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Déjà libre dans sa tête
Le 27 mars, Ponsamy Pongavanam sera un homme libre. Ce condamné à mort pour assassinat avait vu sa peine commuée à 20 ans de réclusion. En l?écoutant se raconter à un mois de sa libération, on réalise qu?il est parvenu à réconcilier un paradoxe : celui de se sentir libre tout en étant physiquement captif. Cela tiendrait en un mot : la spiritualité.
Ponsamy Pongavanam paraît dans son élément à la prison de Richelieu. Ce qui est normal, vu qu?il y a passé plus de dix ans de son existence. Il déclare toutefois avoir mis un certain temps à s?ajuster dans ce nouvel environnement.
?J?étais un peu comme un animal. Avez-vous remarqué que lorsqu?on promène par exemple un chien dans la rue, il marche toujours à côté de son maître. J?étais ainsi, toujours sous étroite surveillance tant à la prison de Beau-Bassin qu?à celle de Petit Verger. Le fait que je n?aie plus de garde rapprochée à Richelieu, m?a décontenancé au début. J?étais même un peu effrayé. Je m?y suis fait tout doucement.?
Il explique sa notion de liberté acquise par sa rencontre avec Dieu peu de temps avant l?application de son mandat d?exécution. ?J?étais dans le couloir de la mort lorsque le détenu Alexandre, emprisonné après moi, a été exécuté par pendaison. Les 15 jours suivants, je n?ai pu m?alimenter, pensant que mon tour était imminent.?
Son père Sinsamy, jardinier sur une sucrerie, lui apprend qu?entre-temps, feu sir Harold Walter, son avocat, demande à ce que la famille mette tout en ?uvre pour faire appel au jugement devant le conseil privé de la Reine. Ce qui lui donnerait un sursis d?un mois mais qui présuppose de lourdes dépenses en termes de photocopies de la montagne de dossiers constituant son affaire, d?engagement d?un avoué à Maurice, de celui d?un avocat en Grande-Bretagne, du paiement d?un billet d?avion pour que son avocat aille plaider sa cause auprès des Law Lords anglais. Ce qui reviendrait au bas mot à plus de Rs 500 000.
Ce n?est pas avec le salaire de son père, ni celui de sa mère Oolayanayaghee, laboureur, qu?ils y parviendront. Un jour que Ponsamy revient de Cour, un détenu ? un ancien policier ayant participé à un hold-up ? lui fait parvenir un livre du sadhu Soondar Singh, sikh converti au christianisme. Ponsamy le lit d?une traite. ?J?ai pensé : Seigneur, tu sais que je suis innocent. S?il est vrai que tu es vivant et que tu as accompli tous les miracles que l?on t?attribue, sors-moi du couloir de la mort.?
?(...) j?ai demandé au Seigneur de m?aider à prier pour elle. Et j?y suis arrivé. À partir de là, je me suis senti libéré malgré la prison, malgré les barreaux.?
En l?espace d?un mois, les choses se mettent en place naturellement. Un directeur d?une compagnie d?assurances décide de prendre à sa charge les frais de photocopies de son énorme dossier. L?avoué Patrick Balmano offre bénévolement ses services. Son appel au secours aux Belges avec qui il s?était lié d?amitié du temps où il étudiait la sociologie dans ce pays, est entendu. La branche belge d?Amnesty International contacte celle de Londres et on lui trouve un avocat et un avoué. ?Là où nous aurions dépensé plus de Rs 500 000, nous avons déboursé un maximum de Rs 5 000. J?étais surpris. C?est à ce moment-là que le nom de Jésus m?est revenu en tête. Je me suis procuré une Bible que j?ai lue et j?ai décidé d?accepter le Seigneur comme mon sauveur.?
À partir de ce moment-là, Ponsamy a un regard différent sur l?existence. La Bible disant qu?il faut pardonner à ses ennemis, il se met à prier pour les gardiens qu?il considérait jusqu?alors comme ses bourreaux. Tout comme il parvient à pardonner à la femme qu?il aimait et par qui tout serait arrivé. ?J?étais aigri. J?éprouvais de la haine pour elle. Je me suis agenouillé et à travers mes larmes, j?ai demandé au Seigneur de m?aider à prier pour elle. Et j?y suis arrivé. À partir de là, je me suis senti libéré malgré la prison, malgré les barreaux.? Il avoue prier pour elle au quotidien, de même que pour la victime Chandrika Haza Futty et pour la famille de ce dernier.
