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Développement… bizin sanzma

18 juin 2006, 00:00

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Après les débats sur le budget, il s’agit d’être rapidement concret dans la mise en œuvre, avec comme préalable une campagne d’explication nationale d’envergure et systématique pour un « fine-tuning » inévitable et pour dissiper tous les flous réels autour d’un exercice aussi complexe et délicat. Le projet sous-tendant le budget soulève toute la problématique du changement d’une société trop longtemps bloquée.

Le budget 2006-2007 est audacieux. Rama Sithanen a réussi, du moins sur papier, l’alchimie complexe et délicate qu’exigeait la situation d’une économie en transition dans un environnement mondialisé. Son budget repose sur cinq axes.

Le premier axe est un pari sur la croissance économique en créant un environnement propice à l’investissement afin d’aider à la création d’entreprises, seul moyen de lutter contre le chômage. Il veut s’attaquer aux procédures lourdes et à une bureaucratie paralysante afin de permettre l’émergence d’une nouvelle catégorie d’entrepreneurs. Pour pallier les nombreux déficits internes, il prône aussi une ouverture tous azimuts du pays sur le monde afin d’attirer des investisseurs, des compétences, du savoir-faire et des nouvelles idées.

Il montre une volonté et une détermination d’assainir les finances publiques pour contenir les dépenses à travers la lutte contre le gaspillage de l’argent public et la recherche de l’efficacité tant de la fonction publique que des organismes parapublics. Il faut sortir du cercle infernal de l’endettement…

Le troisième axe est une refonte de l’État providence. Il s’inscrit dans le courant qui veut s’attaquer aux « effets pervers » d’un système de redistribution des richesses qui ne profitent pas à ceux qui en ont le plus besoin, mais davantage aux autres… qui ont les moyens. L’avancement de l’âge de la retraite à 65 ans s’inscrit quant à lui dans une logique de responsabilité envers les générations à venir pour supporter le système de retraite.

La simplification et la rationalisation du système fiscal et l’introduction d’une « National Property Tax » étaient « long overdue ». Les mesures annoncées veulent mettre un terme à des pratiques dont le seul but était de payer moins d’impôt, et de s’attaquer à des archaïsmes défiant toute rationalité économique. Avec la révision de la politique des baux des « campement sites », le bon sens a finalement prévalu, quand on sait que le littoral est la denrée la plus rare pour une petite île à vocation touristique.

Le cinquième axe du budget 2006-2007 est la mise en place de l’« Empowerment Fund » avec un budget de Rs 5 milliards. Le programme est ambitieux et ses composantes – logement sociaux, espace pour les petits entrepreneurs, formation, programme pour les femmes sans-em-ploi, villages touristiques, assistance pour l’« outsourcing » — s’inscrivent dans la philosophie de développement durable reposant sur l’intégration sociale et spatiale à plusieurs niveaux.

Depuis une semaine le budget est l’objet de critiques, d’appréciations et de réserves. On y trouve de tout – esprit partisan aveugle, démagogie à l’état pur, mauvaise foi, malhonnêteté intellectuelle, honnêteté intellectuelle, craintes réelles tant pour le monde du travail que pour la dimension sociale du développement, peurs compréhensibles quant aux conséquences de l’ouverture aux étrangers, réflexes corporatistes et égoïstes, divergences de fonds, réelles interrogations sur les mécanismes de mise en œuvre.

Il appartient au gouvernement de faire preuve de discernement dans les critiques, de distinguer le bon grain de l’ivraie, car pour réussir le changement proposé, il faut mobiliser tous les partenaires sociaux autour d’une nouvelle ambition collective.

Si le budget 2006-2007 n’est pas exempt de contradictions, de manquements, de flous et de bavures, il ne faut cependant pas que l’arbre vienne cacher la forêt.

Avec le budget 2006-2007, on est au cœur de la problématique du changement social dans le processus du développement. Sithanen fait, en quelque sorte, le pari que le changement sera atteint par une démultiplication des ressources internes – et externes – qui seront mieux dégagées, et déployées différemment.

En somme, le projet sous-tendant le budget nécessitera la mise en place simultanément d’une double réalité institutionnelle : celle qui assure la gestion des fonctionnements à court terme et celle qui soutient les mouvements de passage – à l’exemple de l’« Empowerment Fund ». Au-delà des chiffres ou de la maîtrise technique, ce qui est en jeu est la capacité institutionnelle à réussir le changement et l’obstacle culturel à surmonter.

Pour que le changement puisse se traduire dans la réalité et donner les résultats escomptés, il faudra un changement des mentalités, des comportements collectifs, des valeurs, des règles morales, afin que les rapports entre les hommes puissent produire effectivement d’autres résultats. Un diagnostic-bilan des réalités et pratiques concrètes du développement s’impose rapidement afin d’identifier les ressources d’acteurs pour l’avenir, celles immédiatement disponibles, les éventuelles catégories montantes, les potentiels cachés. Ce changement est bien plus compliqué et complexe que le changement réussi le 3 juillet 2005. Tous ceux qui font partie du camp de l’île Maurice des bâtisseurs doivent se serrer les coudes. La partie ne fait que commencer…

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