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Cunningham : «Il y a une mafia institutionnelle dans le pays»
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Cunningham : «Il y a une mafia institutionnelle dans le pays»
Une bête blessée mais déchaînée. C?est en ces termes que l?on pourrait décrire Bert Cunningham, ancien directeur des douanes. Qui est déterminé à se battre jusqu?à la dernière «goutte de sang». Durant plus de trois heures, il nous livre son état d?âme, à son domicile à Grand-Baie. Entre rires de la façon dont il a été traité par la Mauritius Revenue Authority (MRA), ses réflexions sur l?avenir du pays et ses confessions troublantes?
«Il faut instituer une commission d?enquête et vous allez voir des têtes vont tomber à la MRA, que ce soit au conseil d?administration et à la tête même de cette institution», lâche-t-il d?emblée. Bert Cunningham estime que sa mise à pied était «préméditée» car «il y a une mafia institutionnelle» dans le pays.
Il n?hésite pas à faire le lien entre des personnes au sein du conseil d?administration de la MRA, du State Law Office, de la police et de l?Independent Commission against Corruption (ICAC) et même au sein du Mauritius Turf Club (MTC). Il mentionne les personnes affectées au bureau du Premier ministre et au ministère des Finances. Pour lui, tous ceux-là sont une «clique», une mafia.
<B>«On m?a contraint à démissionner»</B>
Il souligne qu?il a beaucoup travaillé dans de nombreux pays d?Afrique et du Proche-Orient pour combattre la mafia de la drogue, le blanchiment d?argent mais, affirme-t-il, à Maurice, c?est une «mafia institutionnelle qui opère». Il trouve «anormal et obscur» qu?il est aujourd?hui harcelé par des institutions censées combattre la fraude et la corruption.
Lors de sa rencontre avec le Premier ministre, Navin Ramgoolam le 11 août dernier, il explique qu?il a évoqué plusieurs dossiers troublants dont il donne un aperçu à l?express (voir hors-texte). Il précise que le Premier ministre lui a donné l?impression de n?avoir pas été informé de ces cas.
Et qu?en est-il de sa démission ? Bert Cunningham réfute la version de la MRA qui avait fait état d?une démission de son propre gré. «On m?a contraint à démissionner. On m?a harcelé, de concert avec les institutions du pays. On a fouillé ma maison et menacé de ne pas me payer mes gratuités et autres argent. Pire, on m?a même dit qu?on ne pourra plus assurer ma sécurité.»
Bert Cunningham affirme se sentir toujours menacé ces derniers jours. Au point où une mission diplomatique à Maurice lui a même offert ses services pour assurer sa sécurité.
En attendant une éventuelle commission d?enquête, Bert Cunningham dit avoir déjà internationalisé le problème. Des documents accablants sont entre les mains de Transparency International, l?ambassade américaine, l?ambassade de France à Maurice, mais aussi d?autres institutions internationales qui ont soutenu les réformes de la douane dans cette région du monde.
Bert Cunningham affirme que le Premier ministre est le seul qui peut renverser la vapeur et donner un bon coup de balai à ces «mafieux» qui opèrent derrière ces institutions. Lui, se prépare à bientôt quitter le pays mais promet une «lettre ouverte et explosive au Premier ministre sur les affaires de corruption et de fraude à Maurice».
<B> Ses autres griefs...</B>
Ses soupçons, Bert Cunningham les porte aussi sur plusieurs affaires dont la vedette de la douane qui avait pris eau de manière suspecte. Ce n?est qu?après un an que cette vedette a été remplacée par la MRA, souligne-t-il.
L?ex-directeur des douanes déplore également que la MRA n?ait jamais rendu visite à la douane. Il en est de même pour son conseil d?administration et même de la direction. Selon lui, personne n?en avait cure de la douane.
Avec le Premier ministre, il a aussi fait état du fait qu?il a fonctionné sans budget pendant deux ans, seulement avec un «petty cash» de Rs 9 000. Et il ajoute que depuis deux ans, les douaniers n?ont toujours pas d?uniforme. «Je travaille avec un staff très réduit malgré mes griefs à la direction de la MRA», affirme-t-il.
● <B>Sudamo Lall : une commission d?enquête ne donnera rien</B>
Très irrité et énervé par les attaques de Bert Cunningham contre son organisme, le directeur de la «Mauritius Revenue Authority» (MRA) a déclaré à «l?express» hier qu?il ne veut pas entrer dans une «guerre futile» avec ce dernier. Il précise toutefois que c?est le conseil d?administration de la MRA qui a décidé de mettre un terme au contrat de l?ancien directeur des douanes. «Ce sont des hommes qui ne sont pas seulement du secteur public mais aussi ceux du privé qui siègent à ce conseil d?administration.»
