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Crises d?amnésie à la Sécu
Pensions supprimées sans raison, remboursées presque sans aucune explication, voilà le quotidien de certains bénéficiaires des pensions d?invalidité. Une situation qui a pris de l?ampleur. Récemment, c?est une négligence des données informatiques qui en a privé plusieurs malades. Lenteur et mauvaise gestion du système, voici un secteur où c?est parfois le capharnaüm.
«Ma belle-s?ur est handicapée mentale, elle a toujours perçu une pension. Un jour, elle n?a plus rien touché, sans savoir pourquoi. Cela a duré neuf mois », explique Josiane (prénom fictif), de Bambous.
En effet, à chaque début de mois, le 3 plus précisément, Josiane se rend à la poste pour récupérer la pension de sa belle-s?ur, qui est handicapée mentale. Âgée de 34 ans, Stéphanie (prénom fictif) a toujours reçu de la Sécurité sociale une pension, d?un montant d?environ Rs 2 000. Comme à l?accoutumée, Stéphanie se rend au board médical pour renouveler sa pension. « Il y a quelques mois, Stéphanie s?y est présentée. Ce contrôle a lieu une fois tous les deux ans, et permet aux services médicaux de s?assurer que son état mérite une allocation. On nous a dit que nous aurions la réponse au bout de deux ou trois mois », explique Josiane.
Des visites sont, en effet, nécessaires pour garantir l?état d?invalidité de chaque malade. Ces dernières ont lieu à fréquences variables, selon l?état de santé de chacun : « Une personne déclarée invalide à 60 % et plus par un médecin bénéficie d?une pension selon une durée déterminée, allant de trois mois à deux ans. Une fois cette période passée, la personne déclarée malade doit se présenter devant le board medical afin de définir si elle réunit les critères nécessaires pour justifier une allocation. Si ces critères ne sont pas convaincants, la pension lui sera refusée et elle devra faire une nouvelle demande », souligne un haut cadre du ministère de la Sécurité sociale.
Mais au bout de trois mois, la famille de Stéphanie ne reçoit aucune lettre. Elle décide alors de se déplacer à la Sécurité sociale de Bambous, mais aucun renseignement ne lui sera délivré. C?est au bout de plusieurs coups de téléphone, passés chaque semaine, que la famille apprend que Stéphanie est victime d?une erreur informatique. « Nous avons appelé la Sécurité sociale tous les jours, pendant des semaines. Un jour, ils ont fini par nous avouer que lors de sa visite au board medical, les médecins ont validé le cas de Stéphanie et qu?elle a droit à une pension jusqu?en 2010. Le problème, c?est qu?à la suite d?une erreur lors de la saisie des données, le nom de Stéphanie a été effacé. Par conséquent, comme son nom n?était pas inscrit sur l?ordinateur, on ne pouvait pas recevoir le chèque. Le pire, c?est qu?on nous a dit que le cas de Stéphanie n?était pas isolé », s?indigne Josiane.
Contacté à plusieurs reprises par l?express-dimanche afin d?obtenir une explication sur cette défaillance, le ministère de la Sécurité sociale ne s?est pas exprimé.
Et de tels dysfonctionnements sont monnaie courante. Autre cas, celui de Ma-rie-Rosemay. Cette femme, atteinte de différents maux, ne perçoit plus de pension depuis plus d?un an alors que le board medical lui a accordé une pension jusqu?en 2008. « Selon le board, ma mère devait percevoir une pension jusqu?en 2008. Mais depuis l?année dernière, elle ne touche plus rien. Lorsque je me suis rendu à la Sécurité sociale pour en connaître la raison, on m?a expliqué que la pension de ma mère est toujours versée. Par conséquent, quelqu?un doit bien toucher une allocation à sa place. Je suis allé porter plainte au CCID mais rien n?a été fait », raconte Nicolas, de Curepipe.
Des pensions versées par la Sécu, mais encaissées par d?autres, sont un phénomène assez fréquent. « En avril 2007, je n?ai pas pu toucher ma pension. J?ai téléphoné au NPF (National Pension Fund) de Curepipe pour en connaître la raison. Là, on m?a expliqué que ma pension était toujours versée et que quelqu?un la percevait. Ce qui est incroyable, parce que je suis la seule à pouvoir encaisser la pension », rapporte Françoise, qui est atteinte du lupus.
« Je n?ai pas eu de réponse »
Contrairement à Stéphanie, il est très difficile de remonter à l?origine de ces cas : « Pour récupérer sa pension d?invalidité, il est nécessaire de se présenter avec sa pièce d?identité et sa carte de pension qui porte un numéro d?identification. Certaines personnes en autorisent d?autres à récupérer la pension à leur place. Il se peut qu?il y ait des confusions à ce moment-là. Nous ne pouvons pas avoir de contrôle là-dessus », se défend un haut fonctionnaire du ministère de la Sécurité sociale.
Françoise devra attendre trois mois et passer en direct sur une radio privée pour que son cas soit réglé. « On m?a demandé le numéro de ma pièce d?identité, et on m?a dit que je devais attendre car il y avait des cas plus urgents avant moi. En mai, j?ai à nouveau pris contact avec la Sécurité sociale, et je n?ai pas eu de réponse. Finalement, en juin je suis passée en direct sur une radio pour dénoncer mon cas. Ce n?est qu?à ce moment-là que des officiers de Port-Louis ont pris mon cas en considération et que j?ai pu, à nouveau, toucher ma pension », ajoute Françoise.
Toutefois, passer à la radio n?est pas toujours la solution miracle. « En novem-bre 2007, je suis passé sur les ondes pour expliquer le problème de ma mère. J?ai parlé à des responsables en direct, et là, on m?a assuré que mon cas serait pris en considération et que mon dossier ne passerait pas sous la table. Pourtant, c?est ce qui s?est passé. Car nous n?avons aucune nouvelle depuis », souligne Nicolas.
En attendant, Nicolas est seul à subvenir aux besoins de sa mère. « Depuis un an, je finance les soins de ma mère, et il y a aussi d?autres besoins que j?assume seul. Heureuse-ment que je suis là, car seule, je ne sais pas comment elle aurait fait », poursuit-il.
« Durant la période où Stéphanie ne percevait plus de pension, nous avons emprunté de l?argent à des connaissances. Car si la pension n?est plus là, la maladie ne disparaît pas et les soins doivent continuer. Pendant neuf mois, nous avons dû avancer les Rs 2 000 que perçoit Stéphanie », ajoute Josiane.
Neuf mois d?attente
Plus que l?aspect financier qui engendre un effort important pour les familles, ce sont aussi des démarches lourdes et con-traignantes pour elles. « Pour pouvoir faire toutes ces démarches, j?ai été obligée de m?absenter du travail à plusieurs reprises. Ce n?était pas facile et d?autant plus décourageant lorsque l?on n?obtenait pas les réponses souhaitées », se remémore Josiane.
Si le cas de Marie-Rosemay n?est pas encore résolu, celui de Stéphanie a connu un dénouement plus agréable, car lundi dernier, sa famille a appris qu?elle serait remboursée. Soit une somme s?élevant à Rs 20 000, total des neufs mois d?allocations n?ont perçues.
« Je ne comprends pas que, dans un pays comme Maurice, on ait besoin de neuf mois pour résoudre des problèmes aussi simples. Il s?agissait simplement d?un nom manquant sur un ordinateur. Je ne comprends toujours pas pourquoi la Sécurité sociale n?a pas tout simplement refait le dossier de ma belle-s?ur. Cela nous aurait peut-être évité neuf mois d?attente interminable », conclut Josiane.
Alexandra ORAISON
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