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Dérives
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
C?est dans l?ordre normal des choses qu?un dirigeant politique critique avec véhémence les points de vue d?un journaliste indépendant. Mais, quand un Premier ministre recouvre des accents totalitaires pour insulter et dénigrer un éditorialiste, il y a là un glissement dangereux. C?est pourtant ce qu?a fait, hier, Navin Ramgoolam lors de sa longue tirade, intégralement retransmise par la MBC, contre «l?express» et son rédacteur en chef.
Si l?on fait abstraction des passages au cours desquels le Premier ministre bascule dans l?insulte, il reste ses accusations sans fondement. Il qualifie de «faussetés» plusieurs affirmations contenues dans notre éditorial d?hier sur la congestion routière. Revenons sur les trois points qu?il a évoqués.
D?abord, il nous reproche d?avoir écrit que «le programme de construction de drains a été réactivé» dans le sillage des pluies torrentielles. Devons-nous lui rappeler ses propres propos rapportés sur le site officiel de son Bureau : «In the aftermath of the torrential rains on 26 March 2008 the Hon. Minister of Environment and National Development Unit established a list of critical areas warranting immediate attention. Around 100 urgent projects have been prioritized to be implemented under the Emergency Drain Clearance Programme. The Programme is expected to cost around Rs 250m.» Donc, le projet a bien été réactivé ?
Ensuite, l?éditorial d?hier rappelle que «les experts ont suggéré l?imposition d?un droit de péage à l?entrée de la capitale» et que cela a suffi «pour refroidir les ardeurs des décideurs politiques». Le Premier ministre qualifie cela de fausseté. Nous tenons de sources officielles que c?est la résistance de certains ministres au péage qui est responsable du retard qu?a pris le projet de construction d?un pont enjambant le port.
La troisième «fausseté» que Navin Ramgoolam dit avoir relevée concerne la «lenteur des autorités». Le lecteur jugera s?il est faux de dire que le qualificatif «lent» colle bien au gouvernement en place. Les opérateurs économiques qui attendent que des dossiers soient débloqués ainsi que les institutions publiques et parapubliques qui attendent que leurs directeurs ou présidents soient nommés peuvent également témoigner de la lenteur du processus décisionnel. Même le nouveau ministre des Affaires étrangères n?a pas encore été désigné alors que cela fait des semaines que le titulaire a été révoqué. Bref, la démonstration de la lenteur des autorités n?est plus à faire.
En tout cas, nous serons toujours plus exigeants envers ceux qui exercent le pouvoir qu?envers l?opposition. C?est notre devoir. Du reste, Paul Bérenger avait également une attitude hostile à l?encontre de «l?express» quand il était au pouvoir. Si le Premier ministre et les faucons qui le conseillent pensent que leurs pressions sur la presse libre pousseront celle-ci à se calquer sur une MBC qui anesthésie la réflexion, ils se trompent. Rien ne peut interdire à un journaliste de penser différemment.
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