Il a souligné que pour les cas dont fait état Bert Cunningham, la MRA avait eu l?avis du «State Law Office», qui dans certains cas comme celui des 7 000 caisses de whisky, avait statué «qu?il n?y avait pas de preuves». Selon Sudamo Lall, «on ne peut être plus royaliste que le roi quand on a un avis légal d?une institution de l?Etat. Every one has a right and no one is above the law of the country». Il estime qu?une commission d?enquête n?apportera rien car il faudra des preuves et ce sera difficile de les établir. A cela, Bert Cunningham répond qu?il aurait déjà fait placer un coffre-fort hors de sa maison contenant des documents «accablants». Des preuves, dit-il. Sudamo Lall souligne également que Bert Cunningham évoque des cas qui sont antérieurs à la création de la MRA.«On rapporte très gros au pays en termes d?argent», souligne Sudhamo Lall en défendant la MRA. Selon lui, Bert Cunningham est en train de «mix up the issues».
● <B> Un Mauricien à la tête de la douane ? </B>
Deux noms sont évoqués pour prendre la tête de la douane. L?un travaille au Fonds monétaire international (FMI) ; l?autre n?est autre que Paraschand Hurry qui a été nommé «Deputy Controller of Customs» en 1985. Il occupe de hautes fonctions à la tête du COMESA et est âgé aujourd?hui de 58 ans. En attendant cette nomination, c?est Champa Gunnoo de la «Mauritius Revenue Authority» qui dirige les affaires de la douane.
<B>Ces affaires racontées au PM</B>
<B> Importation frauduleuse de chevaux de course</B>
Bert Cunningham explique que son équipe avait mené enquête des mois durant sur l?importation frauduleuse de chevaux de course par le Mauritius Turf Club (MTC). Après avoir fait le compte, la douane est arrivée à la conclusion que la MTC doit payer des amendes de Rs 30 millions. Mais, au bout du compte, la MRA lui a seulement réclamé Rs 15 millions. «J?ai les documents d?ailleurs sur ce que j?avance. Il faut ouvrir une enquête sur cette affaire», soutient Bert Cunningham.
<B> Fraude sur l?importation de 7 000 caisses de whisky </B>
L?ancien directeur des douanes évoque ici «l?importation de 7 000 caisses de whisky importées frauduleusement de l?Ecosse». Il estime que le dossier justifie pleinement l?institution d?une commission d?enquête. Il raconte qu?avec l?aide des douaniers britanniques, son équipe avait établi qu?il avait bel et bien eu fraude impliquant Rs 300 millions. L?affaire avait été envoyée à la police qui l?a ensuite référée au bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP). Mais les poursuites ont traîné pendant des années et Bert Cunningham apprend finalement que des poursuites ne seront pas engagées contre l?importateur par manque de preuves. Cela, affirme Bert Cunningham, alors que les douanes britanniques étaient prêtes à témoigner, possédant même des documents de l?exportateur. «Trois mois après, j?ai demandé à revoir ce dossier et là on m?a fait savoir que le dossier a été volé à la douane. La police en avait également une copie qui pourtant avait été fournie par la douane, mais on m?a fait comprendre qu?on ne pouvait me le donner car il faudrait avoir l?avis du DPP.» Après enquête, Bert Cunningham dit avoir compris que cette affaire de corruption impliquait non seulement des hommes haut placés dans le gouvernement mais aussi au niveau du bureau du DPP. Et ceux-là avaient des liens avec cet importateur.
<B> Drogue à Rodrigues</B>
Bert Cunningham explique pourquoi il n?a jamais remis les pieds à Rodrigues. Selon lui, un douanier serait lié à une affaire de drogue dans l?île. Il explique que malgré ses interventions auprès de la MRA pour que des actions disciplinaires soient prises contre lui, ce dernier travaille toujours.
<B> Contrebande de cigarettes </B>
Autre dossier : la contrebande de cigarette dans laquelle quatre douaniers seraient impliqués. Ceux-là, affirme Bert Cunningham ont été réintégrés et même promus. Le courtier impliqué dans cette affaire a avoué être derrière ces importations de la Chine dans une déposition à l?ICAC. Bert Cunningham affirme avoir une copie de la déposition du courtier à l?ICAC mais ce dernier s?en est sorti indemne. L?ex-directeur des douanes dit avoir écrit personnellement à la direction de la MRA pour demander que la licence d?opération du courtier soit supprimée. Rien n?a été fait à ce jour, déplore Bert Cunningham.
<B> Saisie de Rs 70 millions de drogue</B>
Bert Cunningham estime que cette saisie de drogue est la plus grosse dans l?histoire du pays et était destinée à de «hautes personnalités du pays». «Sinon pourquoi cette attitude de la police ?» Il se réfère ici à la saisie par la douane de plus de Rs 70 millions de drogue, de haschich en provenance de Madagascar dans un yacht vers fin 2007. Bert Cunningham explique qu?il avait été surpris de voir que la police voulait, à un certain moment, rapatrier les six femmes malgaches impliquées dans ce trafic. La police avait avancé des raisons bidons, dit-il, à savoir qu?elles n?avaient pas de passeports et étaient sans argent.
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