Cette femme qui lui a tourné la tête et qui est établie en Grande-Bretagne, lui a rendu visite à deux reprises à la prison de Richelieu. C?était juste après la parution de son premier livre Condamné Amour. Il se demandait comment il réagirait en la voyant. ?Je l?ai vue et je suis resté calme. C?est là que j?ai réalisé l?étendue de ma transformation?. Son ex craignait que la police ne l?arrête car il avait tout raconté dans son livre. Elle est revenue lui dire au revoir une semaine plus tard, accompagnée de son mari.
Appelé à dire s?il l?aime encore et s?il aurait voulu faire sa vie avec elle une fois libre, il réplique : ?Avek sa fam la, sa non ! Bisin mari gopia pou refer sa.? Il demande aux jeunes de ne pas laisser leur c?ur s?emballer et de rester lucide en amour. ?C?est bon d?aimer mais aimer c?est aussi une souffrance. La passion est comme l?alcool. Elle vous enivre au point où vous n?êtes plus maître de vous. En une fraction de seconde, vous prenez une décision et vous perdez tout.?
Les autres visites qu?il reçoit régulièrement sont celles de sa mère mais aussi de sa fille de 26 ans, qui lui a donné des petits enfants de quatre ans et demi qui sont jumeaux.
L?écriture s?est imposée à lui pour plusieurs raisons : il veut prévenir les drames passionnels comme le sien. Il a reçu tant de soutien des médias, qu?il se dit qu?en devenant journaliste, il pourra soutenir d?autres victimes d?injustices. À l?époque où il prend cette décision et en fait sa mission, Deepak Bhookhun est commissaire des prisons et l?incite à s?instruire. Le détenu prend des cours de journalisme par correspondance auprès d?Educatel-France et est reçu journaliste. Il n?est pas encore sorti de prison qu?il a déjà eu deux propositions d?embauche venant d?entreprises de presse.
Il a aussi un projet de montage d?une petite entreprise dont le nom est déjà enregistré. Son troisième livre intitulé En prison mais libre et qui traite de réhabilitation et de réinsertion, est destiné principalement aux détenus. ?Mais tout le monde peut le lire aussi?, déclare l?auteur.
Ponsamy affirme n?avoir jamais pensé à s?évader durant son incarcération. ?Deepak Bhookhun m?a fait comprendre l?importance de la confiance placée en quelqu?un. Alors que d?autres me bouffonnaient, lui m?a fait confiance et m?a donné accès au privilège de l?éducation. Mo pa ti le fer Misie Bhookhun perdi poin, ni perdi confians ki piblik ek dimounn inn plas en moi.?
Le jour de sa libération, c?est sa mère, âgée de 72 ans et d?autres proches qui viendront le chercher en compagnie d?amis belges qui font le déplacement jusqu?à Maurice juste pour le voir. Il compte vivre chez sa mère à l?Escalier. Au cours de la semaine du 27, il a prévu une célébration d?actions de grâces ?cuménique à l?église de l?Immaculée Conception. Tout comme il compte se faire baptiser. ?J?y tiens. Le baptême est un pilier du christianisme et pour moi, c?est un engagement que j?ai pris avec le Seigneur.?
Ponsamy n?a pas de grande appréhension par rapport à sa libération. ?C?est vrai que je serai un étranger dans mon pays. Que je ne connais même pas le Caudan Waterfront et bien d?autres lieux. Que je ne sais plus ce qu?est de l?argent ! Je ne crains pas le rejet car à plusieurs reprises lorsque je me suis rendu à l?hôpital, des membres du public qui ont entendu parler de moi, ont pris de mes nouvelles et m?ont parlé gentiment. Ce dont j?ai besoin, c?est de soutien financier car je n?aurai en poche que Rs 800 que constitue la Discharge Personal Aid?.
Lui qui donne des cours de self-management aux détenus, de même que des cours d?informatiques, entend revenir à la prison une fois par semaine pour continuer à délivrer des cours de self-management. ?Le self-management donne un sens de direction. Les parents devraient transmettre des valeurs spirituelles à leurs enfants pour que ces derniers appliquent un code de conduite dans leurs vies. Cela amènera l?harmonie dans la société mauricienne??
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