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«Eski to ti Kone»
«Murti» de Ganpati, héritage familial depuis 1880
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«Eski to ti Kone»
«Murti» de Ganpati, héritage familial depuis 1880
Une murti de Ganpati, représentation sculptée de la divinité hindoue Ganesh (aussi appelée Ganpati, le dieu à tête d’éléphant, patron de la sagesse), peut être entièrement façonnée à partir d’une terre spéciale, prélevée au bord de la mer. Pour Krishen Row Appa, ancien assistant surintendant à la prison de BeauBassin, qui a pris sa retraite l’année dernière, il ne s’agit pas simplement d’un savoir-faire, mais d’une tradition familiale qu’il perpétue depuis son enfance.
Selon l’histoire transmise au sein de sa famille, c’est son arrière-grand-père qui aurait été à l’origine de la célébration de Ganesh Chaturthi à Maurice, dès 1880. Depuis, la fabrication des murtis s’est transmise de génération en génération, de son arrière-grand-père à son grand-père, puis à son père, avant d’arriver jusqu’à lui.
Pour fabriquer ses murtis, Krishen Row Appa utilise de la terre glaise, qu’il va lui-même chercher avec sa famille du côté de Baie-du-Cap, au bord de la mer. Mais avant de pouvoir être utilisée, cette terre doit être soigneusement préparée. Une fois rapportée, elle est nettoyée afin d’en retirer les pierres, les herbes et autres éléments qui pourraient s’y trouver. Elle est ensuite mise à tremper dans l’eau.
Peu à peu, la terre glaise devient plus souple et malléable, presque comme de la pâte à modeler. Cette texture permet alors de la travailler avec les mains, de façonner les différentes parties d’une murti et de les assembler. «Il y a une différence entre la terre normale et la terre glaise. La terre normale est sèche, tandis que la terre glaise est plus molle et collante, ce qui permet de la modeler», explique-t-il.
La fabrication d’une murti demande du temps, de la patience et beaucoup de minutie. Krishen Row Appa explique qu’il lui faut quatre jours pour terminer une murti. Chaque détail est façonné progressivement, jusqu’à ce que la statue prenne forme. La terre glaise présente une particularité importante : lorsqu’elle est remise dans l’eau, elle se dissout naturellement. Une murti fabriquée avec cette terre peut commencer à se décomposer dans l’eau et finir par fondre en sept à dix jours, sans laisser de matériau artificiel, selon lui.
Malgré le temps et le travail que demande la fabrication d’une murti, Krishen Row Appa n’en a jamais fait un métier. «Je ne fais pas cela comme une profession. Je le fais parce que j’aime ça», confie-t-il. Il réalise les murtis par passion et par dévotion. Il ne les fabrique pas dans un but commercial, mais les offre gratuitement, notamment à des associations. Pour lui, continuer cette tradition représente avant tout une façon de préserver un héritage familial qui l’accompagne depuis son enfance.
Son épouse, Savita Appa, apporte une autre dimension à cette tradition en expliquant la signification spirituelle de la terre dans la fabrication de la murti. Selon les récits de la théologie hindoue, la déesse Parvati aurait créé Ganesh à partir de la matière de son propre corps alors qu’elle prenait son bain. Le jeune Ganesh aurait ainsi été façonné avant de recevoir la vie par son père, le dieu Shiva. «Avant cela, il était comme une statue faite de terre. C’est lorsque Shiva lui a donné la vie qu’il est devenu Ganesh», explique-t-elle.
Pour la famille Appa, particulièrement attachée à ses racines et à la tradition marathi, fabriquer Ganpati à partir de la terre est une manière de rester fidèle à cette histoire et à cette symbolique. À travers chaque murti qu’il façonne à la main, Krishen Row Appa ne perpétue donc pas seulement un savoir-faire transmis depuis 1880, mais il fait vivre une histoire familiale, une tradition, une dévotion et, surtout, ses racines.
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