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Consigne colonialiste : décourager le développement des îles lointaines

24 juin 2008, 00:00

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Le témoignage de Sir René Maingard de la Ville ès-Offrans devant le comité parlementaire restreint, chargé, de juillet 1982 à juin 1983, de faire la lumière sur l?excision arbitraire des Chagos du territoire mauricien, en 1965, fournit la preuve que, dès 1959, la puissance colonialiste anglaise s?efforce de faire obstacle à tout projet de développement dans cet archipel. On peut se demander pourquoi.

En fait, l?importance stratégique des Chagos, au milieu de l?océan Indien et relativement éloigné des îles environnantes et a fortiori des pays continentaux riverains (Afrique de l?Est, Moyen-Orient, Inde, Sud-Est asiatique, Australie) n?échappe à aucun stratège et ce, dès le XVIIIe siècle. Nous en voulons pour preuve les visites de prospection de navires allemands à la fin du XIXe siècle, à l?instar du Valdivia en 1899-1900, et même en pleine Première Guerre mondiale (le redoutable croiseur Emden dont l?équipage reçoit pourtant un accueil princier de la part des habitants des Chagos qui ignorent tout des hostilités, opposant l?empire allemand au reste de l?Europe ou presque. Ils ne savaient pas non plus que Benoît XV avait succédé au pape Pie X décédé).

Plus près de nous, pendant la Seconde Guerre mondiale, les Chagos excitent la convoitise de stratèges américains, déjà en quête de repli indocéanique, en cas de perte de leurs bases aux Philippines. Plusieurs Mauriciens clairvoyants, en poste dans cet archipel, entre 1939 et 1945, peuvent témoigner que ces visites n?étaient pas aussi anodines qu?ils voulaient faire accroire. On peut se poser les mêmes questions autour du voyage (sans précédent) du gouverneur Sir Robert Scott aux Chagos, dans les années 1950.

Il est symptomatique, en tout cas, qu?à aucun moment les innombrables experts, forcément anglais, qui débarquent à Maurice, entre 1945 et 1965, ne se hasardent à suggérer que nos îles lointaines se prêtent fort bien à divers développement (pêche, huile, savonnerie, tourisme, élevage, cultures spécifiques) pour peu qu?on les dote de moyens infrastructurels adéquats (liaisons maritimes et aériennes dignes de ce nom, énergie électrique, meilleure captation des eaux pluviales, soins médicaux, système éducatif pour les enfants). Ces projets auraient largement permis d?estomper le sentiment éprouvé par leurs habitants d?être des oubliés du bout de monde, devant attendre le prochain bateau dans au moins six mois, naufrages non compris.

L?absence de tout développement aux Chagos, à l?instar du constat analogue qu?on peut faire, en 2008, à Agaléga et aux îles Cargados Carajos, peut-être imputable à l?incapacité notoire d?une partie de notre secteur privé de sortir des sentiers battus et de faire preuve d?imagination. On peut tout autant imaginer le gouvernement colonialiste anglais, faisant alors appel à ses nombreux espions, au sein de nos différents conseils d?administration, pour étouffer dans l??uf toute velléité de développement d?une île lointaine. Et si par malheur, un entrepreneur, aussi entreprenant que René Maingard de la Ville ès-Offrans, ose mettre sur pied un projet de développement aux Chagos ou à Agaléga, on peut compter sur l?Hôtel du Gouvernement, ou pis encore, sur le château du Réduit, pour tout bloquer sur le plan administratif. A croire que tout est mis en ?uvre pour que les Mauriciens ignorent jusqu?à l?existence de leurs îles lointaines. Faut-il rappeler, ici, ces innombrables manuels scolaires concoctés en Angleterre, par des Anglais, pour plaire aux Anglais, dans lesquels le territoire mauricien ne comprend pas les Chagos. Au nom de la même stratégie, l?on peut penser, aujourd?hui, qu?Agaléga et Saint-Brandon sont condamnés à un sous-développement chronique afin de permettre, demain, à de nouveaux traîtres de dirigeants politiques d?offrir ces îles lointaines, nous appartenant, à des pays étrangers ayant toute leur complaisance.

En 1959, le Pr James Meade, Prix Nobel de Sciences économiques 1977, vient étudier les perspectives économiques de Maurice. Il juge inutile de se rendre à Rodrigues, aux Chagos et dans aucune île lointaine. Il conclut que Maurice n?a aucun avenir politique et sera bientôt rayée de la carte du monde, au grand dam d?un étudiant indien nommé Manmohan Singh.

En septembre/octobre 1961, René Maingard, Octave Wiehé et le Seychellois Paul Moulinié étudient, à la requête de Rogers, le développement des Chagos. Il s?agit de restructurer la production du copra aux Chagos pour promouvoir l?industrie mauricienne des huiles comestibles et du savon. De leurs conclusions dépend la décision de Rogers d?acheter 55% des actions des deux compagnies exploitant alors les Chagos. Ils proposent que le gouvernement mauricien participe au projet pour un tiers des actions, le reste étant partagé entre Rogers et ces deux compagnies. Réunion au Réduit avec le gouverneur Colville Deverell, le secrétaire colonial Tom Vickers, le secrétaire financier Alan Bates et Seewoosagur Ramgoolam. Veto total des colonialistes anglais à ce projet, sous prétexte que Meade y est hostile.

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