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Création artistique par déformation cohérente
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Création artistique par déformation cohérente
L?une recompose le jardin idéal, l?autre déforme le visage pour en faire un masque. Les Gupta s?inscrivent de toute évidence dans la lignée des artistes qui sculptent la volonté de déformer pour mieux reformer. Leurs créations authentiques sont des ?déformations cohérentes?. Déformation, parce que la première n?hésite pas à donner à certaines plantes une couleur artificielle. Déformation, parce que le masque même est par définition un remodelage du naturel, comme chez le second. Mais ces créations se veulent cohérentes parce qu?elles relèvent des codes de l?esthétique.
La création artistique par déformation cohérente tend à produire un réel artistique qui ne correspond pas à notre monde tangible. Il y a de la part de ces artistes un refus d?imiter la nature tout en utilisant ses éléments comme fondement de leurs ?uvres. Ce faisant, ils font de celles-ci un prolongement du réel dans l?imaginaire. Et c?est là, dans l?imaginaire, que la coïncidence entre leur vision du monde et le réel, c?est-à-dire notre monde, est réalisée. Ce qui transparaît, au-delà de la déformation cohérente, c?est la vision propre aux artistes. Elle est une manière d?imaginer le réel, une manière d?appréhender le monde par un type de conscience qu?est l?acte d?imaginer.
L?objectif des artistes se dévoile donc dans le rapport que ces derniers instaurent entre la conscience de l?observateur et son monde. Il s?agit de faire entrer ce dernier dans un monde imaginaire sans perdre contact avec la réalité, car le lien ne se rompt à aucun moment, à aucun passage dans l?art. Les tableaux réalisés et les figures sculptées deviennent des objets intermédiaires entre ce monde irréel et le réel concret. Puisque le lien ne se rompt pas, l?accès au monde imaginaire, à l?aide des formes et des couleurs, est une invitation à revoir le réel, à l?interroger, du fait que toute ?uvre authentique est interrogation de la nature qui nourrit le monde de l?imaginaire.
Mais l?interrogation est par nature un jugement. La déformation de la nature est un jugement porté sur la nature même. Ce qui fait de la création artistique, qui adopte comme fondement la déformation cohérente, un procès du réel ? procès instauré à la suite d?une accusation. Car derrière cette déformation qui se veut jugement, s?affiche une interrogation à valeur accusatrice. L?art chez les Gupta résulte d?un procès intenté à la nature.
La déformation, qui est le jugement issu de ce procès, est donc une réparation esthétiquement moralisante. Elle restitue à la nature ce manque esthétique en l?arrachant de son état d?incomplétude afin de lui donner sa forme idéale. La substance manquante ne provient pas du dehors, du surnaturel, mais de la nature elle-même. Si elle n?est pas dans la couleur, elle est dans la forme. Et c?est en ce sens que les ?uvres des Gupta marquent leur appartenance au réel.
Pour extraire la part du merveilleux de la nature et en faire une ?uvre d?art, l?esprit de nos artistes a dû vaincre le vertige qui les habite. Et c?est bien pour ça qu?ils appartiennent aux temps modernes.
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