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De l?inconscience
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
La déclaration faite hier par le Premier ministre devant le comité exécutif de son parti surprend par sa tonalité guerrière. Après avoir joué l?apaisement mercredi et annoncé une rencontre avec les sucriers pour chercher un terrain d?entente, il semble vouloir recentrer son action. Le thème dominant de son discours est désormais le combat contre les barons sucriers. Ce n?est pas le résultat d?un caprice ou du hasard. Il s?agit d?un choix délibéré tant ce thème imprègne tout le contenu de son intervention.
Le directeur de communication du Parti travailliste (PTr) relève bien l?essence de l?action politique de son leader dans un communiqué publié après la réunion de l?exécutif. Celui-ci écrit : «Concernant le combat qu?il mène contre les barons sucriers, le Dr Navin Ramgoolam a expliqué qu?il est motivé par un sens de justice sociale.» On aura compris. Navin Ramgoolam mène un combat contre les barons sucriers. On s?est trompé si, la veille, on avait cru le leader du PTr quand il affirmait qu?il ne fait pas de distinction entre les Mauriciens.
Son combat, motivé par «le sens de la justice sociale» s?inspire, en fait, des préceptes classiques du marxisme-léninisme. A la manière des partis révolutionnaires d?une autre époque, le PTr situe sa lutte sur le terrain idéologique. Son objectif est d?amener les masses ouvrières à liquider les classes exploitantes, comme le disaient autrefois les théoriciens de gauche. En tout cas, c?est dans ce registre que le chef du PTr a puisé hier pour embraser ses troupes. Du reste, il a reproché au Mouvement militant mauricien d?avoir «fait un naufrage idéologique pour devenir aujourd?hui un parti d?extreme droite.»
Le combat idéologique acharné contre les barons sucriers contraste singulièrement avec le modèle économique libéral prôné par le ministre des Finances et la posture d?ouverture adoptée par le Premier ministre lui-même au début de son mandat. Il ne peut pas vouloir séduire les investisseurs et, en même temps, déclencher de vifs affrontements contre des détenteurs de capitaux.
Le triomphe de la ligne dure au PTr résulte probablement du fait qu?une majorité de ses membres n?ont pas bien compris les conséquences pratiques pour l?économie nationale du «combat contre les barons sucriers».
Le prix du sucre sur le marché européen baissera de 36 % au total d'ici 2009. L?industrie sucrière doit réduire son coût de production et développer des produits à valeur ajoutée pour survivre. Pour diminuer le coût de production, il lui faut dégraisser, mécaniser et centraliser. Or, elle n?a pas l?accord de l?Etat pour se moderniser.
Et Claudia Wiedey, chef de la délégation de la Commission européenne à Maurice, rappelait récemment que «s?il n?y a rien qui intervient sur le VRS, il n?y aura aucun déboursement». Elle prévenait que si une «évaluation précise» sur les engagements pris par l?Etat n?est pas effectuée d?ici le 31 décembre, «légalement, cette somme ne pourra être décaissée». Elle faisait référence à la tranche variable du 9e FED, soit une somme de Rs 200 millions. «You are running very late» pour pouvoir bénéficier, durant cette année financière, des aides totalisant 13 millions d?euros (près de Rs 600 millions), avait-elle ajouté. Ses conseils ont dû pénétrer dans les oreilles des sourds.
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