le rôle des architectes mauriciens est nul.? Il résulte de leur exclusion un enlaidissement constant du paysage urbain mauricien. Cela concerne plus particulièrement les projets de logements sociaux.
Il s?explique. L?habitat n?est pas un problème d?abris anti-intempéries. Il s?agit de logement, supposant, sinon exigeant, son intégration réussie dans son environnement. Tout programme de logement ne doit pas être vu sous son aspect quantitatif mais bien qualitatif, y compris et surtout dans les logements sociaux où l?exiguïté des lieux ne permet guère de compenser les erreurs de conception. Celles-ci sont d?autant plus néfastes qu?elles se multiplient. Comme elles sont communes à toutes les victimes devant résider dans des logements sociaux défectueux, la frustration qu?ils génèrent devient également collective, résultant en la création d?une communauté humaine condamnée au désespoir au moment où ses membres accèdent enfin à la propriété d?un chez soi.
Jacques Wiehé insiste sur les aspects sociologiques et écologiques du logement. Il n?a pas de mots assez durs pour dire : ?Halte à l?environnement sauvage et fou !? Les erreurs de conception se répercutent sur le caractère des résidents ainsi que sur les paysages urbains mauriciens. Avec de la recherche et un peu d?investissements additionnels, l?île Maurice éviterait la monotonie des formes qu?on lui connaît et un paysage architectural plus animé.
Il cite à ce propos le modèle des ?Patio Housing? du Cabinet Wiehe et Raffray. Il a l?avantage de présenter les logements sociaux sur un seul niveau, évitant ainsi aux malades, aux personnes âgées et aux jeunes bambins la fatigue de devoir monter à l?étage avec tous les risques que cela représente pour eux. L?autre avantage de ce modèle c?est que l?escalier menant aux chambres à coucher à l?étage se trouve à l?extérieur du rez-de-chaussée, offrant ainsi une certaine autonomie aux occupants de l?étage et une surface additionnelle de 50 pieds carrés à l?espace disponible au rez-de-chaussée.
L?embauche d?architectes professionnels dans les bureaux gouvernementaux et corps para-étatiques habilités à s?occuper de l?habitat et des logements sociaux ne peut que favoriser la démocratisation des services architecturaux. Tous les Mauriciens ne peuvent, en effet, recourir à ceux-ci. Mais si un architecte, rémunéré des fonds publics, doit vérifier la bonne conception de toute nouvelle construction résidentielle, il peut, par ses conseils, offrir à tout aspirant bâtisseur l?occasion de bénéficier des conseils d?un professionnel authentique.
Avec des règlements, permettant à de simples dessinateurs d?agir comme des architectes et à de simples fonctionnaires le soin de vérifier ces plans ainsi dessinés, l?architecture mauricienne ne progresse pas mais régresse.
Tout cela est bien dit mais en vain. Rien n?a changé ou presque et il faudrait davantage qu?un gouvernement promettant le changement sans préciser si c?est pour le mieux pour que nos architectes parviennent à redonner ses lettres de noblesse à l?habitat mauricien.
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