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Comprendre les rapports des hommes à la nature

19 février 2008, 00:00

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C?est une Yildiz émue de l?honneur qui lui est conférée, qui communique avec nous par courriel. Elle espère que cette médaille qui lui donne «plus d?assurance et d?autorité» dans son domaine, facilitera l?obtention de son Habilitation à Diriger des Recherches (HDR), condition sine qua non en France pour diriger des thèses. «Pour les chercheurs, c?est primordial pour que nous puissions transmettre notre savoir-faire».

Yildiz est la jeune s?ur de Shirin Aumeeruddy-Cziffra, l?Ombudsperson for Children. Elle grandit dans un milieu très ouvert. Ses parents croient en l?acquisition des connaissances, en le côté formateur des voyages, en l?importance des langues étrangères. Depuis qu?elle est enfant, le jardin familial constitue pour elle un important terrain de jeux. Son arrière-cour regorge d?arbres fruitiers et d?épices alors que l?avant-cour est une pelouse bordée de plate-bandes bien alignées. Sa mère, jardinière hors-pair, l?initie à l?art du jardin. Au contact de ses oncles maternels qu?elle qualifie de «vrais naturalistes», elle découvre l?univers des plantes. Le décor pour sa future carrière est... planté.

C?est à l?école Philippe Rivalland qu?elle effectue sa scolarité primaire. Mais sur les conseils de son frère aîné, Aboo, qui poursuit des études supérieures en France, elle est admise au Lycée Labourdonnais pour sa scolarité secondaire. Yildiz se passionne pour la philosophie mais aussi pour les sciences naturelles.

Son modèle lorsqu?elle grandit, c?est Shirin. «Shirin a joué un rôle fondamental dans ma vie. Elle était vraiment la grande s?ur, le modèle. Elle m?a donné la force de transgresser certaines traditions trop lourdes et donné l?envie de me battre, de ne pas toujours laisser la parole aux autres et de dire ce que j?avais à dire».

Lorsque Yildiz se rend en France pour ses études supérieures, elle opte dans un premier temps pour les sciences écologiques. Avant de se tourner vers les sciences sociales et plus particulièrement vers l?ethnologie car elle veut comprendre «l?histoire et les rapports de nos sociétés respectives à la nature. Rapports qui sont différents bien que nous soyons fondamentalement semblables».

Ce qui lui permet, avec recul, de porter un regard autre sur la nature, notamment sur le jardin familial où elle a grandi et mieux expliquer sa motivation dans ses recherches. «Le jardin d?arrière-cour et celui de l?avant-cour sont deux facettes ambivalentes signant l?histoire politique de Maurice : la face épicée, indienne, cachée où perdure l?identité, et la face ostensible représentant le monde des colons français et anglais. Ces deux facettes représentent deux façons de traiter les plantes, également deux manières qu?ont les hommes de se traiter entre eux, la manière orientale et celle occidentale. J?ai été imprégnée de ces deux mondes et je navigue entre eux, cherchant à comprendre ce que les relations des hommes aux plantes nous dit de l?histoire des hommes».

C?est à Sumatra, île d?Indonésie qu?elle démarre ses recherches de diplôme d?études approfondies. Son travail porte alors sur les agroforêts, jardins forestiers. Pour sa thèse, elle étudie les rapports du peuple Kerinci à la forêt indonésienne dans le but de mieux comprendre «la dialectique entre représentations sociales de la nature, pratiques et savoir locaux qui montrent que les hommes domestiquaient concrètement l?ensemble de l?écosystème et que pour arriver à leurs fins, ils nouaient des relations particulières avec les génies de la forêt».

<I>«La science n?a à ce jour pas donné que de bonnes idées. Je pense aux organismes génétiquement modifiés, à la bombe atomique»</I>

Pour pouvoir prétendre à un poste au CNRS, elle doit délaisser les écosystèmes tropicaux. Ce qui l?amène à travailler sur le programme People and Plants? Initiative de l?UNESCO, en collaboration avec la World Wildlife Fund et Kew Gardens. Programme qui l?emmène en Himalaya qu?on nomme aussi le toit du monde. «Il s?agissait pour nous de comprendre dans quelles conditions les savoirs locaux pouvaient effectivement prétendre à une meilleure gestion de la biodiversité».

Elle consacre huit années de sa vie à ce programme. Engagement qui lui donnera la visibilité nécessaire pour être remarquée et recrutée par la Commission 46, commission interdisciplinaire du CNRS.

Si Yildiz aime les sciences sociales et biologiques, elle sait rester objective par rapport à l?importance à leur accorder. «La science au sens large du terme ? autant les sciences sociales que biologiques ? constitue une voie d?entrée intéressante pour comprendre le monde, les relations des hommes entre eux et leurs effets sur notre planète. Mais je ne pense pas que la science soit le seul moyen pour agir positivement sur le monde. La science, n?a à ce jour, pas donné que de bonnes idées. Je pense aux organismes génétiquement modifiés, à la bombe atomique, pour ne citer que ceux-là, qui sont directement issus du regard particulier que porte le monde moderne fortement imbu de la pensée scientifique sur le monde. Il y a un certain manque de sagesse dans le fait de vouloir tout comprendre, tout expliquer, tout dominer, sans se soucier du cadre éthique, ni des questions de développement équitable à l?échelle de la planète». Yildiz qui est très prolifique, a déjà deux autres projets de recherche tout trouvés. Le premier consiste à examiner les rapports des Betsileo, ethnie malgache, à la forêt et aux arbres. Elle s?interroge aussi sur la politique de conservation adoptée dans la Grande Ile et qui est fortement influencée par les organisations non-gouvernementales américaines. Les modèles de protection de la nature proposés à Madagascar lui paraissent «très peu adaptés à ce pays». Sa deuxième recherche a pour but d?identifier les pratiques anciennes et actuelles ayant amené la domestication du figuier et de l?olivier dans les pays méditerranéens.

Mariée à Thierry Thomas, cinéaste de l?environnement qui travaille en freelance, Yildiz a deux enfants, Hannah-Mahé, 11 ans et Milan, quatre ans. Si l?idée de rentrer vivre à Maurice lui traverse parfois l?esprit, elle craint d?étouffer sous le poids de l?insularité. «Cependant, j?adore mon pays et je dirais qu?on ne sait jamais. Cela dépendra des opportunités qui se présenteront?».

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