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Délai fatal à l?hôpital

29 mai 2004, 20:00

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Natasha Mootoosamy a beau esquisser un sourire devant les pitreries de ses deux petits garçons, son coeur est meurtri et amer. Michaël, son mari, est mort à l?hôpital du Nord il y a deux semaines dans des circonstances dérangeantes.

Les proches évoquent la négligence médicale, d?autant que son opération d?une tumeur au poumon a été retardée à deux reprises dont une fois pour ce qu?ils estiment être un passe-droit. Après une déposition de la famille à la police, le ministère de la Santé a décidé d?ouvrir une enquête.

Tout dans cette histoire semble indiquer que Mathieu, un an et demi, et Miguel, huit mois, n?auraient jamais dû perdre leur papa. « Li finn mor betman », répète sans cesse Marlène, la mère de la victime. Mario, le père, dit attendre les conclusions de l?enquête, qui, si elles confirment ses craintes, donneront lieu à des poursuites.

En décembre dernier, Michaël se rend à l?hôpital Candos où il se plaint de douleurs dans la poitrine et à l?épaule. Le médecin diagnostique un problème musculaire et lui prescrit un traitement. Comme le mal persiste, il retourne à Candos le lendemain et subit un électrocardiogramme. « Le c?ur va bien », dit le médecin.

Les semaines passent et l?état de Michaël se détériore. En mars, il est ausculté dans une clinique où les radiographies révèlent la présence d?une « grosseur anormale au poumon ». Son dossier médical est transmis à l?hôpital du Nord où il va subir des examens.

<B>Coup de pouce d?un membre influent du personnel</B>

C?est le début d?une profonde angoisse pour la famille. Michaël a maigri, il perd chaque jour un peu plus d?énergie et ne veut rien manger. À ce stade, le médecin de l?hôpital estime néanmoins qu?il peut reprendre son travail et lui recommande de « faire un régime », soutient Mario.

Deux jours plus tard, c?est le drame. Michaël est transporté d?urgence à l?hôpital du Nord où le même docteur penche cette fois pour un problème au pancréas et lui prescrit de l?huile de paraffine et des suppositoires. Il est renvoyé chez lui mais revient le lendemain dans un état pitoyable. L?affaire s?obscurcit car son dossier médical est introuvable.

Le 23 avril, le jeune homme est admis à l?hôpital et mis sous oxygène. Il doit être opéré quatre jours plus tard de sa tumeur au poumon. Ses proches respirent, espérant enfin un heureux dénouement.

Finalement, le jour de l?opération arrive. Mais une heure après son départ pour le bloc opératoire, il est ramené sans avoir subi d?intervention. Le personnel explique qu?il n?y a pas de place aux soins intensifs et l?opération est renvoyée au 4 mai.

Cela fait alors six mois que Michaël Mootoosamy souffre, mais il a encore de l?espoir, explique son père : « Li ti konfian parski boucou dimoun ti pe fer eloz dokter ki ti pou oper li. Li ti soulaze parski li ti pe pense li pou trouv gerizon. » Mais les Mootoosamy vont vite déchanter et se sentir trahis.

Alors que l?heure de l?opération est venue, c?est un autre patient qui prend la place de Michaël. Ce dernier aurait même, selon Marlène, bénéficié d?un coup de pouce d?une personne influente au niveau du personnel. « Passian la mem finn dir nou ki linn gagne backing ». Mario demande aussitôt à rencontrer le surintendant et ce dernier lui assure que son fils sera opéré le 11 mai. Ce délai sera fatal au pauvre Michaël.

Le 10 mai, le jeune patient ne peut plus respirer et doit être intubé. Transporté en salle d?opération, il trouve encore la force d?adresser aux siens quelques mots. « Enn ti moman mo pou vini la? » Mais c?est la fin.

Les médecins sortent quelques minutes plus tard, dépités. « L?anesthésiste nous a informés que notre fils était mort. Nous lui avons demandé pourquoi il avait attendu le dernier moment pour opérer. Il a répondu que l?état de Michaël s?était amélioré et qu?il pouvait attendre. » Devant la perplexité des parents, le médecin se défile et explique qu?il n?est pas à blâmer car c?est l?administration qui décide du calendrier des opérations.

Le Chief Medical Officer du ministère de la Santé, le Dr Shyam Sungkur, affirme qu?une enquête a été initiée sur le cas Mootoosamy. « Nous verrons pourquoi ce patient qui souffrait d?une tumeur au poumon n?a pas été opéré à temps. »

À l?hôpital du Nord, les médecins qui se sont occupés de Michaël attendent d?être convoqués par les autorités. Pour eux, il s?agit d?un épisode embarassant. Pour la famille, cette plaie béante n?est pas prête de cicatriser.

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