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De Chazal du Mée achète un ordinateur

10 avril 2006, 00:00

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Le cabinet d?experts-comptables De Chazal du Mée se dote d?un ordinateur. La nouvelle fait sourire, aujourd?hui, en 2006. Un quart de siècle plus tôt, c?est pourtant un scoop qui fait la une de ?L?Express? en ce début d?avril 1981. Il faut quand même préciser qu?il ne s?agit pas d?un Lap Top même hyper-sophistiqué. L?ordinateur en 1981 est encore un mastodonte occupant à lui tout seul une pièce de moyenne dimension. Du mastodonte, il conserve les allures d?armoire à glace aussi haute que large et profonde. L?enchevêtrement des fils n?a rien à envier au noeud gordien. Circuits intégrés ? Connais pas ! La miniaturisation n?est pas encore passée par là. Pas question non plus, après achat, de déballer les appareils de leur boîte de carton compartimentée au polystyrène, de les connecter entre eux et de les brancher au système électrique. DCDM doit même recourir aux services d?un programmeur australien pour mettre en marche sa nouvelle acquisition. ?L?express? annonce fièrement qu?avec un peu de chances l?ordinateur sera opérationnel à partir du? 30 juin 1981.

Aujourd?hui, encore, les anciens de DCDM parlent, avec nostalgie bien sûr, des débuts du système informatique en leurs murs. Parmi les employés de cette époque préhistorique, il y a ceux autorisés à mettre en marche l?ordinateur, à le programmer, à pianoter sur son clavier, à imprimer ses rapports et ceux condamnés à seulement le voir fonctionner. L?autorisation en elle-même ne sert pas à grand-chose. Les permissionnaires se bousculent, en effet, au portillon. Il y a des préséances à respecter. Un système de réservation entre en vigueur pour réguler une liste d?attente qui s?allonge de jour en jour. Arrivent enfin le jour et l?heure où untel peut avoir l?ordinateur à lui tout seul. Il doit encore implorer saint Matthieu (le patron des comptables) pour qu?à ce moment précis, aucun V.I.P. ne s?amène pas avec droit de visite guidée et initiation gratuite improvisée. Il n?y a pas grand-chose à faire sinon ronger son frein et feindre se plier de bonne grâce à cette souriante et désarmante requête directoriale : ?Sorry ! bolhomme, je prends ta place. Peux-tu me laisser présenter notre ordinateur à Machin Truc ??

?Eléphant blanc !? maugréent les esprits chagrins d?alors, accusant volontiers DCDM d?avoir les yeux plus gros que le ventre. Le cabinet d?experts-comptables voit surtout plus loin que le commun des mortels. Ses dirigeants anticipent à bon escient les mille et uns avantages de la future Fée Informatique : traitement grandement facilité des comptes des clients, différentes lectures des chiffres entrés dans l?ordinateur et dûment comptabilisés, selon que l?on veut calculer les bénéfices et les dépenses par produit, par secteur ou par département, contrôle scientifique de la gestion d?entreprise et accessible à tout moment ou presque, révision ponctuelle des budgets annuels, suivi régulier des exercices comptables en cours, rapidité des services, compilation instantanée ou presque des données alors que manuellement cela prend des semaines et des mois sans oublier les risques d?erreur humaine, élimination du travail de routine, productivité accrue, services améliorés devenant plus intéressants pour la clientèle potentielle de l?Afrique francophone, bref la fin du ?temps margoze? de la comptabilité à Maurice.

A la même époque, le presse rend compte de la ?remarquable conférence de René Moreau d?IBM?, au Continental, Curepipe, sur l?utilisation de l?informatique dans des domaines aussi variés que l?agriculture, la médecine, le développement et même l?emploi. Le conférencier s?étend sur les progrès réalisés depuis la calculette de Blaise Pascal jusqu?aux ordinateurs. Il semble pourtant commettre une boulette car il ne dit mot du boulier familier à bon nombre de nos boutiquiers de 1981. Autre boulette de Moreau, il anticipe que l?ordinateur résoudra le problème de la faim dans les pays du Sahel et dans la région du Darfou. Il est déjà pourtant question de télédétection des ressources naturelles à l?aide des satellites globe-trottant au-dessus de nos têtes. Il procède alors au décompte : Unsat I, Unsat II, Unsat III et ainsi de suite. Il reste encore à s?habituer aux couleurs satellitaires allant de l?infrarouge invisible à l?oeil humain au vert. Il n?y a plus, sur papier, qu?à ?délimiter les sols cultivables et résoudre les problèmes du développement?. Les images météorologiques satellitaires sont qualifiées de ?mines d?or?. L?ordinateur ridiculise davantage Le malade imaginaire de Molière. Il connaissait 3 000 types différents de maladies. L?ordinateur en dénombre 30 000 en 1981 y compris celle qui transforme un grain de beauté en cancer. On n?arrête pas le progrès !

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