Publicité

Croiser le fer

13 avril 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Aline GROËME-HARMON

Il est au désespoir. Satianand Kistnamah est bien décidé à trouver des barres pour terminer la construction de sa maison. Cela fait trois semaines qu?il a fait poser les plaques de coffrage de son toit de sa demeure à Chemin-Grenier. Trois semaines qu?il attend de trouver des barres de fer pour couler la dalle.

«Tou le zour zot pe roul moi.» Il a tout essayé. à Chemin-Grenier, les quincailleries sont en rupture de stock. à Surinam, pas question d?acheter la barre de fer à Rs 125 ? Rs 130 alors que le prix que Satianand a l?habitude de payer est de Rs 101.70. «Sa pou defons mo budget.»

Alors, jeudi, il a décidé de faire le trajet de Chemin-Grenier à La Pipe pour acheter directement chez Samlo, le fabricant. Il repartira bredouille. «On m?a dit d?attendre, de retourner chez les quincailliers.»

En voyant le ballet de voitures chez Samlo, les employés qui mettent un semblant d?ordre dans la cour boueuse de la fonderie, Satianand se dit qu?il tient sa chance. Quand il apprend que c?est justement le ministre du Commerce qui vient visiter la fonderie, ce «consommateur déçu» comme il se qualifie, se dit qu?il parlera personnellement de son problème au décideur. Mais Satianand se ravise. Il se souvient qu?il porte un short et des savates éponge. Que ce n?est pas «une tenue convenable» pour approcher le ministre. Satianand se contentera de lui serrer la main. De bégayer quelques mots avant que le ministre, pris par la visite des lieux n?accorde son attention à Rajiv Gowressoo, chairman et managing director, qui lui fait faire le tour du propriétaire.

Première étape, un tour des deux fourneaux en construction, dotés d?une capacité de dix tonnes. Deux puits où faire fondre les métaux. Tous ces matériaux stockés à ciel ouvert dans cette cour immense. Là, des collines d?objets rouillent en silence, en attendant d?être transformés en barres de fer.

Carcasses de voitures, jantes, ventilateurs, squelettes de bicyclettes, bonbonnes de gaz industriel et ménager, lambeaux de tôle cannelée. Des tonnes de déchets venues des quatre coins de l?île. Ramassés dans quelles conditions ? Surtout quand on connaît les cas de vol de décorations des tombes dans les cimetières ou d?objets publics.

Une odeur de sucre chaud

Mais c?est une autre histoire. Celle de Samlo est avant tout l?histoire d?un créneau : la ferraille. Un coup d??il à la salle de contrôle des machines, un tour là où les grosses pièces, comme les bonbonnes, sont découpées à l?acétylène puis compacter pour faciliter le procédé de transformation.

Nous atteignons la fonderie elle-même. C?est l?équivalent d?une grosse marmite où le fer est mis à fondre comme on ferait fondre du beurre. Tabliers, masques protecteurs sont nécessaires dans cette cuisine qui sent fort l?odeur de brûlé. Une cloche tinte à intervalle régulier. C?est pour signaler que la grue qui fournit la marmite en ingrédients est en action au-dessus de nos têtes. La température du four avoisine les 1 800° C.

La composition de la matière sera ensuite analysée dans le laboratoire situé juste à côté, pour vérifier s?il est conforme aux normes de qualité. Notamment en pourcentage de carbone, d?aluminium et de cuivre. Un tour par le «rolling mill», comme deux rouleaux de pâtisseries entre lesquels passe le métal. Dans l?air flotte une bonne odeur de sucre chaud. Rajiv Gowressoo explique que c?est la mélasse qui mélangée à une sorte d?argile agit comme matière isolante.

Les billettes sont prêtes à être transformées en serpent qui danse. En barres de fer aussi prisées que de l?or sur le marché. Nouvelle épreuve du feu, aux alentours de 1 700° C. Le lingot d?acier se transforme en un fil rouge incandescent qui semble animé de vie quand il passe sur les différents niveaux de la chaîne. Le bruit des machines s?est carrément intensifié. Impossible de s?entendre sans crier. Au bruit de roulaison, s?ajoute celui de l?eau qui tombe en cascade des engrenages.

Le filet de fer, barre précieuse qui soutient maisons et bureaux sort de la machine, longiligne. Des bras en sueurs n?ont plus qu?à le saisir à l?aide de pinces avant que d?autres ne l?attachent par paquets près à embarquer. Direction les chantiers.

NOUVELLE UNITÉ

Samlo augmente sa production

Une nouvelle unité de production pour les barres de fer de 6mm est en construction à La Pipe. Si tout va bien, d?ici une quinzaine de jours, Samlo fournira 30 tonnes de barres de 6 mm par jour. Rajiv Gowressoo explique que la production est de 1 000 tonnes par mois et que d?ici le 20 avril, elle sera augmentée de 5 000 tonnes par mois, «ce qui va couvrir les besoins du marché local, qui est à 6 000 tonnes par mois». Il devait préciser que Samlo a maintenant recours à l?importation de ferraille.

Publicité