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Dans la mare de nos à-peu-près?
Ils sont des milliers aujourd?hui à signer des pétitions réclamant la démission du ministre de l?Éducation. Ils sont encore plus nombreux, dans leur triste isolement, à pleurer les quatre victimes des flots déchaînés qui ont déferlé sur une île Maurice non avertie. À l?inverse, ils ne sont qu?une poignée qui se réfugient, malgré ce désastre humain, derrière des protocoles météorologiques d?un autre temps, et qui continuent à nous faire le jeu de la devinette obsolète. Et un autre, avec une arrogance ministérielle sans égale, qui au lieu de plaider la bonne foi ou de s?excuser humblement, se plaît à évoquer une logique statistique sans c?ur, coupée du réel.
Les écrits sont sur les murs, malgré les pluies. À l?encre de la révolte. Le vase populaire a depuis longtemps débordé. La colère face à l?irresponsabilité de nos politiques se répand dans la rue. Et nos responsables politiques doivent y faire face, sans fuir, et en prendre note.
Gérer la cité, c?est plus que des réformes qu?on promet depuis deux ans ou un « Fact-Finding Committee » qu?on annonce ponctuellement, car on n?a rien d?autre à proposer. Gérer la cité, c?est surtout savoir parer au plus urgent. C?est de cette incapacité dont se sont rendus coupables le ministre de l?Éducation et les services météo.
Dans d?autres démocraties, un ministre, au lieu de défendre l?indéfendable, aurait songé à proposer sa démission en guise de sincères condoléances aux membres de la famille des disparus. Sans nul doute qu?elles seront acceptées valeur du jour.
Sur un plan moins humain, il serait par ailleurs intéressant de savoir ce que statuerait une cour de justice si jamais les parents de la petite Laura ? ou n?importe quel autre citoyen-témoin ? décidaient de traîner Dharam Gokhool et la station de Vacoas dans une cour de justice pour négligence criminelle et incapacité à être gardien de la sécurité des élèves, forcés d?intégrer des bâtiments inondés.
La catastrophe Lola aurait pu être évitée si tout le monde était à l?abri ou dans des centres de refuge, prévenu comme il se doit. Sur Internet, plusieurs sites météo étrangers indiquaient clairement le danger imminent qui allait s?abattre sur nous. À l?île s?ur, on montrait même les images du passage de Lola en plein sur Maurice. À Va-coas, on s?évertuait à attendre une confirmation « scientifique » avant de tirer la sonnette d?alarme. Trop tard cette fois-ci ! Après le faux avertissement cyclonique du début d?année par excès de lenteur administrative face à un « manque de données disponibles », cette fois-ci, ils ne doivent plus être lavés de tout blâme. Il y a définitivement quelque chose qui ne tourne pas rond chez nos prévisionnistes, malgré toute leur bonne volonté. Leurs explications ne sont plus acceptables. Leurs méthodes sont mauvaises. Un cours intensif pour se re-mettre dans l?air du temps leur est indis-pensable. Les réfractaires aux changements doivent changer de métier parce qu?ils nous mettent en danger de mort.
À blâmer sévèrement aussi, ceux qui sont censés s?occuper des travaux publics. Ceux qui évoquent le manque de fonds pour nettoyer drains, ponts, rivières, espaces publics abandonnés, des dangers qu?on cultive, des voies qu?on obstrue à force de détritus.
Pourtant, après le « chikungunya », il y avait eu une certaine prise de conscience de nos collectivités locales, avec matraquage publicitaire et tout, aujourd?hui elle se retrouve engloutie par une indifférence collective, sous des amas de débris.
Cette colère profonde devrait aussi être l?occasion d?une autocritique nationale. Un « Fact-Finding Committee » ne devrait pas être qu?un coup d?épée médiatique dans l?eau agitée. Avec un rapport qui viendra un jour, quand le soleil brillera, et que la colère sera dissipée. Et puis, on n?en parlera plus, comme ce rapport de vrais scientifiques américains sur les morts éventuellement provoquées par le « chikungunya ».
Finalement, si les ministres sont pris à partie, dans les pétitions ou dans la rue, c?est qu?ils sont en train de faire fausse route quelque part. Ici, il ne s?agit pas des conditions externes pour lesquelles on peut plaider l?impuissance. Cette fois-ci, il s?agit de l?amateurisme qu?on cultive à l?intérieur de nous, et de la révolte qu?il engendre.
Face à une motion de blâme collective, Dharam Gokhool, statistiquement parlant, pourrait relever qu?il ne pleut pas tous les jours comme ça. Et, encore une fois, on risque d?en rester là, avec pareille suffisance. Dans la mare de nos à-peu-près?
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