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Communication de l?État
Comment le Premier ministre a-t-il pu déclarer que l?explosion de Grand-Baie était accidentelle alors que l?enquête policière n?a pas abouti jusqu?ici ? Etait-ce le rôle du ministre du Tourisme d?émettre un communiqué sur cet incident qualifié d?« isolé » ? La manière dont l?État a géré la déflagration meurtrière soulève des questions pertinentes.
Il importe toutefois de rappeler le contexte. Ce dimanche 25 juillet, le pays se réveille traumatisé. L?annonce de deux vies brisées sous les débris d?un immeuble choque. Et en quelques heures après l?horreur, place à des spéculations les plus folles. Dans la rue, la rumeur enfle, l?incompréhension grandit. Entre-temps tout le monde devient expert en terrorisme. Grand-Baie rappelle Bali, raconte-t-on sur les ondes, incontournables et déchaînées en l?absence des journaux?
Et quand, sur les lieux du drame, Paul Bérenger fait sa déclaration, c?est la première explication que l?Etat donne à une population inquiète, affamée d?explications. Bien évidemment il est alors trop tôt pour déterminer la cause de cette explosion, mais il s?agit de rassurer, de couper court à des propos irresponsables, alarmistes, de « keep cool ».
Mais réagir à chaud comporte des risques. Bérenger le sait et ? au lieu de proférer une inexactitude ? ajoute qu?« aucune piste ne sera négligée ». Une petite phrase, à l?apparence anodine, qui le met toutefois à l?abri d?éventuels développements susceptibles de le projeter en porte-à-faux.
Jacques Chirac en sait quelque chose. Marie-Léonie, une jeune Française, a raconté qu'elle avait été sauvagement agressée et, aussitôt, toute la France l'a crue, bouleversée par cette histoire. Antisémitisme, violence des cités, insécurité dans les transports en commun, tous les ingrédients étaient réunis pour émouvoir, choquer, révolter une nation tout entière. Et puis on a découvert que tout était faux. Mais Chirac est habile en rhétorique : « C?est regrettable, mais je ne regrette pas », se défend-il. Mais est-ce suffisant pour différencier entre ce qui fut réellement et ce qui aurait pu être ?
A Maurice, notre ministre du Tourisme a réagi promptement à la loi du « tout dire-tout de suite ». Anil Gayan affirme avoir agi en tant que patriote pour défendre notre industrie touristique, alors que les médias étrangers relataient « une explosion dans la station balnéaire touristique la plus réputée de Maurice ». Il n?a pas eu tort.
La société de la transparence à laquelle nous aspirons peut engendrer sur le moment des inexactitudes. Car il s?agit avant tout de gagner une bataille médiatique qui se joue désormais en continu. L?ancien président espagnol Jose Maria Aznar doit, lui, sa défaite électorale à un mensonge lié au terrorisme. Et aujourd?hui pas plus que les Espagnols, les Américains ne sont prêts à digérer les manipulations de leurs gouvernants qui veulent justifier des croisades meurtrières. Et George Bush risque d?en faire les frais dans la joute présidentielle qui l?oppose à John Kerry.
Ici, la police mauricienne, aidée par le FBI (n?est-ce pas là paradoxal quand on veut atténuer un incident isolé ?), n?a rien établi jusqu?ici. Au vu des spectaculaires dégâts, personne n?accrédite la thèse du gaz ménager. Mais rien n?est sûr. Gare à celui qui crie au loup. Bérenger l?a compris et, une fois n?est pas coutume, il a assuré la communication de l?Etat. De manière efficace, à moins que les experts étrangers ne découvrent quelque chose d?autrement plus grave...
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