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De ?l?état d?urgence? à ?keep cool?

3 janvier 2005, 00:00

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Homme de formules, esprit de synthèses pour d?autres, le Premier ministre, Paul Bérenger, a une nouvelle fois marqué l?année 2004 avec une pléthore de déclarations. Parmi celles qui ont le plus marqué l?esprit figure son ?keep cool?, servi en maintes occasions, notamment suite à l?explosion de Grand-Baie. Toutefois, il s?est laissé piéger avec son ?état d?urgence économique? car l?expression devait être vite reprise par le leader de l?opposition pour faire ressortir le caractère dramatique de l?économie mauricienne. Celui-ci, pour sa part, a poursuivi sa campagne sur le terrain en jouant sur tous les équivoques possibles que permet le ?nous?. Un ?nous? comme entité sociale, un ?nous? comme entité ethnique? C?est une confusion qui sert les objectifs électoraux de Navin Ramgoolam.

Les deux principaux leaders politiques ont, à travers différents moyens, tenté d?anticiper sur les prochaines législatives. Paul Bérenger a ainsi insisté durant toute l?année insisté sur le fait qu?il détenait une ?winning formula?. Au fil des mois, il a servi un schéma connu du public. La montagne a en fin de compte accouché d?une souris. Navin Ramgoolam, de son côté, ne cesse de multiplier les déclarations fracassantes sur ce qu?il compte faire une fois qu?il reviendra au pouvoir. L?inflation verbale a atteint son paroxysme lorsqu?il a annoncé ?des décisions radicales pour (ses) 100 premiers jours au pouvoir?. On ne fait pas mieux en termes de formules creuses !

La course électorale fait la place à toutes sortes de supputations. Le dernier sondage Synthèses-l?express a le mérite de préciser l?évolution des rapports de force, mais il a quand même fallu ramener les choses à leur juste dimension. Eric Bertrand, de Synthèses, a rappelé que les ?jeux ne sont pas faits? et que les indécis ? 20 % - représentent à eux seuls le moyen de renverser le rapport de force. Si personne n?arrive à les mobiliser, ils ne l?affecteront pas, s?excluant du débat ou se répartissant plus ou moins au prorata. Mais s?ils sont séduits par un bloc, ou fédérés par un mouvement de protestation, ils peuvent participer à un retournement de tendance?. Voilà qui a le mérite de ramener un peu de rationalité dans ces rumeurs folles qui risquent de pervertir les événements en cette année d?élections législatives.

Folle année, ce sera certainement celle du ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, qui brigue le siège de directeur général de l?Organisation mondiale du commerce. A ce stade, Jayen Cuttaree demeure confiant malgré la candidature de Pascal Lamy. Pour lui, c?est ?un peu comme une course cycliste. Celui qui donne l?impression d?être en tête n?est pas nécessairement celui qui passera la ligne d?arrivée en premier?. A mai 2005 pour connaître l?issue de cette course épique pour le candidat mauricien.

Les femmes mauriciennes se livrent à une autre course. Celle de la parité. Ou pour dire les choses plus simplement, celle de la justice et de l?équité. La décision du Premier ministre de nommer toutes les quatre élues de la majorité à des postes à responsabilités a été bien accueillie. Mais la réelle volonté de rendre à la femme la place qui lui revient en politique ne pourra se vérifier qu?avec les listes de candidats qui seront proposées aux prochaines législatives. La réalité est plus dure. Paroles d?une femme d?expérience, la ministre de la Femme Arianne Navarre-Marie : ?Déjà, quand on contracte une alliance, les femmes sont les premières victimes. Après, il y a plusieurs facteurs qui entrent en jeu quand il s?agit de donner un ticket. Chaque circonscription a ses spécificités. Si, par exemple, vous vous y intéressez, on ne pourra pas vous envoyer au numéro 1. Là nous avons un problème. Les hommes étant plus nombreux, ils ne sont pas victimized?.

Par contre, les nouvelles figures de l?autorité autonome rodriguaise ne cachent pas leur satisfaction devant les responsabilités qui leur incombent désormais. Ainsi le chef commissaire Serge Clair ne rate pas une occasion de le faire ressortir. Ses propos sont laudatifs et ils expriment un nouvel état d?esprit: ?J?estime que la décision de Maurice d?accorder l?autonomie à Rodrigues est extraordinaire et que c?est la démocratie régionale qui a primé.?

D?autres personnages publics sont moins conciliants. C?est le cas notamment des syndicalistes. S?ils ont eu quelques occasions pour saluer le travail effectué par le gouvernement et les responsables des corps publics et para-publics, ils se sont surtout fait un point d?honneur à rappeler aux autorités les manquements à l?égard des droits des travailleurs. C?est le cas du syndicaliste et politique Jack Bizlall: ?Nous ne sommes pas des provocateurs et des agresseurs. Je trouve inacceptable qu?on critique notre langage dans le cas du Livre blanc, alors qu?il contient des propositions contre les travailleurs et que Bérenger et Soodhun sont d?anciens syndicalistes.?

L?ancien syndicaliste Showkutally Soodhun, désormais ministre du Travail et des Relations industrielles, lui, n?en démord pas. Depuis quelque temps, on ne cesse de tergiverser sur le nombre réel de chômeurs. Soodhun persiste et signe: ?Il n?y a pas de véritables chômeurs à Maurice.? Ce qui n?est pas du goût des syndicalistes et des chômeurs.

Le rang de ces derniers s?est justement étoffé ces derniers temps. La fermeture d?usines de textile-habillement a causé de nombreuses pertes d?emploi et révèle les carences des autorités et des industriels du secteur à faire face à l?effacement annoncé du régime préférentiel. François Woo, patron de la Compagnie mauricienne de textile (CMT), a eu maintes occasions pour mettre l?accent sur les velléités réformatrices de certains du secteur. ?Le pire est à venir. Je ne suis pas pessimiste de nature. Mais je pense que pour ceux qui ne sont pas préparés, c?est déjà trop tard. Si la CMT ne s?était pas préparée j?aurais moi-même abandonné le textile-habillement. Pour ceux qui n?ont rien fait, il est trop tard. Je pense qu?il y a certaines filières de la confection qui vont disparaître?, a-t-il prévenu.

Les mises en garde et menaces n?ont pas manqué dans le secteur de la justice. Entre les cris contre la brutalité policière, les dénonciations et notes mélioratives sur le rôle de l?Independent Commission against Corruption, Sanjay Bhuckory, président du Bar Council, afirme : ?Je suis tenté, à l?exemple de la reine Elizabeth et de qualifier cette année de annus horribilis pour le monde juridico-légal.? 2004 a été à la fois une année noire et empreinte d?espoir pour les victimes de la vente à la barre. Mais leur volonté amène le président de l?association des victimes à affirmer que le ?tort subi par les victimes est tel que rien n?arrêtera leur élan?. Affaire à suivre.

D?autres ont enchaîné sur les élans déjà déclenchés. Ce sont indubitablement les notes positives de l?année 2004. En visite à Maurice, le Namibien Frankie Fredericks a dit à l?intention de Stéphan Buckland : ?C?est mon héritier. Peut-être que ce sera lui qui battra mes records.? Eric Milazar, triple champion d?Afrique, a également porté haut les couleurs du pays.

Autant de rêves réalisés en 2004. Que les autres se matérialisent cette année...

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