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Contrefaçon : menace au volant
«Vous voyez ces plaquettes de freins ? Eh bien, elles sont contrefaites et de qualité très douteuse. J?ai étudié leur qualité et je suis persuadé qu?elles sont à l?origine de l?accident qu?a connu cette voiture à cause d?un freinage défectueux. » Les propos de Jean-Marc, un ingénieur qui a longtemps travaillé en région parisienne comme expert en accidents pour le compte d?assureurs, font frissonner. Nous sommes à Port-Louis et une voiture ? ou ce qui fut une voiture ? est mise à l?encan « pour le compte des assureurs ». La berline japonaise de six ans n?est plus qu?une épave et l?on devine sans peine la violence de l?accident.
« Nous estimons que 6 % des pièces de voitures en vente à Maurice sont des faux », avance Brian Burns, directeur après-vente chez Axess, concessionnaire de Citroën, Ford, Isuzu, Maruti Suzuki et Mazda. « Ce sont surtout les marques japonaises qui sont touchées », ajoute un autre concessionnaire.
Quels sont les produits les plus copiés et comment ? « La contrefaçon est la plus présente dans le domaine des filtres (à air ou à huile), des plaquettes de freins et des essuie-glaces », constate Brian Burns. Axess se plaint également de la présence sur le marché de produits contrefaits Valeo, n° 1 mondial d?équipements de voitures.
« Rien que le coût humain de ces produits contrefaits devrait pousser les autorités compétentes à réagir », plaide Jean-Marc. « Des filtres ou des essuie-glaces fake ne sont pas vraiment dangereux, mais des freins défectueux risquent de causer mort d?homme », rappelle Brian Burns.
Une visite chez des commerçants de la capitale est instructive : on y trouve des plaquettes de freins dans un emballage pareil à l?original (mêmes design, couleurs et caractères), mais avec un nom presque identique (« Toyoda » au lieu de « Toyota »). Renseignement pris, chez le concessionnaire de Toyota, ces plaquettes coûtent Rs 2 710 (+ TVA) alors que rue Bourbon, on en trouve à Rs 1 050 (+ TVA).
« On vient de me proposer l?un de mes produits supposedly genuine à moins de 50 % du prix que j?obtiens moi-même de mon fournisseur étranger », s?insurge Brian Burns.
<B>Un véritable réseau</B>
« Inutile ici de venir parler de sécurité. J?estime le marché des pièces de voiture contrefaites à Rs 200 millions par an environ. Je ne tiens pas compte des produits de qualité d?autres marques que l?on peut "monter" sur différentes voitures », assure un chef de garage d?un important concessionnaire de voitures japonaises.
D?où viennent ces pièces contrefaites ? « 80 % proviennent de Chine et de Taïwan, le reste principalement de l?Europe de l?Est », constate-t-il, en affirmant suivre « ce dossier de près ». Selon lui, « bien que nous représentions une part importante du marché », il est difficile et cher d?agir contre les importateurs de pièces contrefaites. « On vous dira que ce secteur fait vivre un certain nombre de personnes. De plus, c?est politically very sensitive. »
« Une enquête personnelle me permet d?affirmer qu?il existe un véritable réseau qui importe, en petites quantités, des pièces de voitures non "dangereuses" et faciles à transporter. Cela se fait par l?intermédiaire de personnes revenant de l?Asie du Sud-Est », affirme le garagiste. Propos qui font écho à ceux d?autres concessionnaires. D?où l?accueil enthousiaste des professionnels de ce secteur à l?annonce du contrôleur des douanes, Bert Cunningham, que des scanners à rayons X seront bientôt opérationnels à Plaisance.
« Le plus gros du marché reste l?importation par conteneurs de pièces. Les factures sont souvent fausses et ne coïncident pas avec le contenu réel des conteneurs. Même si la douane ne peut pas tout contrôler, il est tout de même étonnant que les conteneurs de certains importants importateurs de pièces de voiture contrefaites ne sont jamais ouverts par des douaniers », déplore-t-il.
En attendant que les autorités décident d?agir, les risques d?accidents sur les routes mauriciennes à cause de pièces contrefaites sont, eux, bien réels.
<B>Une industrie prospère</B>
La contrefaçon a de beaux jours devant elle ? et ce, malgré tous les efforts déployés pour la combattre. La contrefaçon représente, selon les chiffres, près de 10 % du commerce mondial, occasionnant un manque à gagner d?au moins 300 milliards d?euros par an. Environ 150 industriels et entrepreneurs mauriciens se sont retrouvés, jeudi dernier, à l?initiative de la Chambre de commerce et d?industrie et de la mission économique de l?ambassade de France à Maurice, pour une journée anti-contrefaçon. Organisée par Bao Communication à l?hôtel Labourdonnais, cette journée a permis aux professionnels, souvent victimes de contrefaçon, ou à ceux qui traquent les produits contrefaits, de confronter leurs expériences.
La journée s?est déroulée en deux parties. La première a permis de : rappeler la volonté politique et institutionnelle de lutter contre la contrefaçon ;présenter le cadre réglementaire de Maurice ; réaffirmer la volonté de sauvegarder la propriété intellectuelle par les autorités concernées.
La seconde partie a consisté en tables rondes qui ont permis des échanges entre professionnels qui font face à la contrefaçon et de trouver des solutions adaptées. Plusieurs intervenants, étrangers et mauriciens, ont souligné l?importance pour Maurice d?éliminer tant la production locale que l?importation de produits contrefaits, au risque de faire fuir l?investissement étranger. Le ministre James Burty David, au nom du gouvernement mauricien, a affirmé la volonté de la République de Maurice de tout faire pour combattre la contrefaçon.
À la suite de cette journée, une centaine de douaniers du port et de l?aéroport ont participé, vendredi, à deux ateliers de travail sur l?identificationdes produits authentiques et contrefaits de grandes marques.
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