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Conscience solidaire

8 janvier 2005, 00:00

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Il est beau cet élan de générosité des Mauriciens vis-à-vis des sinistrés du tsunami qui a suivi le séisme du 26 décembre dernier. Un tel mouvement de solidarité ne peut être que salué. Une nouvelle fois, l?île Maurice fait la démonstration de son altruisme. Cependant, il importe de remettre certaines choses en perspective. Il est en effet malheureux que derrière le tableau philanthropique se laisse entendre une cacophonie certaine.

C?est l?histoire d?une association dirigée par des personnalités publiques relativement connues. Celles-ci, comme tant d?autres Mauriciens, veulent venir en aide aux rescapés de la catastrophe qui s?est abattue sur certains pays. Interrogées pour savoir de quelle manière elles allaient acheminer les dons récoltés, ces personnalités ont fini par répondre qu?elles connaissent quelques Sri Lankais à Maurice et que ces derniers allaient faire parvenir ces dons à leurs familles sinistrées. L?intention est évidemment louable mais la manière d?opérer laisse dubitatif.

C?est l?histoire de quelques dirigeants d?une association socioculturelle qui, après le drame, ont trouvé que certaines victimes méritaient un peu plus leur sympathie parce qu?ils appartiennent à la même confession qu?eux. Eux aussi ont lancé des appels de solidarité.

C?est l?histoire de quelques institutions publiques qui, pour ne pas être en reste du mouvement national, font des appels de dons. C?est une mode. C?est une manière pour éviter des critiques. C?est une générosité dans la forme.

C?est l?histoire d?un gouvernement qui, devant la multiplicité d?initiatives enclenchées, a été complètement pris de court et se voit désormais contraint d?appeler à une cohérence des actions. C?est peut-être déjà trop tard. Lorsqu?on n?est pas capable d?anticiper, on est forcément en retard dans ses responsabilités en tant que responsables de l?Etat.

Ce ne sont pas des histoires fictives. Ce sont des faits. On ne pratique pas l?humanitaire en amateurs. On n?exprime pas la solidarité si on la soumet à des considérations futiles et rétrogrades. Appeler une population à faire des dons et prendre la responsabilité de les acheminer impliquent la maîtrise d?un mécanisme complexe. Nos «humanitaires» mauriciens en sont-ils conscients ?

La tragédie qui a frappé les populations sinistrées a engendré un élan mondial et national. Il est compréhensible et tout à fait légitime que chacun veuille apporter sa petite contribution pour alléger la douleur des populations touchées. Toutefois, on n?ira nulle part si on va dans tous les sens. Malheureusement, c?est ce qui se passe aujourd?hui. On sollicite de toutes parts des dons à toute une population. Est-ce la meilleure façon d?opérer et d?être efficace ? N?y a-t-il pas un risque d?abrutissement de la population ?

A chacun désormais d?assumer ses responsabilités. Même si personne ne peut être accusé de pratiquer du misérabilisme ou d?être intéressé par son initiative, il ne fait pas de doute que l?objectif premier de la mise en place de la chaîne de solidarité exige une approche intégrée. Pour des questions d?efficacité mais aussi pour éviter toute confusion, l?Etat aurait dû depuis les premières heures de la catastrophe prendre la responsabilité de coordonner et de diriger les initiatives de générosité.

Il ne s?agit pas de pratiquer du moralement correct. Il est encore moins question de penser à un quelconque capital à tirer. Nous avons certes pris l?habitude de faire certaines choses rien que pour la forme. Ce n?est pas le cas dans le geste de solidarité actuellement. Mais ce serait peut-être une occasion de se poser la question de l?authenticité de sa conscience solidaire.

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