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Dangereuses spéculations

7 septembre 2004, 20:00

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Le débat sur la valeur de la monnaie commence à enfler et à devenir dangereux. Que des entrepreneurs paniqués par la perte de compétitivité de nos industries d’exportation plaident en faveur de la dépréciation, voire de la dévaluation de la roupie, est somme toute compréhensible. Ils ont le beau jeu d’arguer que tous nos concurrents ont une monnaie sous-évaluée, ce qui dope leur compétitivité.

L’industrie textile américaine reproche à la Chine de sous-évaluer le yuan d’au moins 40 %. A Maurice aussi, l’industrie sucrière fait ressortir que le Brésil exacerbe sa position dominante sur le marché mondial du sucre grâce, entre autres, à une monnaie dévaluée.

La relativité de la valeur de la roupie par rapport à nos compétiteurs et par rapport aux intérêts vitaux des industries d’exportation a toujours été prise en considération.

Si le gouverneur de la Banque de Maurice ne manque pas de rappeler que la stabilité des prix est l’objectif numéro un de la Banque centrale, il concède aussi que cette politique monétaire n’est pas déterminée dans un vacuum et qu’elle prend en considération les intérêts économiques du pays, autant que faire se peut. Soit, tant que cela ne remet pas en cause de manière inquiétante la stabilité des prix.

Ainsi, la volonté de laisser glisser la roupie pour soutenir nos industries d’exportation, et plus particulièrement l’industrie textile, est aisément vérifiable. L’euro coûte Re 1.20 de plus qu’en janvier, le dollar a pris Rs 2.20 et la livre sterling vaut aujourd’hui Rs 51 contre Rs 47 au début de l’année. D’ailleurs, en dépit des fermetures d’usine, les patrons de l’industrie textile sont plutôt muets sur la question du taux de change, signe que la situation les arrange plutôt, malgré tout.

Pourtant, le discours en faveur d’une dépréciation plus soutenue de la monnaie est aujourd’hui plus insidieux. Tout le monde s’en mêle. A la crainte de l’impact du démantèlement de l’accord multi-fibre, en janvier 2005, est venu s’ajouter le danger d’une baisse du prix du sucre.

La panique s’installant, on ne se gêne plus pour faire l’apologie de la dépréciation, voire de la dévaluation. Et on oublie vite que ce qui a marché en 1979 et 1980 ne peut marcher pareillement aujourd’hui. Le contexte a changé.

Le sucre, comme le textile, ne pesant plus le même poids dans l’économie, les gains attendus d’une dépréciation massive ou d’une dévaluation risquent fort d’être nettement inférieurs aux torts qui seraient causés. Tant sur le plan économique que social.

Les taux d’intérêt sont plus faibles aujourd’hui qu’à l’époque. Ils sont également plus bas que lors du dernier passage des travaillistes à l’hôtel du gouvernement, lorsqu’on avait laissé filer la roupie avec les conséquences que l’on sait.

Les faibles taux d’intérêt jouent contre la roupie. De plus, l’inflation qui était jusqu’ici sous contrôle, semble vouloir repartir. Un pays qui importe tout ce dont il a besoin ne peut se permettre de voir sa monnaie dégringoler. La flambée des prix ne manquera pas de provoquer des tensions sociales inutiles.

Tout ceci est malsain et dangereux pour l’économie. S’il existe un consensus tacite sur la nécessité de maintenir la compétitivité de la roupie – euphémisme si l’on veut – le fait d’en parler publiquement et même d’annoncer la couleur ne peut qu’être délétère pour l’économie.

Cela ne peut que provoquer de la spéculation contre la roupie, créant une spirale de perte de vitesse vertigineuse de la monnaie. Les taux d’intérêt remontant sur les principales devises, la tentation est forte de convertir ses roupies en monnaies étrangères.

Depuis deux mois environ, le marché des devises est témoin d’une frénésie d’achat de la part de gros “players” et des plus importants investisseurs institutionnels de la place. Les montants en jeu sont inquiétants. La demande est si forte que les banques pratiquent déjà le rationnement des devises.

Il faut tuer dans l’œuf cette pression spéculative. Elle risque d’être un coup de massue dont l’économie, déjà ébranlée, n’a certainement pas besoin.

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