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Dantzig : dictionnaire égoïste, vérité partagée
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Dantzig : dictionnaire égoïste, vérité partagée
Evidemment qu?il a fait exprès. Pour bousculer certaines réputations. De Marguerite Duras, il dit qu?elle a ?un français de coureur cycliste?, de Georges Simenon, qu?il ?écrit comme un train de marchandises?, et de Charles Baudelaire, qu?il se conduit comme un adolescent attardé et insupportable. Qu?en somme, la littérature c?est, ?comme une vieille folle qui pousse un caddie rempli de vieilles canettes?.
Autant d?irrévérence littéraire ne pouvait passer inaperçue. Charles Dantzig s?en voit même récompensé. Ce soir, il recevra le prix littéraire des Mers du Sud, au One&Only Le Saint Géran. Distinction décernée pour son Dictionnaire égoïste de la langue française. Un ouvrage, qui pour son auteur, est déjà élevé au rang de succès de librairie en France, avec 80 000 exemplaires vendus.
?Je ne crois pas aux réputations. Qu?elles soient bonnes ou mauvaises, je crois qu?elles sont fausses. Quand elles sont bonnes, on finit par remarquer que c?est exagéré et quand elles sont mauvaises, c?est une attaque contre le talent.?
Charles Dantzig se défend d?avoir fait un dictionnaire qui tire à vue sur les icônes de la littérature. Lui, le sourire au coin de l??il, estime dire du bien de 80 % des auteurs cités dans son Dictionnaire égoïste. ?Prenez Zola par exemple, il a mauvaise réputation, on trouve qu?il est vulgaire. Moi, je prends sa défense. C?est injuste de juger mille pages et dix ans de travail sur une phrase.?
Un positionnement adopté au fil d?une vie de lecture. A 42 ans, Charles Dantzig, essayiste, romancier et poète explique : ?Quand j?ai appris à lire, mes parents m?ont dit qu?il fallait le faire avec un crayon. Chez moi, tous les livres sont annotés, c?est le meilleur moyen de lire. Sans cela, c?est juste un souffle qui passe, on ne retient rien.?
Attitude qui lui vaut d?avoir lu tous les tomes de A la recherche du temps perdu de Marcel Proust quatre fois. A 18 ans, sans ?rien? comprendre. A 24 ans, en ?découvrant? l?univers. Depuis, une fois l?an, Charles Dantzig s?y replonge, ?comme dans une vieille pantoufle?.
Lui qui aime les repères, nous en donne par notices entières dans ce dictionnaire écrit ?idéalement pour être lu d?un bout à l?autre.? Mille pages où se croisent les grands noms de la littérature française, débarrassés de leur aura, de leurs perruques poudrées, de leurs fards. Débarrassé surtout de toute politesse. Pas d?icône, dont Charles Dantzig n?ait gratté le vernis.
Au final, l?auteur assume son parti pris dans la ?forme la plus impossible à lire,? c?est-à-dire un dictionnaire. ?Malgré son apparence de rigueur, j?ai eu une plus grande liberté, j?ai pu choisir les auteurs que je voulais.? Pour Charles Dantzig, la réaction du public français est la preuve vivante qu?il est faux de croire que les gens ne lisent plus.
L?auteur du Dictionnaire égoïste voit plus loin. En ligne de mire dans son horizon : Oxford, où ses livres sont enseignés. ?Le dictionnaire a été un sujet d?examen cette année. C?est mieux que le Prix Nobel.? Le tout dit avec un sourire carnassier où l?humour se dispute avec le plaisir de se moquer de soi-même.
Les récompenses, Charles Dantzig les cumulent déjà : le prix Décembre 2005, le prix Nimier. Dernier en date : le prix littéraire des Mers du Sud. Pour le lauréat, Maurice c?est une bénédiction. ?Huit jours au soleil pour récompenser dix ans de pollution.?
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