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Deorishi Boolell : « Mon frère aimait bien s?habiller à l?anglaise »

26 mars 2006, 00:00

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Deorishi Boolell, 81 ans le 1er avril, proteste gentiment. « Qu?allez-vous encore écrire sur mon frère ? » C?est vrai. Des articles retraçant la vie de Sir Satcam Boolell, il y en a eu des dizaines depuis l?annonce de sa mort le 23 mars.

« Ces papiers m?ont quelque peu rafraîchi la mémoire », avoue-t-il dans un sourire.

Droit comme un « i » malgré son âge avancé, Deorishi Boolell, qui consacre son temps au Gayasingh Ashram se remémore l?enfance de son grand frère, né le 11 septembre 1920, à New Grove. « C?était un garçon difficile même turbulent. Il n?était pas vraiment brillant à l?école primaire Notre-Dame du Refuge où il est scolarisé jusqu?à la sixième. Mais vers 12-13 ans, il a eu comme un déclic. Et il a commencé à prendre ses études au sérieux. »

Peu de familles pouvaient à l?époque se permettre d?envoyer leurs enfants au collège, à moins que ces derniers se classent à la Petite Bourse. Sahadeo, le père, policier de profession, et son épouse Coosilah, femme au foyer et travailleuse sociale, ne faisaient pas exception. Satcam eut moins de chance que son frère Bhoomitra, qui fut admis au collège Royal de Port-Louis. Satcam n?ira pas au collège, mais peu importe, il prendra des leçons particulières.

Alors qu?il n?a que 16 ans, il passe son Teacher?s examination. Deux ans plus tard, le voilà reçu comme Second Class Teacher. Mais les temps sont durs. « C?était difficile d?obtenir un emploi dans l?enseignement à moins de faire du volontariat. » Ce qu?il fera.

Le jeune homme a à peine 19 ans lorsqu?il sera muté à l?école primaire de Plaine-des-Papayes en tant que Probationer teacher, « le grade le plus bas dans la profession ».

« Il prenait le train chaque jour jusqu?à Port-Louis, passait par mon bureau aux Bois et Forêts, enfourchait sa bicyclette et se rendait au travail », se souvient Deorishi. Satcam ne se plaignait pas, même si ses rétributions étaient loin d?être mirobolantes.

Tout en travaillant, le jeune homme continue à s?instruire en prenant des leçons d?anglais, de français, de mathématiques, d?histoire et de géographie. Son professeur n?était autre que Sookdeo Bissondoyal.

Sir Satcam parviendra ainsi à décrocher sa London Matriculation. Sa soif d?apprendre ne connaît pas de limites et il décide de prendre des cours par correspondance en économie du Wolsey Hall, Londres. `

« Il devient une idole »</B>

Son diplôme en poche, il est embauché comme enseignant du secondaire au collège de Rose-Belle. Il travaillera au service civil au département du Trésor avant de se joindre au département de l?agriculture. Satcam épouse en 1946 Premila Indurjeet. « Il avait toujours ses ambitions et il voulait étudier le droit à la London School of Economics. C?est Bhoomitra qui l?y aidera en 1948. La famille a dû se serrer les coudes. Mais il faut dire que les études ne coûtaient pas les yeux de la tête comme aujourd?hui. »

En 1952, c?est le retour au bercail du cadet. Deorishi se souvient de ce frère « handsome qui aimait bien s?habiller à l?anglaise ». Sookdeo Bissoondoyal parviendra à le convaincre d?entrer en politique. Il ne tardera pas à se faire un nom au barreau « naturellement sa position de député de Moka-Flacq aidant. »

« Pour sa famille, il devient une idole. Il connaîtra l?ivresse de la victoire et l?amertume des défaites. La politique, comme lui avait prédit Seeneevassen, est un couteau à double tranchant. » Sir Satcam Boolell s?est toujours souvenu de ses paroles : « If you happen to succeed in politics, you will curse yourself for the rest of your life. If you happen to fail, people will curse you for the rest of your life. »

Morts un 23 mars

Guy Rozemont (photo) et Sir Satcam Boolell vont tous deux marquer l?histoire politique de ce pays . Ils sont morts à la même date, à cinquante ans d?intervalle.

Ces deux personnalités, au charisme différent, auront marqué à leur manière l?action politique. Si Guy Rozemont a surtout été très engagé sur les plans syndical et politique, Satcam Boolell est connu davantage pour son rôle de politicien, mais les deux aux côtés de Sir Seewoosagur Ramgoolam.

« Guy Rozemont galvanisait le peuple. Il était très proche des gens surtout les défavorisés. Il était un leader flamboyant et c?est grâce à son action que le 1er Mai est aujourd?hui célébré à Maurice. Au Conseil, il s?engageait corps et âme pour les masses populaires. Sir Satcam, comme Guy Rozemont ,était aussi aux côtés du petit peuple. Comme Rozemont, il était un grand parlementaire mais sur le plan politique, il était plus sobre et plus tacticien », déclare Clarel Malherbes ancien président du PTR.Les deux avaient un sens inné de l?engagement et restaient proches de leur électorat. Sir Satcam Boolell et Guy Rozemont étaient tous deux présidents du PTr.

Si Guy Rozemont est mort prématurément, Sir Satcam Boolell a, lui, continué à mener le combat jusqu?à son dernier souffle, en utilisant sa plume prolifique. L?histoire retiendra le nom de ces deux hommes, liés par le destin et par l?engagement.

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