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Dénouements multiples
<B>Par Nazim ESOOF</B>
Il est des dénouements qui sont finals et d?autres qui sont partiels. On a connu cette semaine quelques péripéties riches en enseignements à cet effet. Du landerneau politique avec ses multiples secousses aux décisions ministérielles aléatoires qui culminent à des apories en passant par de pénibles négociations entre partenaires sociaux, on aura presque tout vu et entendu. Et ce n?est pas toujours ce qu?on aurait souhaité entendre. La politique, dit-on souvent, ressemble à un jeu d?échecs. A Maurice, elle prend surtout la forme d?une partie de nerfs. Celle à laquelle se livrent depuis quelque temps le Mouvement militant mauricien (MMM) et le Mouvement socialiste militant (MSM) pourrait avoir connu cette semaine un premier dénouement significatif. Le leader du parti mauve n?est pas passé par quatre chemins pour dire ce qu?il pensait des aspirations du chef du parti soleil à occuper le poste de Premier ministre sur une période de cinq ans dans le cadre d?une alliance avec son parti. C?est sans doute l?indication la plus claire sur les intentions de Paul Bérenger. Il aura été explicite et, d?un revers de la main, a balayé les spéculations autour de l?identité de celui qui dirigerait un éventuel gouvernement auquel le MMM participerait. S?il s?était montré plutôt timide sur la question jusqu?ici - affirmant que même si le MMM doit être la locomotive, cela n?impliquait pas qu?il doive, lui, se présenter au poste de chef de gouvernement - il aura franchi un cap avec sa conférence de presse dans le courant de la semaine. Le MSM est prévenu. S?il n?est pas content du rôle de partenaire minoritaire avec le parti mauve qui verrait quand même son leader partager le poste de Premier ministre, il lui faudra aller voir ailleurs. Ailleurs, du côté du Square Guy Rozement, les perspectives ne sont pas plus réjouissantes. Navin Ramgoolam ne partagerait avec personne le poste suprême, encore moins le céderait-il à quelqu?un d?autre. Il faudra désormais, au jeune leader du MSM, faire preuve d?un réalisme et d?une sagesse qui l?ont délaissé depuis qu?il ne siège plus au Parlement. Face à un Paul Bérenger et un Navin Ramgoolam dont les forces et les faiblesses sont connues, Pravind Jugnauth avait, dès le départ, la possibilité d?imposer un autre style de leadership. Il faudrait croire que pris dans un quotidien éprouvant au sein de l?opposition extraparlementaire, il a perdu cette hauteur qui fait la marque des grands chefs. A lui de relever le défi. Il reste encore du temps. Du temps, il n?en resterait pas beaucoup à des ministres comme Jeetah et Gokhool si nous fonctionnions dans une démocratie moderne. Ce sont, en effet, des ministres qui participent de cette rituelle alchimie propre à ceux qui pensent qu?il suffit d?enfiler le costume d?une fonction pour être automatiquement efficaces. En fait, c?est une conception archaïsante du pouvoir. Ils sont un certain nombre de cet acabit dans ce présent gouvernement. Réinventer le monde est une noble aspiration. Mais on ne le fait pas en regardant dans un miroir et en se disant qu?on est tout beau et qu?à ce titre on a toujours raison. Il faut trouver du contenu neuf. Non pas dans les manuels qui ont fait recette hier mais dans ces actions qui expriment une vision nouvelle dans un monde en construction. C?est difficile à réaliser, mais lorsqu?on prend le pari de gouverner, on prend parallèlement celui de pouvoir anticiper sur les événements. On n?est plus à cette époque de sir Anerood Jugnauth où il suffisait de seulement trois ou quatre bons ministres pour faire fonctionner un gouvernement. Il n?y a plus de place pour la médiocrité aujourd?hui. C?était le cas hier et ça l?est toujours aujourd?hui. C?est le temps des négociations. Faut-il une pleine compensation salariale qui tient en compte le taux de l?inflation ou une compensation partielle accompagnée d?un impératif de productivité ? Les positions sont connues. Elles sont toutes légitimes. Des syndicalistes qui demandent de rattraper le gouffre pécunier dans lequel se retrouvent de nombreux foyers à cause de la perte du pouvoir d?achat aux entreprises qui imputent leurs difficultés à la roupie forte. Bref, tout le monde pense à ses prébendes. Il serait plus utile de rappeler que tout ce modèle repose sur le principe de la croissance qui ramenerait le mieux-être. Serait-ce vraiment le cas lorsque le seul modèle qui régit le monde désormais est celui de la décroissance...
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