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De Lord-Maire révoqué à président quasi nommé

31 mai 2006, 20:00

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A la mi-mai 1981, la presse établit ce constat, un des plus tristes de notre histoire politique : ?Il n?y a plus d?élus dans les administrations régionales?. Des élus siègent encore, peut-être, mais, non plus en vertu d?un choix électoral, mais grâce à une nomination partisane et à un déni de démocratie. Aux Vacoas, on assiste à une troisième fournée de commissaires nommés, en seulement deux ans. On se dispute pour occuper les sièges de nominés révoqués. Si encore les choses pouvaient s?améliorer grâce à un sursaut d?amour-propre et de dignité retrouvée. Il n?en est rien. Ce marchandage de boutiquiers atteint un tel niveau de bassesse que James Burty David et le CAM s?estiment obligés, mais quand même au bout de trois heures de négociations, d?effectuer un walk-out, lors d?une réunion dans le bureau de Ramgoolam, réunion convoquée pour résoudre la crise qui secoue le cocotier PTr-PMSD-CAM. Preuve qu?il en faut davantage pour décrocher ceux qui se cramponnent au gruyère gouvernemental.

Gaëtan Duval n?éprouve aucun scrupule pour confesser devant ses pairs, ainsi réunis, qu?il a besoin de la présidence de la commission portlouisienne pour 1º maintenir l?unité de son PMSD et 2º préparer sa campagne électorale. Et tant pis pour ceux ne comprenant pas ce que cela signifie.

Ne soyons pas trop sévères pour Ramgoolam, dont on connaît l?allergie viscérale pour les noeuds gordiens. Ringadoo et lui ont un budget à faire voter. Ce n?est pas le moment de laisser s?effriter la maigrelette majorité parlementaire dont ils disposent. Le moindre boulon usé et rouillé peut encore servir. Le mot d?ordre à l?Hôtel du gouvernement, pas encore calciné, est de gagner du temps. Ramgoolam prêche même la patience mais à des députés (pas encore remplacés par des parlementaires nommés, comme au bon temps de la coloniale et de l?oligarchie) préoccupés par le sort réservé à la commission d?enquête sur l?industrie sucrière. L?épreuve de force entre PMSD et le CAM s?ajoute aux menées des antiduvalistes au sein du poulailler bleu. La presse mauve insinue, bien sûr, que Ramgoolam préfère le PMSD de Gaëtan Duval au CAM de Raouf Bundhun. La presse indépendante assure qu?entre les deux, son? coeur balance.

La lenteur indécise de Ramgoolam est proverbiale. Mais à la mi-mai 1981, la presse doit multiplier les trouvailles pour expliquer à ses lecteurs que Duval obtient gain de cause tout en devant continuer à ?tale la main? pour qu?on ratifie présidence tant convoitée. La CAM finit par se déclarer déçu par le PTr. Il ne va toutefois pas jusqu?à dire que son partenaire politique depuis 1958 est en train de lui jouer le vilain tour que lui a servi les anciens oligarques du Parti Mauricien en 1953 (Bhujoharry contestant l?élection de Mohamed), en 1956 (boycott de Mohamed par les factions créole et blanche de l?électorat portlouisien) et en 1958 (refus de Jules Koenig d?entériner le Best Loser System, proposé par Londres et agréé par la communauté musulmane).

A la mi-mai 1981, le Conseil des ministres penche en faveur du mendiant Duval. Il en faut davantage pour que sa présidence se matérialise officiellement. Le gouvernement Ramgoolam espère donner le change à la communauté musulmane en acceptant le principe d?un comité parlementaire restreint sur l?application du rapport Ansari (Muslim Personal Law). Advance espère faire patienter Duval en annonçant à la une sa présidence portlouisienne tout en précisant qu?il lui faut attendre le décret ministériel que doit signer le bleu Kamil Ramolly. Rien donc n?est joué d?autant plus que le CAM rue dans les brancards : ?Les nominations présidentielles relèvent de la loi de la jungle !? Six commissaires nommés du CAM peaufinent leur lettre de démission. L?affaire est assez grave pour que Razack Peeroo et Mahmood Tally remettent en cause leur participation au gouvernement Ramgoolam. ?Ne prenez pas de décisions hâtives?, supplie le Père de la Nation.

La menace de scission entre le CAM et le PTr s?étend à présent à l?intérieur du PMSD. Des bleus accusent Duval de jouer au bulldozer. Les Duvalistes répliquent que Paul Chong Leung est l?homme à abattre. Duval refuse de discourir si ce dernier est présent sur la même caisse de savon. Eliézer François pleurniche : ?La présidence duvalienne n?est pas l?idéale mais on se résigne par fidélité?. Raouf Bundhun et Hassan Jauhan démissionnent pour ne pas siéger sous une présidence duvalienne.

Gaëtan Duval a pourtant droit à une entrée triomphaliste à l?Hôtel de Ville de Port-Louis. Des agents le portent sur leurs épaules et l?acclament. Ils brandissent des pancartes anti-Chong Leung, le ?traitre?. C?est en vain que l?express rappelle qu?en janvier 1974, le même Gaëtan Duval, lord-maire de 1969 à 1974, est révoqué par Ramgoolam et remplacé par une commission administrative nommée. La note officielle stipule même ceci : ?It had been found necessary to suspend all municipal councils to promote good governance within Local Authorities?. Le décret est signé Jean Ah Chuen, député PMSD du No 3. On n?est jamais mieux trahi que par les siens. Ramgoolam conserve donc son rôle de révocateur. De révoqué, Gaëtan Duval espère toujours devenir président nommé. Et tout cela, bien sûr, au nom de la bonne gouvernance.

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