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Corinne Fleury, la fée des livres
Elle parle avec les mains et ses magnifiques yeux de biche, comme pour donner encore plus de poids à chacun de ses propos. Dans sa voix posée , on devine un respect indéniable pour le livre. Plus qu’un respect, une véritable passion. Corinne Fleury, 25 ans, est venue à la littérature jeunesse comme on vient à la lecture. Tout simplement, avec une irrésistible envie de découverte et d’émotions. « Je ne savais pas qu’on pouvait faire des études en littérature jeunesse », confie-t-elle, alors que l’un des profs de la faculté des lettres et langues à l’université de Poitiers, présente un module en littérature jeunesse et métiers du livre. Baba devant les livres et albums pour enfants, elle saute sur l’occasion.
Ce choix lui ouvre un univers extraordinaire, où elle côtoie de nombreux écrivains pour les jeunes dont Guillaume Guéraud, Régis Lejonc et Jeanne Benameur. Quand elle n’est pas à l’université, Corinne passe le plus clair de son temps dans les librairies jeunesses et les médiathèques pour enfants. Dans ce monde, le livre prend une autre dimension. « Il se fait ludique pour intégrer l’environnement de l’enfant au même titre qu’un jouet. Le côté sensoriel prime : l’enfant a besoin de toucher le livre, de le sentir pour l’adopter. Cela contribue à désacraliser le livre et la lecture », explique-t-elle.
Après la licence, elle poursuit ses études avec une maîtrise en lettres modernes avec une spécialisation en littérature jeunesse. Son mémoire porte sur l’un des auteurs et illustrateurs jeunesses les plus lus et vendus en France, Claude Ponti. Une quarantaine d’albums et un style d’écriture et de graphisme très particulier. Des jeux de mots comme autant de clins d’œil à des titres de livres, et tout cela dans un graphisme se rapprochant de la BD. « J’ai été amenée par la suite à animer un atelier plastique et littéraire sur les livres de Claude Ponti pour des enfants de 7 à 8 ans, à l’école primaire Charles Guéry, à Chartres. Ils ont construit un livre à la manière de l’auteur, créé des personnages et des dessins, et imaginé la couverture. Les enfants débordaient d’enthousiasme. Pour moi, cela a été une journée mémorable, à la fois parce que je les ai aidés à créer et aussi parce que j’ai appris à les connaître et à les apprivoiser. Car le livre, affirme-t-elle, est aussi une question de relation. »
Des stages dans des maisons d’éditions françaises
Son diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) à l’université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, s’oriente vers la création éditoriale, en compagnie de onze autres étudiants. Ils sont encadrés par l’éditeur Jean-François Manier, de la maison d’édition Cheyne, et d’autres professionnels du métier : éditeurs, imprimeurs, diffuseurs, libraires, avocats… Le projet de Corinne : lancer une maison d’édition jeunesse à Maurice. Dans cette optique, elle fait des stages chez Albin Michel jeunesse et aux Éditions de la Martinière beaux livres et participe également à plusieurs Salons du livre, dont celui de Montreuil – le plus grand salon de littérature et de presse jeunesse en France – en décembre 2003, avec les Éditions du Rouergue. « Cette maison est particulière dans la mesure où elle mise beaucoup sur le côté graphique pour surprendre le public. J’ai passé des moments fabuleux lors de ce salon ; j’ai eu des échanges très enrichissants avec les nombreux auteurs et illustrateurs pour la jeunesse qui y étaient », raconte-t-elle.
Son DESS en poche, Corinne ne perd pas de vue son objectif : mettre en place une maison d’édition jeunesse mauricienne. Mais avant, elle tient à acquérir le maximum d’expérience auprès des maisons d’éditions françaises. « Dans un premier temps, ce serait enrichissant de reprendre les contes mauriciens pour les illustrer et par la même occasion d’établir une collaboration entre auteurs et illustrateurs français et mauriciens. J’y travaille, car je pense que cette collaboration mènera vers un partage des cultures et des visions », affirme-t-elle. Ce qui l’intéresse, c’est de créer une atmosphère éditoriale, de donner plus d’espace aux auteurs jeunesse mauriciens. « Les sujets ne manquent pas à Maurice, pourquoi ne pas les aborder par le biais de la fiction ? Il faut aussi qu’il y ait plus d’animations autour du livre à travers divers salons et ateliers », ajoute-t-elle. Des idées, Corinne en a plein la tête, mais il lui faut juste un peu de temps pour leur donner forme. Comme lorsqu’on écrit un livre…
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