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Deelchand : ?Je ne suis pas en colère mais déçu?
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Deelchand : ?Je ne suis pas en colère mais déçu?
Presque deux ans de cela, il était arreté par l?Anti-Drug and Smuggling Unit. Il est gardé en détention à la suite des ?aveux? de son ancien chauffeur. Après 23 mois et 11 charges provisoires retenues contre lui, Vinay Deelchand est libéré. Soulagement, colère, déception et amertume : tels sont les sentiments qui l?ont envahi hier.
Si, lors de sa libération, Vinay Deelchand fait preuve d?un silence désarmant, dans le bureau de son homme de loi, il acceptera de parler. Il tient à faire ressortir qu?au moment des allégations, il était à Madagascar mais qu?il est rentré parce qu?il a confiance en la justice. Il parle aussi de son incompréhension ?que la parole d?un self confessed criminal ait pu autant faire souffrir une famille?.
Comment se sont passées ces deux années en prison ? Le ton durcit. ?J?ai été traité comme tout prisonnier. Contrairement à certains à La Bastille, je n?ai pas eu de privilèges.? Comprenez par là, Antoine Chetty.
Et le ton s?adoucit, même si la colère est toujours là : ?Je veux serrer mon enfant dans mes bras, l?embrasser? et je veux reprendre mon travail, rouvrir mon bureau?? Est-il en colère ? ?Non, je suis déçu qu?on ait donné autant d?importance à la parole d?un criminel. Déçu que ma famille ait autant souffert.? Deelchand n?en dira pas plus, si ce n?est remercier ses avocats ?en particulier Me Hawoldar qui m?a soutenu?.
Il faut dire que c?est une victoire après une longue bataille. Durant ces 23 mois passés en détention, Deelchand a maintes fois fait des demandes de remise en liberté conditionnelle. Demandes qui s?étaient avérées vaines car des onze charges qui pésent sur lui, sept avaient été rayées.
Mais l?homme n?a pu être libéré car quatre demandes de remise en liberté à la suite des charges ? trafic de drogue, deux charges de ?giving instructions to commit a crime, to wit murder? et une charge de ?conspiracy to commit murder? ? avaient été refusées. Ces quatres charges ont fait l?objet d?un appel au Privy Council.
Impatience
Retour sur cette journée mouvementée de Vinay Deelchand. Il est 11 h 30 au bureau de Siddhartha Hawoldar, un des avocats de Vinay Deelchand. Sadhna Deelchand, l?épouse du notaire est énervée. Si elle sait depuis la veille que son mari sera bientôt liberé, il faut d?abord trouver l?argent pour payer sa caution. Son homme de loi vient de s?entretenir avec le Directeur des poursuites publiques (DPP) et les conditions qu?il impose sont claires : une caution d?un million de roupies et une reconnaissance de dette de Rs 5 millions.
Le notaire doit aussi se rapporter au poste de police de Quatre-Bornes trois fois par semaine entre 6 heures du matin et 18 heures. Il ne pourra pas non plus quitter le pays.
Plus que deux heures avant l?heure fatidique. Il faut trouver le million et vite. Les coups de fil s?ensuivent. Entre-temps, dans sa cellule à la prison de Beau-Bassin, Vinay Deelchand s?impatiente. Et il le fait savoir à travers des sms, devenus chose courante ces derniers temps. ?On m?a conseillé de ne pas trop me presser mais un jour de plus en cellule est un jour de trop pour mon client. Il faut le libérer aujourd?hui?, confie Siddhartha Hawoldar.
14 h 20. Manish Gobin du parquet, Siddhartha Hawoldar et le juge Asraf Caunhye discutent des modalités de la remise en liberté. L?épouse de Vinay Deelchand reste dans l?enceinte de la Cour suprême mais n?ira pas en cour n° 4 où l?affaire est prise. Vinay Deelchand, qui fait son apparition vers 14 h 45, a l?air hébété.
A sa sortie, après que le juge Caunhye a ordonné sa remise en liberté, l?homme ne pipe mot. Son avocat lui demande de dire quelques mots. ?Mo pa pe kapav koze ?, dit-il d?une voix cassée. On lui passe une bouteille d?eau. Le notaire n?arrive pas à cacher son émotion. Son épouse n?approchera pas Vinay Deelchand. Elle préfère rester éloignée des flashs des photographes et cache à peine son énervement face à la présence de journalistes.
Moment de tension quand les policiers qui ont accompagné Deelchand refusent de le libérer. La prodédure veut qu?il aille à la prison de Beau-Bassin d?abord. Siddhartha Hawoldar, énervé, ne l?entend pas de cette oreille. Il appelle Manish Gobin du parquet. ?Zot na pa le larg li ! Inn gayn lord, zot bizin larg li !? l?entend-on dire à Me Gobin. Ce dernier fera le nécessaire et le malentendu est dissipé en peu de temps.
Et c?est vers 16 heures que Vinay Deelchand, accompagné de sa famille, prend le chemin de sa maison à Bonne-Terre. Maison qu?il retrouve après 23 mois?
JUGEMENT
Le parquet change de ton
■ ?En raison à des développements dans la loi et l?enquête de la police, le Directeur des poursuites publiques n?objectera pas à la remise en liberté de Vinay Deelchand?, dit Manish Gobin du parquet au juge Asraf Caunhye. Le ton conciliant du bureau du DPP surprend. Après avoir objecté depuis 23 mois à la remise en liberté du notaire, qu?est-ce qui a changé ? Une source proche du parquet admet que depuis le jugement rendu par le Privy Council dans l?affaire Hurnam, la façon de traiter la liberté de l?individu et la remise en liberté sous caution ont changé à jamais. ?C?est un nouveau ?paradigm shift??, dit notre source. C?est ce à quoi, semble-t-il, faisait référence Me Gobin. Car le DPP n?a pas voulu attendre un jugement des ?Law Lords?. Avant même que l?affaire ne soit entendue, Deelchand a été libéré. ?Ils savaient probablement qu?ils auraient été réprimandés. Mais c?est une bonne chose pour Maurice, la manière d?interpréter le ?Bail Act? va changer.?
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