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Compensation : la dernière carte
Les pêcheurs portlouisiens sont en eaux troubles. Pollution à Bain-des-Dames, comblement à Mer-Rouge, travaux dans le lagon à Baie-du-Tombeau et dragage à Montagne-Jacquot cette semaine. Pour s?en sortir, il n?y a, selon eux, qu?une seule issue. C?est la compensation.
«Si la mer nous faisait vivre, il n?y aurait pas de problèmes, mais notre zone de pêche est morte», explique Judex Ramphul, un pêcheur influent de Bain-des-Dames et de tous les combats. Pour lui, c?est parce que les pêcheurs ont toujours été pénalisés qu?ils réclament systématiquement des compensations
La zone portlouisienne regroupe quelque 300 pêcheurs enregistrés dans les débarcadères répartis entre Pointe-aux-Sables et Baie-du-Tombeau. Des compensations ont été versées, en plusieurs occasions, pour des travaux de dragage ou pour la pollution des zones de pêche.
Mais cet argent s?est vite volatilisé. Remboursement de dettes, scolarité des enfants, paiement du matériel de pêche, rénovation de la maison.
«Nous payons encore les moteurs que nous avons difficilement réussi à acheter», se plaint Jacques, un pêcheur de Les Salines. Il affirme que les solutions offertes aux pêcheurs ne sont pas adéquates.
De plus, les pêcheurs de Port-Louis estiment que les compensations ont été versées au compte-gouttes au fur et à mesure que les autorités fermaient les débarcadères de la zone portuaire.
De trop rares pêcheurs de la région portlouisienne ont pu rebondir après avoir touché une compensation. Un petit groupe tente même d?acquérir un caboteur srilankais, réquisitionné par les autorités en 2002 pour pêche illégale. Pour tous les autres, c?est toujours la galère?
«Un plan global»</B>
Selon Jean Vacher, le directeur de l?Apostolat de la Mer qui vient en aide aux pêcheurs, la solution de la compensation n?est pas la panacée. «Réclamer une compensation seulement n?est pas la solution. Il faut résoudre les problèmes des pêcheurs en mettant en place un plan global», estime le directeur de l?organisme catholique.
Il regrette aussi que les recommandations faites par la commission présidée par l?ex-juge Forget, sur la pollution de la zone portlouisienne, n?ont pas été suivies.
Un point de vue que partage d?ailleurs Judex Ramphul. «Le rapport Forget avait préconisé une forte compensation mais qui n?a jamais été obtenue», a-t-il déploré.
Un autre constat implacable : la mer, affirme-t-il, ne rapporte plus et le recyclage des pêcheurs devient de plus en plus impératif.
En attendant, les pêcheurs de la région portlouisienne disent en avoir marre d?être menés en bateau. Ils veulent jeter l?ancre en misant sur une compensation qui leur permettrait justement de se recycler. Auront-ils droit à une dernière chance ?
TOUS COMPTES FAITS
Rs 48 millions de 1997 à 2002
Selon les statistiques fournies par le ministère de la Pêche, le montant total des compensations versées aux pêcheurs des différents débarcadères de Port-Louis et sa région s?élève à Rs 48 millions, entre 1997 et 2002.
En février 1997, 179 pêcheurs ont touché Rs 601 440. En décembre 1999, 288 pêcheurs affectés par la pollution du lagon ont obtenu Rs 864 000. A la même période, 40 pêcheurs de Roche-Bois ont obtenu Rs 2 millions de la «Mauritius Ports Authority» (MPA) pour le comblement de Mer-Rouge.
En mars 2000, 75 pêcheurs de Baie-du-Tombeau ont obtenu Rs 3,7 millions en compensation aux travaux de la dragueuse «Marco Polo». Entre mars et décembre 2000, les 300 pêcheurs de la région portlouisienne ont obtenu Rs 5,9 millions.
En 2000 toujours, les quelque 300 pêcheurs de Port-Louis et sa région ont obtenu Rs 29,8 millions à la suite du rapport Forget. Enfin, en janvier 2002, 52 pêcheurs de Roche-Bois ont obtenu Rs 5,2 millions de la MPA.
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